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Maxime Bernier exagère les prix en direct

Quebec
Photo Stevens LeBlanc

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Débusquer les fausses nouvelles, vérifier les déclarations des politiciens, trouver les vrais chiffres : les recherchistes de notre Bureau d’enquête, basés à Montréal, Québec et Ottawa se spécialisent dans l’art de rétablir les faits. Chaque samedi, ils vous présentent leurs trouvailles pour vous permettre d’y voir plus clair dans l’actualité de la semaine.


L’énoncé

Le chef du Parti populaire du Canada Maxime Bernier a fait tellement de déclarations surprenantes cette semaine que L’Heure juste a décidé de lui consacrer une édition spéciale.

D’abord invité, mardi, sur les ondes de LCN, il en a profité pour rappeler son avis sur la gestion de l’offre au Canada. Ce système contrôle entre autres la production et les prix de certains aliments du secteur agricole, afin les stabiliser.

« On est le seul parti qui veut abolir le cartel dans le lait, le poulet et les œufs où les Québécois paient le double du prix », a-t-il soutenu. Ce dernier voulait faire la comparaison avec les coûts aux États-Unis.

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Les faits

Contrairement à ce que M. Bernier affirme, les prix des produits sous la gestion de l’offre ne sont pas deux fois plus élevés que ceux de nos voisins du Sud, bien qu’ils peuvent être plus chers.

Questionnée à ce sujet, l’équipe du politicien a référé L’Heure juste à une étude publiée en 2018 dans la revue Canadian Public Policy. L’étude montre que les prix canadiens sont plus élevés, mais ne sont pas le double, à l’exception d’un cas portant sur une catégorie spécifique d’œufs.

Les auteurs de l’étude préviennent qu’ils n’ont analysé qu’un petit échantillon, et aucun des aliments sélectionnés ne provient du Québec. Ces mêmes chercheurs ont publié en 2015 une étude plus complète sur le sujet où le prix des produits canadiens ne s’élève jamais au double.

Les experts québécois en agroéconomie Daniel-Mercier Gouin et Maurice Doyon ont aussi démenti cette affirmation, la qualifiant de « désinformation » dans une lettre ouverte dans Le Devoir, en comparant, entre autres, le prix du lait et du cheddar une fois par mois pendant quatre mois en 2017.

Ils ont aussi rejeté l’argument comme quoi les écarts de prix canadiens et américains sont seulement attribuables à la gestion de l’offre.

Le chiffre de la semaine : 0,66%

C’est le pourcentage des avortements pratiqués après 21 semaines de grossesse au Canada, selon les estimations de la Coalition pour le droit à l’avortement au Canada (CDAC).

Le chef du Parti populaire du Canada, Maxime Bernier, a déclaré cette semaine qu’il était en faveur d’un débat pour encadrer les avortements tardifs, qui sont légaux au Canada jusqu’à la toute fin de la grossesse.

Selon les calculs de la CDAC, ce débat ne concernerait qu’une très faible minorité de Canadiennes qui ont recours à l’avortement dans la seconde moitié de leur grossesse.

Il faut aussi noter que ce pourcentage ne tient pas compte non plus des avortements passé 24 semaines de grossesse pour le Québec. Les quelques femmes qui souhaitent se faire avorter passé ce délai sont dirigées vers les États-Unis. Selon un article du journal Le Devoir de 2016, environ une douzaine de Québécoises ont recours à ce service annuellement.