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Le Canadien de... St. Louis

Dickie Moore a été une inspiration pour ses coéquipiers des Blues en 1967-1968.
Photo d’archives Dickie Moore a été une inspiration pour ses coéquipiers des Blues en 1967-1968.

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BOSTON | Il y a beaucoup du Canadien dans l’histoire des Blues de St. Louis. Bob Plager est bien placé pour en parler. Il fait partie de l’organisation des Blues depuis leurs débuts dans la Ligue nationale, en 1967.

L’ancien défenseur a été dirigé par Scotty Bowman. Doug Harvey et Dickie Moore lui ont servi de mentors. Il a joué avec Jacques Plante, Jean-Guy Talbot, Phil Goyette, Jim Roberts, Red Berenson, Noël Picard et André Boudrias.

Son frère Barclay, qui avait joué sous les ordres de Bowman avec les Canadiens de Hull-Ottawa de la Ligue professionnelle de l’Est, faisait aussi partie de l’équipe.

Après avoir accroché ses patins, Plager a travaillé avec l’impayable Prof Caron, ainsi qu’avec Jacques Demers, que sa carrière allait conduire avec le Canadien plus tard.

À l’époque où il était directeur général du Tricolore, Serge Savard transigeait souvent avec Ronald Caron. C’était comme s’il y avait un pont entre Montréal et St. Louis.

Héritage encore présent

Plager estime que la présence de plusieurs anciens membres du Canadien a contribué au développement des Blues durant leurs années de formation. Même si c’était il y a longtemps, l’homme aujourd’hui âgé de 76 ans pense qu’il reste quelque chose de cette période.

« Ces gars-là étaient tous des gagnants », dit Plager.

« Le but était qu’ils enseignent aux jeunes joueurs comment gagner. Nous avons appris et nous avons eu du plaisir. Aucune équipe ne s’est amusée autant que le Canadien.

C’est comme ça que les Blues sont devenus une famille. Mais il y avait un temps pour lâcher notre fou. Dickie nous surveillait. On ne sortait jamais la veille d’un match. On choisissait le moment. »

Le respect du logo

Le Canadien était reconnu comme une organisation tissée serrée dans ses meilleures années. Les membres des cinq éditions championnes des saisons 1955-1956 à 1959-1960 étaient unis comme des frères.

« On respectait Dickie Moore », continue Plager.

« Il imposait le respect et c’est lui qui exerçait le leadership dans le vestiaire. On le craignait. La colère se lisait dans son regard quand on commettait des bourdes. Il était le porte-parole de Scotty [Bowman] auprès des joueurs. »

Plager raconte une anecdote.

« Au début de notre première saison, un joueur a lancé son chandail dans un signe de dépit après un match », se rappelle-t-il.

« Dickie l’a attrapé au vol. Il est allé voir le joueur pour lui dire que jamais le maillot du Canadien n’avait été jeté au sol et qu’il devait être respectueux de l’organisation qui lui permettait de jouer au hockey et de gagner sa vie. »

Pas de tricherie

Talbot était le boute-en-train de l’équipe.

« Il allégeait l’atmosphère dans le vestiaire », reprend Plager.

« Roberts était amusant lui aussi, ainsi que Picard. Mais Noël était un dur également. Un jour, il a saisi un coéquipier au collet pour lui dire qu’il n’endurerait plus une mauvaise performance de sa part s’il était sorti la veille. Il lui avait expliqué qu’il n’aimait pas perdre de l’argent, et encore moins à cause d’un autre. »

Sid Salomon, le premier propriétaire des Blues, était généreux avec ses joueurs. À la fin de chaque saison, les joueurs des Blues et leur famille allaient séjourner en Floride, toutes dépenses payées.

Le forfait comprenait un vol nolisé, l’hôtel, des voitures de location pour tout le monde et des excursions de pêche en haute mer.

Une année, ils se sont retrouvés avec plusieurs joueurs du Canadien, lesquels venaient de les battre en finale de la Coupe Stanley.

« Ils demeuraient dans un hôtel juste à côté de celui où on logeait », indique Plager.

« Nous, les perdants, n’avions eu rien à débourser pendant qu’eux, les champions, avaient voyagé à leurs frais ! »

Après avoir offert une bonne bière froide à son ancien coéquipier Henri Richard, le pince-sans-rire qu’est

Talbot lui avait fait savoir que ça ne venait pas de sa poche.

Mais Richard avait sa bague de la coupe pour se consoler.

Scotty Bowman, l’avant-gardiste

Scotty Bowman avait 34 ans quand il est devenu entraîneur des Blues de St. Louis, environ un mois après leurs débuts dans la Ligue nationale. Plusieurs de ses joueurs étaient plus âgés, et il les écoutait.

Bowman n’était pas encore l’entraîneur qui a fait rager les joueurs du Canadien pendant les années de la dernière dynastie de l’organisation montréalaise.

« Personne ne savait à ses débuts derrière le banc des Blues quelle sorte de carrière il connaîtrait », précise Bob Plager.

« Mais il était en avant de son temps. »

Encore aujourd’hui, des gens de hockey qui assistent à un match aux côtés de Bowman disent que le vieux routier âgé de 85 ans remarque des choses qui leur échappent.

Deux autres anciens du CH

Outre Bowman, les Blues avaient mis la main sur deux autres personnes qui faisaient partie de l’organigramme du Tricolore.

Cliff Fletcher, qui occupait un poste de recruteur chez le Canadien, était adjoint au premier directeur général Lynn Patrick. Bowman a ensuite occupé les doubles fonctions de DG et d’entraîneur.

Un autre ancien recruteur du Canadien, Frank Mario, s’était joint aussi aux Blues.

À l’instar de Plager, son frère Barclay a servi à toutes les sauces chez les Blues. Il faisait partie du personnel d’adjoints de Jacques Demers, tout comme son frangin.

Harry le pingre

C’était à l’époque où l’équipe appartenait à Harry Ornest, un ancien officiel de la LNH qui s’était recyclé en acheteur d’équipes sportives en difficulté et peu coûteuses. L’homme fut aussi propriétaire des Argonauts de Toronto, de la Ligue canadienne de football.

Demers avait une entente qui se résumait à une poignée de main avec lui et qui lui rapportait un salaire annuel de 55 000 $.

« En 1986, raconte Plager, nous étions à une victoire d’affronter le Canadien en finale de la Coupe Stanley. On a malheureusement perdu par la marque de 2 à 1 le septième match de la finale de l’Ouest qui nous opposait aux Flames de Calgary.

Ornest a annulé le vol nolisé qui devait nous ramener à St. Louis et on a tous dû payer nos envolées de retour. Harry nous a remboursés, mais quand même. On était une équipe de la Ligue nationale ! »

On ne verrait pas ça aujourd’hui.

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