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Bon retour, Régis Labeaume

Bon retour, Régis Labeaume
Photo JEAN-FRANCOIS DESGAGNES

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Celles et ceux qui me lisent le savent, je ne suis pas la plus grande admiratrice de Régis Labeaume comme maire de Québec, mais je l’apprécie sur le plan humain. En apprenant qu’il avait un cancer de la prostate, ma première réaction fut de lui souhaiter de retourner vite à sa mairie en pleine santé.  

En tant que survivante du cancer, je savais aussi d’expérience que sa route ne serait pas des plus faciles. Et pourtant - ce qu’on ne sait pas avant la maladie -, c’est qu’indépendamment de son dénouement, c’est aussi une formidable école de vie.  

Plonger dans l’univers de l’oncologie, c’est découvrir non seulement ses propres forces, mais également celles de tous les autres patients, familles, médecins, infirmières et bénévoles que l’on aura le privilège de rencontrer.  

C’est se retrouver sans le savoir dans une véritable communauté humaine où la solidarité, l’entraide et la compassion ne cessent de nous émerveiller. Je ne doute pas une seconde que le maire Labeaume y a vécu une expérience similaire.  

Cette semaine, il nous apprenait son retour progressif au travail. Fièrement, il nous a dit que son médecin lui avait annoncé qu’il était guéri. Pas de plus belle nouvelle que celle-là.  

En même temps, il a eu un sursaut de réalisme propre à presque tous ceux et celles qui ont, ou ont eu, un cancer. «On parle de guérison avec prudence parce qu’il y a 30 % de [risque de] récidive », a-t-il reconnu avec lucidité.  

Cela m’a rappelé ceci. Lorsque mon médecin, à l’époque où j’ai combattu un cancer du sein agressif, m’a finalement annoncé après la chirurgie et les longs traitements de chimio et de radiothérapie, que j’étais en rémission, mais avec un risque de récidive, la première question qui m’est venue à l’esprit était un grand classique pour nous, les patients :  

«Docteur, est-ce que cela veut dire que je devrai vivre le reste de ma vie avec cette épée de Damoclès au-dessus de ma tête?»  

Sa réponse, je la partage avec toutes les personnes qui ont ou ont eu un cancer – dont le maire Labeaume.  

Mon oncologue m’a dit à peu près ceci : Tu peux choisir de le voir comme une épée de Damoclès, mais moi, je te conseille de le voir autrement. Remplace l’image de l’épée par celle d’un petit singe joyeux qui, perché sur ton épaule, te murmure à chaque jour qu’il faut profiter de la vie et prendre soin de toi.  

J’avais raconté cette histoire inspirante à une bonne amie qui vivait à Toronto. Quelques jours plus tard, elle m’avait fait livrer un beau petit singe de peluche, un brin espiègle en plus. Je l’ai encore et toujours dans mon bureau. Le voici, accompagné d’un petit ourson au grand cœur.  

Et pourtant, la vie de fous que nous menons étant ce qu’elle est, des années après la maladie, il nous arrive bien sûr d’oublier les leçons essentielles d’un cancer. Comme d’autres, cela m’est aussi arrivé. Les difficultés, les épreuves et les décisions que l’on nous impose parfois, font que l’on s’oublie aussi trop souvent.  

Merci Régis Labeaume de m’avoir rappelée à l’ordre sans le savoir.  

Petit singe, continue de le dire : profitons de la vie, ça passe vite, je vous en passe un papier...