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Il y a 22 ans, Casey a dû sortir du Missouri pour avorter

Il y a 22 ans, Casey a dû sortir du Missouri pour avorter
AFP

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SAINT-LOUIS, ÉTATS-UNIS | Quand elle avait 17 ans, Casey Godwin a dû s'éloigner de son État du centre des États-Unis, le Missouri, pour avorter sans autorisation parentale. 22 ans plus tard, l'Américaine ne souhaite à aucune femme d'avoir à suivre le même chemin.

Des milliers d'entre elles pourraient pourtant lui emboîter le pas si l'unique clinique du Missouri pratiquant des avortements, située dans la ville de Saint-Louis, perd son agrément vendredi comme le souhaitent les autorités de cet État conservateur.

À moins d'une décision de justice de dernière minute, le Missouri deviendra le premier État américain en près d'un demi-siècle où il ne sera pas possible d'obtenir une interruption volontaire de grossesse (IVG).

«J'ai fait l'expérience de ce qui peut arriver dans ce type de circonstances, et je ne veux pas que ça se produise», déclare Casey Godwin, 39 ans, lors d'un entretien avec l'AFP à son domicile à Saint-Louis.

Élevée dans une famille «chrétienne» et «stricte», elle n'a jamais reçu d'éducation sexuelle. «J'étais très naïve: quand je suis tombée enceinte, je ne voulais pas y croire», raconte-t-elle.

Quand elle a finalement réalisé son état, à la 14e semaine de grossesse, la jeune fille a immédiatement su qu'elle ne pourrait pas garder l'enfant. «Mais je n'étais pas en mesure d'en parler à mes parents.»

Depuis un arrêt historique de la Cour suprême en 1973, l'avortement est légal aux États-Unis, mais le Missouri impose aux mineures de produire une autorisation parentale.

«Alors, j'ai dû traverser la rivière pour aller en Illinois. Ça supposait de trouver quelqu'un avec une voiture» et 1000 dollars, une fortune pour une adolescente, surtout issue d'un milieu modeste.

Cela lui a pris six semaines et elle a finalement pu obtenir une IVG de l'autre côté de la rivière Missouri. «C'était effrayant, en plus ça été très dur sur le plan physique, j'ai eu des complications», raconte-t-elle.

«Ça aurait pu être très grave».

Casey Godwin, aujourd'hui âgée de 39 ans, reste convaincue d'avoir pris la bonne décision. «J'étais tellement déprimée que je me serais peut-être tuée si je n'avais pas avorté...»

«Mais il y a un tel opprobre autour de l'avortement que je me suis longtemps senti honteuse», explique cette mère de deux enfants qui se consacre entièrement à leur éducation.

Les assauts des élus du Missouri contre l'avortement l'ont fait sortir de sa réserve. L'État avait encore cinq cliniques pratiquant des IVG il y a dix ans et en a déjà poussé quatre à la fermeture.

La semaine dernière, en pleine offensive des États conservateurs contre l'IVG, le Missouri a également adopté une loi interdisant d'avorter à partir de huit semaines de grossesse, alors que la Cour suprême autorise les femmes à avorter tant que le foetus n'est pas viable (vers 24 semaines).

C'en était trop pour Casey Godwin. Jeudi, elle a pris part à une manifestation organisée dans sa ville pour soutenir le droit à l'avortement et la clinique de Saint-Louis.

Si elle disparaît, «je suis bien placée pour imaginer ce que les femmes feront», dit-elle. «Elles ne vont pas s'arrêter parce que le gouvernement leur dit qu'avorter n'est pas bien, elles vont prendre des risques.»

Certaines feront comme elle, prédit-elle. D'autres «pourraient être tentées d'avorter seules en cherchant sur internet...»