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Loin du luxe et de l’opulence

Les joueurs des ligues mineures doivent faire de gros sacrifices pour atteindre leur rêve

Abraham Toro.
Photo Mathieu Boulay Abraham Toro et ses coéquipiers des Hooks de Corpus Christi sont habitués aux très longs périples.

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Au cours des prochains jours, quelques joueurs québécois seront sélectionnés par une équipe du baseball majeur. Cependant, la route est longue et ardue avant qu’ils aient leur place au soleil.
La preuve ? Seulement un joueur repêché sur cinq parvient à évoluer dans les majeures. Le Journal de Montréal est allé à la rencontre de deux des plus beaux espoirs québécois : Abraham Toro et Charles Leblanc.

CORPUS CHRISTI | Avant de connaître les avions de luxe et les repas à plusieurs centaines de dollars dans le baseball majeur, les joueurs mangent leur pain noir dans les ligues mineures. Le quotidien d’un athlète qui évolue au niveau AA n’est pas toujours évident.

Abraham Toro et Charles Leblanc vivent des réalités différentes. Cependant, ils ont un point commun : leur rythme de vie n’est pas de tout repos. Un calendrier de 140 matchs, de nombreux voyages en autocar et des heures de sommeil peu confortables font partie de leurs conditions de travail.

L’équipe de Toro, les Hooks de Corpus Christi, est mise à rude épreuve.

« Notre plus petit voyage est de 6 heures et demie, et le plus long est de 12 heures, raconte Toro. Parfois, on arrive à 6 heures du matin, le lendemain du dernier match d’une série.

On dort un peu et on est déjà de retour sur le terrain pour le match suivant. Dans l’autobus, on n’a pas de lit. Seulement deux places et tu essayes de dormir comme tu peux. »

La réalité de Leblanc est moins « difficile » avec des voyages variant entre cinq et sept heures pour une série à l’étranger. Étant donné qu’ils évoluent déjà dans les mineures depuis quelques saisons, les deux Québécois sont habitués à ce mode de vie.

Ils tentent de livrer des performances constantes malgré les nombreuses heures dans l’autocar et le manque de sommeil.

« Ce qui est le plus difficile, c’est la gestion de ton énergie, ajoute Toro. Parfois, tu te lèves et tu n’es pas au top de ta forme après un long voyage. Tu dois trouver une façon d’être prêt pour ton match. »

Famille d’accueil

Toro habite dans une famille d’accueil à Corpus Christi.

« Je suis chanceux. Je ne paye rien et j’ai une place pour dormir et manger, indique l’espoir des Astros de Houston. Les Smith sont de gros partisans des Hooks et ça rassure mes parents que je sois avec eux. »

Les Hooks ont un programme volontaire de familles d’accueil pour leurs joueurs. Celles-ci ne reçoivent pas d’allocation financière de la part de l’organisation, selon le porte-parole de l’équipe.

Cependant, ils ont droit à quelques privilèges intéressants, dont deux abonnements de saison. Au Texas, la charité chrétienne est très importante et les Hooks misent là-dessus.

Trouver une aubaine

Pour sa part, Leblanc loue un appartement à McKinney, en banlieue de Frisco.

« Lorsque le camp d’entraînement se termine, tu as trois ou quatre jours pour trouver un appartement dans une ville que tu ne connais pas, explique le joueur des RoughRiders.

C’est un peu stressant, mais ça fait partie de notre réalité. Tu veux trouver l’appartement le moins cher possible tout en t’assurant d’avoir de l’eau courante et de l’électricité dans un délai raisonnable. J’ai des coéquipiers qui n’avaient pas de logement et qui se sont payé des chambres d’hôtel au début de la présente saison. »

Les joueurs dont les noms font partie de la formation des 40 joueurs des Rangers du Texas ont les moyens de se payer un appartement situé à quelques mètres du stade de leur équipe. »

Le prix : 950 $ US par mois pour un studio. Ce n’est pas pour tous les portefeuilles.

Leblanc et Toro tentent de composer avec leur quotidien respectif même s’il est souvent exigeant sur les plans physique et mental.

Comme le dit le proverbe, les voyages forment la jeunesse.

 

Jouer pour les bonnes raisons

Il faut avoir une motivation solide pour évoluer dans les mineures

Une chose guide Charles Leblanc dans son choix
de carrière : sa passion du
baseball.
Photo Mathieu Boulay
Une chose guide Charles Leblanc dans son choix de carrière : sa passion du baseball.

Pour traverser les hauts et les bas d’une saison de 140 rencontres, un joueur doit avoir une force mentale à toute épreuve. Ses sources de motivation sont tout aussi importantes. Charles Leblanc a une philosophie intéressante sur ces deux aspects de sa carrière.

« On m’a souvent mentionné la phrase suivante : “What’s your why ? (Quelles sont les raisons pour lesquelles tu joues au baseball ?)”, raconte le joueur originaire de Laval. Je tente de me le rappeler souvent.

Si tu joues au baseball parce que tu veux faire de l’argent ou que tu veux être célèbre, tu n’iras pas loin. C’est facile de penser de cette manière. »

C’est souvent lors des mauvaises séquences que les vraies motivations d’un joueur remontent à la surface.

« Si tu n’as pas de coup sûr à tes 30 dernières apparitions au bâton et que tu penses seulement à l’argent, ça va être très difficile de te ramener sur la bonne voie, explique Leblanc. Par contre, si tu veux jouer à la balle parce que ton père t’amenait aux Expos, comme moi, c’est peut-être plus facile. J’ai grandi en regardant les Moises Alou et les Vladimir Guerrero.

Tu dois avoir un pourquoi plus grand que toi. Si tu veux être reconnu dans la rue, ce n’est pas une bonne raison. »

Le Québec dans leurs pensées

Leblanc et Abraham Toro n’ont pas le temps d’avoir le mal du pays, même s’ils sont loin de leurs familles et de leurs amis. Le baseball occupe 100 % de leurs pensées. Parfois, ils ont quelques minutes pour prendre des nouvelles du Québec.

« Ce qui me manque le plus de la maison, c’est d’être dans mes affaires, d’être dans ma routine et de voir mon monde, souligne Leblanc. Par contre, Frisco est comme ma deuxième maison. C’est mon mode de vie.

La bonne nouvelle, c’est que ma fiancée vient me rejoindre pendant l’été. Avec elle, j’ai le sentiment d’être à Montréal. On se parle en français et elle apporte notre chien. »

À l’instar de Leblanc, Toro n’a pas le temps de revenir à Montréal durant la saison de baseball. Pour le faire, il aurait besoin de plusieurs jours de congé en raison du voyagement.

« On n’a pas beaucoup de temps libres dans nos horaires. On passe nos journées au terrain. Ce qui me manque le plus, c’est la vie avec ma famille et mes amis. Montréal, c’est ma maison », confie le frappeur gaucher.

« Être chez toi, ça n’a pas de prix. »

♦ Ceux qui salivent au sujet d’une possible rivalité entre Abraham Toro et Charles Leblanc peuvent aller se rhabiller. Les deux athlètes entretiennent un respect mutuel malgré leurs nombreux affrontements durant le calendrier régulier. « Ça fait plusieurs années qu’on se connaît, indique Toro. C’est le fun de voir un autre Québécois réussir. On est peu nombreux dans les mineures. »

 

Des milliers de kilomètres au compteur

 

Abraham Toro

Hooks de Corpus Christi

Springfield (Missouri)

  • 1330 km (12 h 30 de route)

Springdale

  • 1207 km (11 h 10 de route)

Tulsa

  • 1075 km (10 h 30 de route)

Amarillo

  • 1047 km (9 h 40 de route)

North Little Rock

  • 1036 km (10 h de route)

Midland

  • 753 km (7 h de route)

Frisco

  • 703 km (6 h 30 de route)

Charles Leblanc

RoughRiders de Frisco
 

Corpus Christi

  • 703 km (7 h de route)

Springfield (Missouri)

  • 648 km (6 h 30 de route)

Midland

  • 590 km (5 h 30 de route)

Amarillo

  • 576 km (5 h 40 de route)

Springdale

  • 524 km (5 h de route)

North Little Rock

  • 516 km (5 h de route)

Tulsa

  • 392 km (4 h de route)