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Affaire Cadotte : compassion et humanité

Michel Cadotte
Photo Chantal Poirier Michel Cadotte

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Michel Cadotte a donc été condamné à deux ans de prison moins un jour.

Il a étouffé avec un oreiller « l’amour de sa vie », Jocelyne Lizotte, parvenue au dernier degré de la maladie d’Alzheimer.

Il était le seul proche à s’en occuper. Il n’en pouvait plus. Il fallut donc la placer dans un établissement du réseau.

Elle disait préférer la mort plutôt que d’être dans une institution. Elle avait vu les ravages de la maladie sur sa mère.

Elle était attachée 24 heures sur 24, ne reconnaissait plus personne, ne recevait plus de visites, sauf celles de monsieur Cadotte, venu jusqu’à la fin pour la laver, la raser, lui changer sa couche.

Épuisé, désespéré, chaviré, il a craqué et fait ce que l’on sait.

Droit

Mardi, le journal que vous lisez titrait que monsieur Cadotte avait « tué par compassion ». C’est la formule consacrée.

Le problème est que le meurtre par compassion, le meurtre par amour, ça n’existe pas en droit.

Cela ne veut pas dire que ce n’est pas possible. Oui, on peut aimer et tuer cette même personne.

L’être humain est assez complexe pour que cela puisse survenir.

Mais il n’y a pas de concept légal qui puisse fonder cela dans notre droit. Et on peut le comprendre.

Imaginez les dérives que pourrait provoquer la possibilité de tuer impunément en invoquant non pas la haine, mais l’amour...

Le caractère extraordinairement complexe de cette affaire est illustré par l’écart abyssal des peines proposées par les deux parties.

La défense demandait de 6 à 12 mois d’emprisonnement. La Couronne demandait huit ans.

Admirable, la juge a parlé d’une affaire « unique, tragique et pathétique », de « circonstances particulières et inhabituelles », et de l’impossibilité pour elle, dans une telle situation, de plaire à tout le monde.

Qui sommes-nous pour dire avec certitude où sont le bien et le mal dans cette affaire ?

Qui sommes-nous pour dire avec certitude ce que nous aurions fait à la place de cet homme, après avoir enduré ce qu’il a enduré ?

Il ne nie rien, ne minimise rien, ne s’est jamais défilé, est ravagé par le remords.

Et maintenant ?

Parmi la multitude d’enjeux soulevés par cette tragédie, il y en a au moins deux, massifs et incontournables.

Le premier enjeu tient en une question : faut-il revisiter la loi québécoise sur l’aide médicale à mourir ?

On a beaucoup vanté le fait que cette loi fut jadis adoptée à l’unanimité par l’Assemblée nationale.

C’est justement parce qu’elle était minimaliste.

L’aide médicale à mourir est notamment autorisée si la personne est « en fin de vie », éprouve des souffrances « intolérables » et comprend sa situation. Ce n’était pas le cas ici.

Faut-il élargir cette possibilité ? Honnêtement, il me semble que oui, mais je ne suis pas un expert.

Ce chemin est semé de dangers potentiels et mobilise des questionnements philosophiques immensément profonds.

Le deuxième enjeu relève davantage de la certitude : il faut mieux soutenir les proches, car ces cas se multiplieront.

Compassion et humanité, purement et simplement.