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Une mère invalide vit dans la douleur extrême

La femme de 37 ans attend une chirurgie pour lui redonner une qualité de vie

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 En attente d’une chirurgie lombaire, une mère invalide depuis plus d’un an vit dans la douleur extrême malgré les 25 pilules qu’elle ingère chaque jour et s’inquiète des possibles séquelles dues au délai de l’opération. 

 « Est-ce que je vais attendre en 2020 pour me faire opérer ? Ça n’a aucun bon sens », rage Cynthia Delcourt. 

 « Je ne souhaite pas ça à mon pire ennemi », ajoute la femme de 37 ans. 

 En mars 2018, cette éducatrice à la petite enfance de Saint-Lin-Laurentides a vu sa vie prendre un virage inattendu en raison d’une douleur soudaine au nerf sciatique. 

 « C’est arrivé d’un coup », se rappelle la mère de trois enfants âgés de 7 à 16 ans. 

 Depuis ce temps, elle est inapte au travail en raison d’une hernie lombaire qui la fait souffrir dans la jambe gauche. Peinant à se déplacer avec une canne dans sa maison, elle passe ses journées au lit pour limiter la douleur. 

 « Des fois quand je suis debout, c’est comme si je paralysais de douleur », dit celle qui voit son état se dégrader. Sur une échelle de 1 à 10, Mme Delcourt qualifie son niveau de douleur à 25. Et ce, malgré les 25 comprimés (dont des opioïdes) qu’elle prend tous les jours. 

 Effets secondaires 

 « Je ne peux pas augmenter la dose, on me dit que j’en prends déjà trop », dit-elle, ajoutant que les pilules entraînent des tremblements, des maux de cœur et des pertes de mémoire. 

 Après des traitements de physiothérapie et de physiatrie inefficaces, elle a été transférée vers un neurochirurgien du Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM), en novembre. 

 Le 5 février, elle a finalement été placée sur la liste d’attente pour une chirurgie (discoïdectomie lombaire). Et depuis près de quatre mois, elle attend. 

 « Je n’ai aucune idée quand je serai opérée ! déplore celle qui n’a pas les moyens de se faire opérer aux États-Unis. C’est aberrant. » 

 Objectif : Un an 

 À ce sujet, le CHUM répond que les délais d’attente varient en fonction de la condition du patient et des priorités. 

 « Nous avons comme objectif d’opérer tous les patients le plus rapidement possible, et ce, à l’intérieur d’un délai d’un an », écrit la porte-parole Lucie Dufresne. 

 Si l’attente se prolonge, Mme Delcourt craint des séquelles permanentes, notamment le pied tombant. 

 « Plus on attend, plus il y a des risques », angoisse-t-elle, craignant aussi la perte de son emploi si elle atteint trois ans d’invalidité. 

 Incapable de s’occuper de sa famille, Mme Delcourt s’avoue fâchée et déprimée. 

 « Si je n’avais pas d’enfants, je prendrais le pot de pilules au complet pour arrêter la douleur. Mes enfants me tiennent en vie. Mais ce n’est pas endurable. » 

 Des cas non prioritaires 

 Puisque leur vie n’est pas en danger, plusieurs patients qui souffrent au dos doivent patienter de longs mois avant d’être opérés, déplorent les neurochirurgiens. 

 « Il y a un paquet de patients qui sont dans la même situation, qui souffrent en silence », avoue le Dr David Mathieu, président de l’Association des neurochirurgiens du Québec. 

 Pas priorisés 

 « Le problème de ces patients-là, c’est que leur vie n’est pas en danger », ajoute-t-il. 

 En effet, les neurochirurgiens opèrent différentes pathologies, dont plusieurs sont prioritaires en raison des risques pour la vie (tumeurs, cancers du cerveau, anévrismes) 

 Résultat : les gens aux prises avec des douleurs lombaires attendent souvent six mois, voire une année avant d’être opérés. Selon l’Association, le ministère de la Santé tolère un délai d’un an avant que ces cas soient priorisés. 

 « Il n’y a pas un neurochirurgien qui est content de savoir que des patients sont souffrants à la maison. Et plus on attend, plus la récupération peut être longue », dit le spécialiste. 

 Pour répondre à la demande, le Dr Mathieu estime que les neurochirurgiens devraient avoir accès aux salles d’opération deux jours par semaine. Soit le double de la situation actuelle. Ce manque d’accès est répandu partout au Québec. 

 « On est un peu coincés de partout », dit-il. 

 Transfert du problème 

 « On nous demande de voir plus de patients en clinique externe, mais ça allonge juste les listes d’attente chirurgicale. Ça transfère le goulot à la salle de chirurgie. On n’a pas plus de ressources. » 

 Depuis l’ouverture du Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM) en 2017, un manque d’employés ne permet pas l’utilisation du bloc opératoire à 100 %, ce qui réduit l’accès. 

 « La plupart des neurochirurgiens ont la moitié moins de temps opératoire. C’est les patients qui en font les frais », constate David Mathieu.