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Étourdissements et points d’exclamation

«Le pas grand chose» est un étrange ovni théâtral

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 Johann Le Guillerm voit les choses d’une façon différente. Il voit des choses qu’on ne voit pas. Sa conférence pataphysique ludique, Le pas grand chose, est un objet théâtral unique et surtout très particulier. 

 Présenté une dernière fois ce soir, à 20 h à La Bordée, à l’occasion du Carrefour international de théâtre, Le pas grand chose est un ovni théâtral difficile à décrire. 

 Issu des arts circassiens, Johann Le Guillerm mélange conférence, théâtre, absurdité, manipulations, pensées philosophiques, et il s’amuse à faire bouillir notre cerveau. 

 Il y a des moments où ça va trop vite, où l’on ne comprend absolument rien, où l’on décroche, où l’étourdissement est total et où on ne sait pas trop quoi penser. 

 L’artiste français, qui se pointe sur les planches avec un bureau-chariot, donne le ton avec une phrase qui résume sa façon de voir les choses. 

 « Je cherche le chemin qui n’irait pas à Rome », lance-t-il. 

 Johann Le Guillerm a une vision des choses qui va au-delà du 3D et qui défie toute logique. Il manipule les chiffres, les formes et les symboles. Il identifie des pâtes alimentaires en spirale et des bananes qui sont plus performantes que les autres. Et il en fait la démonstration. 

 Il repère, parmi trois bananes, celle qui est la « meilleure ». Il les fait valser sur le dos et celle qu’il a identifiée est celle qui se « berce » le plus longtemps. Il mange ensuite le fruit pour démontrer qu’il n’a pas été truqué. Ah oui, la banane, dit-il, a 50 % de gènes communs avec l’être humain. 

 Il précise qu’une pâte en serpentin « intelligente » se retrouve dans chaque boîte. « Habituellement, ils en mettent une, mais parfois ils n’en mettent pas », ajoute-t-il. 

 Dictionnaire de flaques 

 Il raconte qu’il aimerait lancer un dictionnaire de flaques qui permettrait de lire les flaques d’eau du monde entier, car elles représentent, bien sûr, des mots et elles ont une signification. 

 Et tout à coup, entre deux casse-têtes mentaux, Johann Le Guillerm lance quelques phrases totalement savoureuses. 

 « Un bon chercheur est un idiot. S’il savait, il ne chercherait pas », laisse-t-il tomber. 

 Avec Le pas grand chose, Johann Le Guillerm chamboule, à travers ses recherches et ses découvertes, l’ordre établi. Un ordre, dira-t-il, lors d’une rencontre avec le public, qui ne fonctionne visiblement pas. 

 Est-ce que Le pas grand chose est du théâtre ? La question mérite d’être posée au terme d’une présentation hors du commun et inhabituelle comme jamais. 

 Chose certaine, cela s’adresse à un public ouvert d’esprit, qui aime l’absurdité et qui apprécie les formes inhabituelles. 

 Avec sa personnalité et cette façon unique de voir les choses, Johann Le Guillerm amène le public dans de drôles de zones, mais l’étrange bibitte, avec sa science de l’idiot, est totalement fascinante. 

 La démarche est unique et on quitte la salle complètement abasourdi, dans un drôle d’état et avec un immense point d’exclamation au-dessus du visage.