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Maxime Bernier : l’idiot (in)utile

Négation de l’urgence climatique, ouverture à la remise en cause du droit à l’avortement et explications douteuses sur la place des femmes dans son parti, Maxime Bernier n’a pas fait qu’aider sa cause.

Maxime Bernier : l’idiot (in)utile
Stevens LeBlanc/JOURNAL DE QUEBEC

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Le chef et fondateur du Parti populaire du Canada, le député de Beauce Maxime Bernier, a présenté cette semaine ses 9 candidats dans la région de Québec. Il a également profité de son passage dans la Capitale-Nationale pour laisser tomber quelques perles à la fois surprenantes et déconcertantes.  

Négation de l’urgence climatique, ouverture à la remise en cause du droit à l’avortement et explications douteuses sur la place des femmes dans son parti, Maxime Bernier n’a pas fait qu’aider sa cause.       

Populisme et controverse  

Profitant d’une mouvance populiste qui se fait de plus en plus sentir en Amérique du Nord, Maxime Bernier a choisi de présenter des candidats et un programme politique à droite de la droite actuelle. De ses propres dires, Maxime Bernier et son parti sont les «vrais conservateurs et veulent baisser les taxes et les impôts».        

Passons outre le fait que son candidat vedette dans la région n’est nul autre que Ken Pereira, fier à bras, ex-syndicaliste, lanceur d’alerte, témoin de la commission Charbonneau devenu depuis un adepte des théories du complot. (Pereira est climatosceptique. C’est également le genre d’individu qui lie la vaccination à l’autisme, et qui pense que les attenta ts du 11 septembre 2001 étaient organisés de toute pièce par les États-Unis pour justifier d’autres guerres. Bref, Pereira est un hurluberlu.)        

C’est lors d’une entrevue radiophonique, accordée à l’émission Première Heure, que le chef du Parti populaire du Canada y est allé de ses affirmations les plus déroutantes.        

Notamment, que son parti n’entend pas proposer de plateforme environnementale et qu’il n’aura aucune politique pour lutter contre les changements climatiques. Si cette affirmation n’était pas si triste, elle serait probablement gagnante au prochain gala des Olivier.       

«Nous, on laisse les provinces, si elles veulent lutter contre les changements climatiques, qu’elles le fassent. Au niveau fédéral, on n’aura rien pour lutter contre les changements climatiques (...)»   

Il qualifie d’ailleurs la lutte aux changements climatiques d’«hystérie collective». Selon lui, ça ne s’invente pas, «on dirait que c’est la fin du monde à chaque fois. On a prévu ça, on a dit ça il y a peu près 15 ans, que ce serait la fin du monde si on ne changeait rien ça va être la fin du monde. On disait ça il y a 15 ans et on dit encore ça aujourd’hui. On est vraiment différent des autres partis, là-dessus, on n’aura pas de politique (...)»  

Pour monsieur Bernier, l’ONU se base sur un «supposé consensus» pour parler d’urgence climatique et il explique que c’est normal que le Canada se réchauffe deux fois plus rapidement que la terre parce que c’est comme ça pour la majorité des pays (?!?!) parce que la terre est composée à 70% d’eau et que l’eau se réchauffe plus rapidement que la terre.        

C’est à pleurer.    

Il termine en disant «ceux qui veulent lutter contre les changements climatiques, je leur dis:votez pour le Parti vert, votez pour le parti d’Elizabeth May, mais elle va détruire l’économie.»  

Idiot utile ou simplement inutile?  

En politique, on utilise l’expression «idiot utile» pour qualifier le naïf qui, de bonne foi, se bat pour des idées ou une cause qui vont à l’encontre de ses intérêts.        

Cette expression pourrait très bien s’appliquer à Maxime Bernier, puisqu’en essayant de passer Andrew Scheer sur la droite, il divise le vote conservateur et contribue à favoriser la victoire du libéral Justin Trudeau.       

Toutefois, Maxime Bernier est convaincu de ce qu’il avance et il croit réellement porter une vision d’avenir pour les Canadiens. Une vision qui comprend notamment la possibilité de rouvrir la question du droit à l’avortement. Une vision qui prétend que les femmes sont peu nombreuses parmi ses candidats parce «qu’elles ont d’autres priorités. Venir en politique, c’est quand même tout un sacrifice.»  

Document laissé sur le comptoir de la salle de toilettes du centre commercial le Carrefour Saint-Georges, à Saint-Georges, en Beauce.
Document laissé sur le comptoir de la salle de toilettes du centre commercial le Carrefour Saint-Georges, à Saint-Georges, en Beauce.

  

En Beauce, où la dynastie Bernier règne depuis des décennies, des voix commencent à s’élever pour barrer la route à Maxime Bernier. Déjà, les agriculteurs s’opposent à son élection parce qu’il veut abolir le système de la gestion de l’offre et les électeurs sont nombreux à souhaiter la victoire du conservateur Richard Lehoux pour éjecter Bernier du pouvoir qui lui monte à la tête.        

Les Beaucerons sont un peuple fier et ils n’en peuvent plus d’être la risée du pays à cause des frasques de leur député surnommé «Max Lagaffe». Avec ses idées calquées sur celles de Trump et tout droit tirées de l’Amérique profonde des années 40, Maxime Bernier, qui crie déjà aux "fake news" et à la désinformation , pourrait très bien avoir une surprise au lendemain de l’élection.