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Oups! Ça va vous coûter plus cher.

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La liste des grands projets publics dont les coûts explosent par rapport au budget initial est longue. Y’a de quoi se demander si on nous prend pour des valises ou si les projets sont pilotés par des incompétents!  

Le dernier projet en lice qui m’a fait grincer des dents : le prolongement de la ligne bleue du métro de Montréal. Explosion des coûts de 600 millions de dollars. 600 millions! La raison : les gestionnaires avaient oublié de calculer le paiement des taxes et sous-estimé le coût des expropriations.  

Oups! 

Malheureusement, cet exemple n’est pas anecdotique.  

La rénovation du restaurant du Parlement de Québec va coûter deux fois plus cher que prévu.   

L’usine de biométhanisation de la Vieille Capitale , 65,5 millions de plus.  

300 millions n’avaient pas été budgétés pour les travaux de la centrale Romaine-4.   

Ça, c’est sans compter le bordel informatique au gouvernement du Québec qui fait sauter la caisse, la cimenterie de Port-Daniel et j’en passe.    

La liste pourrait être encore longue, et ce, à tous les paliers de gouvernement; municipal, provincial et fédéral.  

Comment est-ce possible d’être dans le champ aussi souvent?  

Acceptation et incompétence 

Pour y voir plus clair, j’ai parlé avec Michel Nadeau, directeur général de l’Institut sur la gouvernance d'organisations privées et publiques. 

Cet ancien journaliste, qui baigne dans l’univers financier depuis des décennies et a notamment occupé différentes fonctions à la haute direction de la Caisse de dépôt et placement du Québec, m’expose qu’il y a quatre raisons principales qui expliquent pourquoi il faut si souvent ressortir le carnet de chèques quand le montant total de la facture initiale était pourtant réglé.  

  1. Le projet est stratégiquement et consciemment budgété à son plus bas pour qu’il soit accepté par la population. « Si on vous présente un projet à 12 millions, vous allez peut-être être d’accord. À 50 millions, c’est moins certain. », commente monsieur Nadeau, qui pilote un organisme dont l’une des missions est de contribuer aux débats publics et à la résolution de problèmes de gouvernance. 
  2. Le projet n’est pas prévu à un juste prix, dû au manque d’expertise de ceux et celles qui dirigent les projets. Les ingénieurs à l’interne des différents ministères ou villes n’ont pas toujours les compétences nécessaires pour préparer les appels d’offres et évaluer les coûts.  
  3. Les ingénieurs et architectes au privé qui réaliseront les travaux publics proposent des améliorations qui font exploser les coûts du projet initial. « La construction d’une passerelle à Longueuil est un bon exemple. », met de l’avant le directeur de l’IOGPP.  

En effet, la ville a payé sa nouvelle passerelle, qui enjambe la route 132, plus cher que certains viaducs construits au Québec!   

4. Le projet change radicalement en cours de route. 

À cet égard, Michel Nadeau rappelle la construction de l’immeuble montréalais de la Caisse de dépôt et placement du Québec, qui avait créé beaucoup de discorde au début des années 2000.    

« Au début, le projet devait être de 10 étages. Finalement, il est passé à 13 étages, en plus d’autres changements majeurs. Ce qui a été fait était beaucoup plus complexe que ce qui était prévu au départ. »  

Le coût de la construction avait d’ailleurs explosé à plus de 360 millions, alors que le budget initial était d’environ 150 millions.  

C’est ce qui s’appelle péter le budget! 

Des sanctions 

Stratégie douteuse, manque d’expertise, désir de mieux ou plus imposant; des raisons qui justifient que l’on continue d’accepter de se faire refiler des factures nettement plus salées que ce qui nous avait été annoncé? 

« Non! », avance sans hésiter Michel Nadeau. « Les appels d’offres se doivent d’être bien préparés et tout doit être prévu. Certaines personnes devraient faire l’objet de sanctions, mais ça ne se fait pas. »   

Pas une société distincte  

Si l’on a parfois l’impression qu’on se fait particulièrement rouler dans la farine au Québec en ce qui a trait aux grands travaux, il semblerait que, sur ce point, on ne soit pas une société distincte.  

« On n’est pas pire qu’ailleurs. Regardez le projet de barrage hydroélectrique de Muskrat Falls à Terre-Neuve-et-Labrador. Les coûts sont de 12,7 milliards, alors que ça devait coûter deux fois moins cher. », souligne le directeur général de l’Institut sur la gouvernance d'organisations privées et publiques. 

Et si l’on ne se contentait pas de cela? Si ne pas être pire qu’ailleurs était insuffisant? Qu’on exigeait mieux?  

Comment?  

La question est lancée et, oui, c’est tout un chantier!