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Hypocrisie

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Lorsque le député et chef du Parti populaire du Canada, Maxime Bernier, n’a pas exclu de rouvrir le débat sur l’avortement au Canada, comme la plupart des gens, je me suis braqué. Après quelques jours de réflexion à essayer de comprendre la raison-du-pourquoi-du-parce-que de son nouveau positionnement, j’ai trouvé le mot exact de sa stratégie politique.  

Hypocrisie.     

Pourquoi ? Car probablement que Bernier ne croit pas (vraiment) ce qu’il dit. Il y voit plutôt une opportunité et un marché politique de ceux qui se sentent délaissés par les partis traditionnels qui doivent faire preuve d’équilibre et de retenu.     

Lui n’a rien à perdre, et ne fait donc pas dans la nuance. Bernier risque d’ailleurs de répéter la recette, puisque cela le fait sortir de l’ombre médiatique.  

Historiquement, les préoccupations politiques de Bernier étaient celles d’un libertarien : dérèglementation tous azimuts, diminuer les impôts, mettre fin aux subventions de l’État et abolir le système de gestion de l’offre, etc. Un discours dont le fil conducteur se résume au slogan de la droite libertarienne : moins d’État.     

Mais depuis un an, Bernier s’est recyclé. Il s’empare maintenant des tabous politiques : immigrations, multiculturalisme et frontières . Bref, la rhétorique normale de la droite identitaire canadienne.     

Lorsque venait le temps de défendre la pertinence de la loi 101 en 2011, Bernier estimait qu’elle restreignait la liberté de choix des individus. Autrement dit, l’État n’aurait pas rôle à jouer quant à la préservation du français. Maxime voulait moins d’État. *    

Lorsqu’il venait le temps de prendre position sur la gestion de l’offre en 2017, Bernier la qualifiait de régime inéquitable, donnant raison à Donald Trump même si de nombreux agriculteurs de son comté dépendaient de ce système. « Monsieur le président, vous avez raison, la gestion de l’offre est inéquitable ! » Trop de règlementation et pas assez de concurrence, il faudrait diminuer le plus possible l’implication de l’État pour nos producteurs laitiers. Maxime voulait donc moins d’État. *    

Lorsque venait le temps de parler d’impôts et de taxes, Bernier proposait autrefois d’abolir l’impôt des entreprises, ou du moins libérer les entreprises d’une part de leurs impôts. Trop restrictif et n’alimentant qu’une bureaucratie inefficace, l’État a toujours été le problème, jamais la solution. Maxime voulait encore moins d’État. *    

Lorsque venait le temps de parler d’avortement en 2012 ou des droits des homosexuelles, Bernier au temps où il était conservateur votait contre les droits donnés au fœtus et participait aux défilés de la fierté gaie. Ce qui se faisait en privé, ça ne regardait ni l’État, ni la police... Maxime voulait encore et encore moins d’État. *    

Bref, Bernier a toujours été le grand défenseur des libertés individuelles. Laisser l’individu, tout comme le marché, prendre des décisions et s’autoréguler.     

Depuis, il semble avoir changé.     

Voilà que lorsqu’est venu le temps de parler d’avortement en début de semaine, Bernier a affirmé qu’il laisserait tout simplement ses députés en débattre. Il a refusé de se définir comme un « pro-vie » ou non. Choix étymologique qui relève d’un marketing répugnant qui sous-tend que ceux qui soutiennent le libre choix des femmes à l’avortement sont des « pro-mort ».    

Et la liberté individuelle des femmes de choisir, elle ?    

La stratégie Bernier  

Le récent coup de gueule de Bernier sur l’avortement témoigne de sa nouvelle tactique politique ; sur tous les débats explosifs, Bernier y va d’une déclaration incendiaire tout en y laissant habilement un flou sur ses positions personnelles.     

Il espère que les médias mordent à l’hameçon pour faire connaître son nouveau parti et espère surtout rejoindre les électeurs laissés pour compte.    

Peut-être climatosceptique quand il questionne l’activité humaine derrière les changements climatiques et le CO2 comme facteur de pollution.     

Peut-être que les femmes auraient d’autres motifs que de se présenter en politique.    

Peut-être que « certaines personnes influentes » voudraient instaurer un gouvernement mondial, reprenant une vieille théorie du complot.    

Peut-être même un débat sur l’avortement.     

Et peut-être aussi qu’il ne sera qu’un mauvais souvenir après l’élection.    

***    

P.-S. Avant de m’écrire en majuscule « FAKE NEWS », voilà les sources des prises de positions de Maxime Bernier.    

Sur la Loi 101 en 2011  

Sur la gestion de l’offre en 2017  

Sur l’imposition en 2016  

Sur l’avortement en 2012