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Les Allemands (re)débarquent

Les Allemands (re)débarquent
Photo courtoisie, Olaf Heine

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Au diable les âmes sensibles, Rammstein est de retour en version plus pop, mais aussi brutal et provocateur que jamais.

L’attente est enfin terminée. Le sulfureux sextuor allemand a fait paraître son septième album, éponyme celui-là, la semaine dernière, près de dix ans après l’insatisfaisant Liebe ist für alle da.

S’il s’agit effectivement du dernier album en carrière du groupe, comme le stipule une persistante rumeur (difficile à vérifier puisque les musiciens n’ont donné aucune entrevue en marge du lancement), Rammstein pourra partir la tête haute en laissant derrière lui une ultime collection de chansons de heavy métal industriel d’une redoutable efficacité.

C’est particulièrement vrai durant la première partie du disque, percutante et éclectique. Ça démarre en force avec l’hymnique Deutschland, une ode amère des Allemands au passé trouble de leur pays natal. « Cœur de flammes, je veux t’aimer et te maudire », chante Lindemann à l’adresse de sa patrie dans une rare prise de position politique de Rammstein.

Accro à la provocation, le groupe a d’ailleurs déclenché une vive polémique quand les musiciens sont apparus en prisonniers juifs de la Shoah dans une scène du vidéoclip de la chanson, un époustouflant court métrage de dix minutes qui retrace de façon outrancière les épisodes peu glorieux de l’histoire allemande.

Rammstein électro

S’ensuit une excursion en terre inexplorée chez Rammstein avec Radio, un titre à la facture électro qui met les claviers de l’avant et qui fonctionne étonnamment bien.

Ce n’est pas le seul titre à flirter avec des sonorités plus pop. Après la nerveuse et combative Zeig Dich, Aüslander joue dans les mêmes eaux, cette fois dans une structure musicale évoquant les succès fédérateurs de la mouvance EDM qui a balayé le globe pendant la dernière décennie.

Même si on ne comprend pas ce que chante Lindemann (à moins de lire les traductions disponibles en ligne), on devine aisément que Sex, dont l’imparable mélodie à la Muse de l’époque Psycho fera certainement mouche en concert, traite de plaisirs charnels sans aucune subtilité.

Rage et désespoir

Tout cela nous amène au plat de résistance, Puppe, un titre frontal qui aborde l’exploitation sexuelle et qui se démarque clairement du reste des onze compositions de l’album par son relatif dépouillement et le cruel sentiment de désespoir et de rage qui s’en dégage.

Le reste de l’album, moins pugnace, oscille entre l’acceptable et quelques ballades sans grande envergure. Rien toutefois pour gâcher l’impression générale électrisante que laisse ce Rammstein inspiré.

Maintenant, il faut espérer que le groupe, reconnu pour ses prestations enflammées dans tous les sens du terme, traversera l’Atlantique pour une série de concerts, surtout s’il s’agit effectivement de son chant du cygne.

Pour l’instant, seules des dates en Europe ont été annoncées. Mais comme le guitariste Richard Zven Kruspe l’a signalé il y a quelques mois, la formation en a possiblement pour trois ou quatre ans à tourner. Notre tour viendra bien.