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Mettez des photos d’enfants partout

François Legault, accompagné de Régine Laurent
Photo Simon Clark François Legault, accompagné de Régine Laurent

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C’est tout un mandat que vient d’accepter Régine Laurent ! Il s’agit d’une femme humaine et courageuse, déterminée et habituée à naviguer dans le secteur public. Elle a ce qu’il faut pour diriger une équipe et faire face à une corvée aussi exigeante.

Je la comprendrais d’être terrorisée. Le mandat est si sensible et les attentes si élevées. La commission fait suite à la mort d’une fillette. Toute la population a constaté qu’elle fut une enfant martyre et que les mécanismes de protection de nos enfants ont tristement flanché.

On présente donc cette commission comme LA réponse aux événements récents, mais aussi à des critiques répétées concernant la DPJ au fil des ans. Dix-huit mois pour trouver des solutions à des problèmes qui traînent dans le décor depuis des lustres. Dix-huit mois pour renouveler la promesse des adultes du Québec envers les enfants : nous veillerons à votre bien.

La bonne volonté du départ

Le démarrage de la commission se fait dans un torrent de manifestations de bonne volonté. Facile à cette étape-ci : tout le monde veut le bien des enfants. Mais en cours de route, la réalité va refaire surface et la commission va être attirée dans des ornières dangereuses. Hier, tous les participants au lancement insistaient sur la nécessité de placer l’enfant au centre de toutes les préoccupations. Savent-ils à quel point des forces de résistance vont les attirer dans la direction inverse dans le cours de leurs travaux ? Pas parce que les gens sont de mauvaise foi. Parce que le corporatisme est fort au Québec.

La commission va fouiller au cœur d’une organisation, la DPJ, qui repose déjà sur toute une fonction publique, avec des habitudes et des travers. Je ne doute pas de la volonté sincère de ces fonctionnaires d’aider les enfants. Mais je suis certain que, comme tous les fonctionnaires, ils ne veulent pas se faire brasser ni voir leurs méthodes questionnées.

Forces syndicales

La commission va aussi se heurter à un pouvoir syndical. Leur penchant naturel sera de tout ramener à une question de manque de ressources. Ils défendront le système et ses employés, puis demanderont plus d’argent, même si c’est pour faire un peu plus de ce qui ne marche pas. Ils ont de l’expérience et sont bien organisés. Ils ont déjà réussi à faire dévier de grandes consultations.

On ira aussi jeter un œil sur le rôle du réseau de l’éducation selon le mandat annoncé. Inertie, vous dites ? Voilà un secteur où toute forme de changement reçoit un accueil difficile. Et que dire de la justice, un domaine où on se voit au-dessus de la mêlée et où on pense vite que ceux qui veulent changer les choses ne comprennent tout simplement pas les règles complexes.

Tous les jours, la commission aura de nouvelles raisons de concilier des intérêts, d’amadouer des groupes de pression. Pour garder vraiment le cap sur l’intérêt de l’enfant, je suggère de mettre des photos d’enfants partout dans leurs bureaux.