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Le sud-est de la Floride aux prises avec la prolifération d’algues

Le sud-est de la Floride aux prises avec la prolifération d’algues
Photo courtoisie, Marie Poupart

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Depuis les dernières semaines, plusieurs plages du sud-est de la Floride ressemblent à une véritable piste de course à obstacles avec leurs algues sargasses qui prolifèrent le long du littoral. Bien que la situation ne soit pas aussi critique aux yeux des autorités que celle des Caraïbes, elle dérange tout de même de nombreux touristes qui doivent souvent les contourner pour rejoindre la mer, sans parler des odeurs parfois nauséabondes qui s’en dégagent.

Denis Cardinal, en vacances à Sunny Isles, a sursauté quand il a vu ces algues brunes gâcher le paysage. « J’ai visité à plus d’une reprise la Floride, et jamais je n’en ai vu autant sur la plage et dans l’eau. La baignade est encore agréable, mais il faut nager en eau plus profonde pour les éviter », dit-il.

South Beach
Photo courtoisie, Marie Poupart
South Beach

Pour sa part, Anna Brandt, qui avait fait le voyage depuis la Pologne avec son mari, n’a pas eu les vacances rêvées. Rencontrée à South Beach, elle dit qu’en une semaine elle n’a pas mis les pieds à l’eau une seule fois : « L’état des plages était encore pire dans les Keys, et la senteur était à ce point terrible qu’il était impossible de rester plus de cinq minutes sur la plage. » explique-t-elle.

Des sauveteurs croisés à South Beach ont expliqué qu’à cette période de l’année il était normal de vivre ce genre de situation : « Ce n’est pas la première fois que ça arrive. Nous avons connu des problèmes similaires en 2018, mais jamais d’une telle ampleur. Les vacanciers viennent à nous pour se plaindre, mais il n’y a rien que l’on puisse faire. Ici, à South Beach, les plages sont nettoyées tous les matins entre 6 h et 10 h, mais les algues s’accumulent très rapidement », nous dit l’un d’entre eux.

Le nettoyage des plages

Lake Worth Beach
Photo courtoisie, Marie Poupart
Lake Worth Beach

La façon de nettoyer les plages varie selon qu’elles sont plages d’État (State Park) ou plages municipales. Dans le premier cas, elles sont laissées à leur état naturel. Pour les plages municipales, divers procédés sont utilisés. À Lake Worth Beach, dans le comté de Palm Beach, un « tracteur » pousse les algues à l’eau les lundis et vendredis. Alors qu’à South Beach, à Miami, elles sont mélangées au sable pour être ensuite enfouies le long du rivage. Certaines municipalités les ramassent et les acheminent au dépotoir. Plusieurs touristes souhaitent que les plages soient complètement nettoyées, ce qui ne semble pas être le cas. Le ramassage est limité à une partie de la plage pour respecter la saison de la ponte des tortues, de mars à la fin octobre.

Andy Studt, superviseur au programme environnemental du comté de Palm Beach, comprend très bien la déception des touristes, mais il explique que l’accumulation des sargasses sur les plages, amenées par les vents et les courants en saison chaude, est une réalité avec laquelle les Floridiens sont habitués de composer. Il ajoute qu’en ce moment, il n’y a pas d’accumulation significative et que jusqu’à maintenant personne ne s’est plaint de problèmes de santé reliés à leur présence. Il rappelle notamment que les sargasses sont une source inestimable de nourriture pour les oiseaux, qu’elles contribuent à la pousse des plantes des dunes, qu’elles aident à réalimenter en micro-organismes des plages qui ont souffert de l’érosion causée par les tempêtes et les ouragans. Enfin, il insiste sur le fait qu’en saison de ponte des tortues, comme c’est le cas présentement, il faut à tout prix éviter de jouer avec la nature pour les protéger. À ce sujet, les opinions divergent, car d’autres acteurs du milieu affirment que ces algues peuvent fort bien bloquer l’accès des bébés tortues à la mer.

Hallandale Beach
Photo courtoisie
Hallandale Beach

Une crise à l’horizon

Pour sa part, le professeur en sciences marines Chuanmin Hu de l’University of South Florida est plus inquiet. Selon lui, la situation est maîtrisée, mais si on se fie aux images satellites, elle pourrait empirer très sérieusement, allant même jusqu’à parler d’une crise locale. Il rappelle que l’exposition aux émanations d’algues sargasses en décomposition et non ramassées est toxique et dangereuse pour la santé, causant notamment des irritations respiratoires.

Des objets dangereux

Pour l’instant, l’accumulation des sargasses cause d’autres types de problèmes dans le sud-est de la Floride, et des précautions s’imposent pour éviter les accidents. La Québécoise Catherine Girard, sauveteuse à Lake Worth Beach, en sait quelque chose. Toutes les semaines, elle ramasse des objets dangereux dissimulés parmi les algues : « J’ai déjà fait la découverte de couteaux, la lame pointée vers le haut, de clous et même de seringues usagées » dit-elle. Elle suggère d’éviter de marcher autant que possible sur les algues, et de ne pas y laisser jouer les enfants. Les méduses portugaises peuvent aussi s’y cacher. Elles sont dangereuses, car même hors de l’eau, elles relâchent des toxines qui peuvent brûler la peau. Gare également aux épines des oursins. Elles peuvent nous blesser si on marche dessus. En plus, certaines espèces contiennent un venin causant des brûlures légères.

Les poux de mer

Les algues sargasses favorisent l’éclosion de poux de mer (forme larvaire de la méduse ou « sea lice » en anglais). Ils peuvent piquer et causer des éruptions cutanées. Ces parasites non visibles à l’œil nu ne survivent pas hors de l’eau, mais ils peuvent s’accrocher aux maillots de bain ou aux vêtements mouillés et provoquer des irritations. Pour limiter les risques, Catherine Girard suggère aux femmes de porter des maillots de bain deux pièces et d’éviter de mettre un chandail pour se baigner. Prendre une douche après la baignade permet aussi de se débarrasser de toutes traces du parasite.


♦ Les sargasses sont des algues brunes équipées de flotteurs naturels qui ressemblent à des grappes de raisins.

♦ Elles se développent dans l’océan Atlantique et dans la zone ouest du golfe du Mexique avant d’atteindre les côtes de la Floride.

♦ En cas de putréfaction, elles dégagent une odeur d’œufs pourris et émettent du sulfure d’hydrogène et de l’ammoniac. Selon le temps et la fréquence d’exposition, ces gaz toxiques peuvent nuire à la santé de l’homme, provoquant des problèmes respiratoires, des nausées et des troubles digestifs, etc. Les gaz nuisent aussi à la faune et à la flore.

♦ Depuis 2011, elles envahissent les Caraïbes, en particulier les Antilles françaises, le Mexique, Cuba et la Répu-blique dominicaine. Elles ont touché la Floride, et même le Texas.

♦ Les changements climatiques, la pollution et l’apport massif de nutriments dans la mer, dont les phosphates et les nitrates, sont, selon l’avis de plusieurs experts, en cause.

♦ Pour en savoir plus, suivez notre collaboratrice Marie Poupart sur Facebook.