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Le Dorion show

Le Dorion show
Photo d’archives, Simon Clark

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J’ai songé à intituler ce texte « Pour en finir avec Catherine Dorion », mais il n’y a rien que je trouve plus prétentieux que ces auteurs qui prédisent que leur judicieux éclairage amènera une conclusion définitive à un débat litigieux.

Dans mon cas, ça aurait été toutefois pour attirer l’attention sur le fait que Catherine Dorion est un sujet que j’ai soigneusement contourné jusqu’ici en chronique. S’il n’en tient qu’à moi, je n’y reviendrai pas.

Chaque fois que Catherine Dorion trouve un moyen de faire parler d’elle, c’est la même chose. Tout ce que Facebook compte de personnes de plus de 50 ans s’indigne, la moitié de mes collègues font une chronique pour la planter et Luc Lavoie respire si fort qu’on l’entend transpirer à la radio.

Ensuite, tout ce que les réseaux sociaux comptent d’utilisateurs du transport en commun crie à la persécution de leur égérie. Un chroniqueur de La Presse fait un texte pour dire que ça n’a pas de bon sens de toujours s’en prendre à elle. Yves Boisvert pense qu’on en veut à Catherine Dorion parce qu’elle portait une robe fleurie lors de son assermentation. Si seulement.

Le « show »

Chaque fois, ça me fascine de voir avec quelle docilité tout un chacun exécute docilement la partition qui a été écrite pour lui.

Un des derniers projets professionnels de Catherine Dorion avant la politique, ç’a été la création du NoShow. Il s’agit d’une œuvre théâtrale où de jeunes artistes déplorent le peu de valeur accordée à leur travail par le public et les institutions. Le spectacle a connu un beau succès critique et a un peu tourné.

En décembre dernier, Catherine Dorion est en terrain ami à La soirée est encore jeune sur les ondes de Radio-Canada. Elle s’indigne de la platitude de la politique. Évoquant le peu d’intérêt que ce spectacle suscite, elle assène, lapidaire : « Yé pas bon, le show ! »

Voilà Catherine Dorion. Une femme qui avait des choses à raconter, qui déplorait que peu de gens veuillent les entendre et qui est donc allée au parlement pour les dire, mais en ne manquant jamais une occasion de rappeler que ça n’intéresse personne.

Faire parler de soi

Le mois dernier, Catherine Dorion publiait un billet sur Urbania où elle nous racontait un rêve récurrent dans lequel une police politique l’enlève pour la torturer sous les yeux de son collègue Sol Zanetti, qui l’abandonne comme une chiffe molle.

Sauf que c’est plus souvent le contraire qui se produit. Lundi passé, ils annonçaient tous les deux qu’ils invitaient les gens à un party de la Saint-Jean inclusif, mais pour indépendantistes proclimat seulement. Une grosse annonce. Mais comme Catherine Dorion ne pouvait supporter de partager la lumière avec son voisin de comté, qu’est-ce qu’elle a fait ? Elle a dans le même temps partagé sur les réseaux sociaux une photo de son aisselle velue. Pour ensuite se surprendre qu’on en parle.

Comme lorsqu’elle a couru après les médias pour poser en tuque, camisole et Doc Martens dans le foyer du parlement, comme jamais Dominique Anglade, Geneviève Guilbault ou Véronique Hivon ne l’auraient fait, pour ensuite déplorer que personne ne s’intéresse au contenu de son discours d’entrée en chambre. Ces interventions de nouveaux députés, souvent de très haute qualité, sont toujours ignorées par les médias. Dans le cas de la députée de Taschereau, ce fut rapporté sur toutes les plateformes.

Et c’est toujours ça, qu’il s’agisse du 3e lien ou de quoi que ce soit. Le Dorion Show, c’est un procédé qui consiste à utiliser des idées pour faire parler de soi. Ce n’est pas à propos des électeurs ou des citoyens d’une circonscription. C’est une manière de vivre sa vie en direct.