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Un touriste sexuel sort du pénitencier

L’homme de 77 ans a obtenu sa libération conditionnelle totale malgré un risque de récidive élevé

Gilles Marcil a été condamné à 68 mois de détention en novembre 2016, au palais de justice de Joliette.
Illustration d’archives, Delf Berg Gilles Marcil a été condamné à 68 mois de détention en novembre 2016, au palais de justice de Joliette.

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Un aîné passionné de photographie qui a parcouru le monde pour faire du tourisme sexuel auprès de mineurs a réussi à obtenir sa libération conditionnelle totale après avoir purgé la moitié de sa peine, même s’il représente encore un risque de récidive élevé.

Gilles Marcil a convaincu la Commission des libérations conditionnelles du Canada (CLCC) qu’il se tiendrait à carreau s’il obtenait la permission de quitter la maison de transition où il vit depuis six mois.

L’homme de 77 ans a été condamné à plus de cinq ans de pénitencier en novembre 2016 pour des crimes liés à la possession, la production et l’importation de pornographie juvénile ainsi que pour avoir fait des attouchements à deux Vietnamiens de 5 et 9 ans.

Problèmes érectiles

L’aîné a récemment dit devant la CLCC qu’il ne souhaitait plus voyager et qu’il aimerait « vivre une vie saine » dans un appartement grâce à ses rentes.

Il a affirmé que son risque de récidive était faible — malgré une évaluation psychosexuelle de 2017 qui le situe à un niveau modéré-élevé — notamment en raison de ses problèmes érectiles.

L’équipe de gestion de cas du pédophile avait suggéré à la CLCC de lui refuser la libération conditionnelle totale, estimant que le détenu percevait encore « les interventions [auprès de lui] comme étant de l’injustice, des jugements à [son] endroit et une façon de [l’]humilier en [lui] rappelant [ses] crimes ».

Bien que les commissaires soient d’avis que le dossier de Marcil invite à la prudence, ils ont assoupli ses conditions en retirant l’assignation à résidence.

« [La] Commission considère que c’est le moment opportun de mettre en pratique vos acquis en bénéficiant d’une plus grande liberté », ont conclu les commissaires Janie Fortin et Richard Dupuis dans une décision rendue la semaine dernière, dont Le Journal a obtenu copie.

45 ans de crimes sexuels

Gilles Marcil a longtemps passé sous le radar des autorités canadiennes malgré 45 ans de crimes sexuels commis à l’étranger.

Il a fait ses premières victimes à l’international à la fin des années 1960.

Gabon, Sénégal, Myanmar et Vietnam : le passionné de photo, qui a œuvré pour des organisations humanitaires durant la majeure partie de sa vie, a par la suite sévi pratiquement sans accalmie auprès de garçons vulnérables.

Il a également commis des agressions sexuelles sur deux jeunes Québécois en 1984.

Des douaniers perspicaces de l’aéroport Pearson de Toronto ont mis fin à sa séquence criminelle en avril 2013, au retour d’un voyage en Asie.

Les agents ont trouvé étrange qu’un septuagénaire voyageant seul ait la casquette et le gilet d’un garçon dans ses valises.

Oubli fatal

C’est en fouillant son ordinateur qu’ils ont découvert le pot aux roses, car le pédophile avait oublié de crypter ses fichiers de pornographie juvénile avant de rentrer au pays.

Très prudent, Marcil assouvissait ses pulsions sexuelles déviantes à l’étranger, car il croyait que cette pratique y était mieux acceptée et que le risque de se faire prendre était moins grand, a relaté le juge Normand Bonin, lors de sa condamnation au palais de justice de Joliette.

La collection de pornographie juvénile du pédophile comptait entre 45 000 et 50 000 images et 10 000 vidéos.

Pendant son incarcération, le détenu s’est conformé aux règles et a participé à des programmes en délinquance sexuelle.

En maison de transition, l’aîné a fait plusieurs demandes pour aller à la piscine alors que cela lui a été interdit par le juge pour la prochaine décennie.

« Dans les faits, la Commission considère que l’un de vos plus grands défis sera de vivre avec la honte de vos gestes, de leurs conséquences et de devoir informer des tiers de la nature de vos délits », a conclu la CLCC.