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Réponse d'un enseignant plaignard

Réponse d'un enseignant plaignard
Photo d'archives, Agence QMI

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C’était en octobre 2015. Dans son insignifiante chronique intitulée «Enseigner, le pire métier du monde ?», un auteur frustré du Journal demandait aux enseignants des écoles publiques d’arrêter de se plaindre sans arrêt. Incapable de rester indifférent à une telle ânerie, j’avais pris le temps de répondre sur mon blogue personnel.   

Ironie du sort, peu de temps après, j’ai croisé l’individu en question au gala sportif de mes enfants. Hé oui ! Il était l’invité d’honneur d’une école primaire publique. Témoin d’un paradoxe aussi fascinant, j’ai alors compris le sens de l’expression « Là où il y a de la gêne, il n’y a pas de plaisir ».   

Aujourd’hui, dans une chronique beaucoup plus nuancée, c’est au tour de Jonathan Trudeau de nous qualifier de plaignards.    

J’ai vérifié la définition du mot en question et j’ai bien rigolé : « Au Québec, qui est enclin à se plaindre ; geignard. »   

Intéressant, non ? Un mot typiquement québécois.   

Vous êtes enclin à vous plaindre ?    

Chers compatriotes, vous pouvez choisir votre domaine d’expertise : politique, environnement, santé, éducation ou encore (mon préféré) la météo.   

Éducation  

Est-ce que les enseignants sont plaignards ? Oui.   

Si un enseignant se plaint du fait qu’il ne peut pas choisir le moment de ses vacances, vous pouvez être «tanné» de l’entendre. S’il se plaint du fait qu’il ne peut pas partir dans le Sud – comme ses élèves – à des moments où les tarifs sont réduits, vous pouvez rire méchamment de lui.   

Est-ce que les enseignants ont de bonnes raisons de se plaindre ? Oui.   

Qu’est-ce qu’une «bonne» raison ?    

Ça dépend des perspectives.   

Par exemple, M. Trudeau ne comprend pas le besoin de la semaine de quatre jours.    

C’est normal.    

C’est un homme qui travaille à la radio, à la télé et pour le Journal. Selon ma perspective, il semble être un individu qu’on pourrait qualifier de carriériste ou de workaholic.    

Ainsi, il n’est certainement pas le seul à s’interroger sur ce genre de «caprice» des enseignants. Dans notre société actuelle, plusieurs se définissent d’abord et avant tout par leur travail.   

Quel fainéant réclame une semaine de quatre jours ?    

Une femme-mère-enseignante (au primaire) qui désire être présente, efficace et performante à la maison et au travail. Une femme à la recherche d’un équilibre de vie afin d’être à 100 % pour ses enfants à la maison et «ses» enfants à l’école.    

Qui se préoccupe du bien-être des enfants ?    

L’enseignante qui comprend que l’état de sa santé, physique et surtout psychologique, a un impact immense sur la qualité de son enseignement.    

Oui, elles aiment l’enseignement.    

Et c’est justement pour ça qu’elles veulent travailler quatre jours.   

Mais, en santé et en éducation, dans un argumentaire ayant comme objectif la culpabilisation des travailleurs, il est facile d’instrumentaliser le mot «patient» ou «enfant».   

À la recherche de chialeux  

La question la plus importante demeure la suivante : pourquoi les enseignantes et les enseignants doivent-ils se plaindre ?   

J’écris sur le sujet depuis quatre ans. On pourrait en parler pendant des heures.   

Néanmoins, j’ajouterai ici une toute nouvelle réponse : parce que les autres acteurs de l’éducation sont plutôt sages.   

Je rêve du jour où il y aura une mobilisation extraordinaire de tous les corps d’emplois en éducation.   

Les employés de soutien et les professionnels auraient des tonnes de choses pertinentes à dire. Il serait souhaitable et intéressant de les entendre. À quand les sorties médiatiques ?   

Et les directeurs d’école ? Le jour où j’assisterai à un soulèvement du personnel de direction des écoles, nous progresserons sûrement. Mais ils ne parleront jamais. Un cadre, c’est un bon soldat.   

Et les commissions scolaires ? Elles n’ont même pas défendu leurs budgets lorsque la vague d’austérité est passée. Face à si peu de courage, je crois que l’attente risque d’être longue avant d’assister à un changement significatif.   

Est-ce que les enseignants sont plaignards ?    

Oui. Par la force des choses.   

Pour leur propre bien, celui de nos enfants, de notre système d’éducation et de notre société.   

Est-ce que je suis heureux ?   

Oui. J’ai enfin trouvé une oreille attentive.    

Ainsi, j’invite M. Trudeau à lire son propre journal.    

Dans la section du Blogue des profs, il trouvera plus d’une centaine de textes couvrant un éventail de sujets en éducation.    

Des chroniques rédigées par des enseignants marchant sur la pointe des pieds, avançant sur un terrain glissant, rempli de mines, un œuf en équilibre sur le bout du nez...   

Et tout ça dans l’unique but de partager leur passion pour le plus beau métier du monde.