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Une fausse infirmière a travaillé à l’hôpital de Jonquière pendant 20 ans

Une fausse infirmière à l'hôpital de Jonquière
Photo Roger Gagnon Le Syndicat des professionnelles en soins du Saguenay–Lac-Saint-Jean se trouve dans une position délicate, soit celle de représenter la fausse infirmière qui a travaillé pendant 20 ans à l’hôpital de Jonquière et l’infirmière dont l’identité a été usurpée.

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Des collègues de la fausse infirmière démasquée après 20 ans de travail sans permis sont scandalisés d’apprendre qu’elle a pu mettre en péril la vie de patients de l’hôpital de Jonquière, où elle a souvent exercé en position d’autorité.

La quadragénaire aurait notamment travaillé au sein des départements de médecine, de l’urgence, des soins et du bloc opératoire pendant ses 20 ans de pratique illégale en plus d’être responsable de certains départements principalement de nuit, selon des infirmières qui se sont confiées anonymement au Journal.

« C’est elle qui prend les décisions importantes, qui avise le médecin au besoin. De jour, l’infirmière responsable relève toutes les ordonnances du médecin, organise les consultations des examens et s’occupe du personnel », confie une infirmière qui a travaillé avec la femme pendant environ six ans.

Cette collègue a l’impression d’avoir été « bernée » et « manipulée » toutes ces années par cette présumée infirmière en qui elle avait confiance. Elle s’explique très mal comment elle a pu mettre la vie de patients en péril.

« Aux soins intensifs, on manipule de la médication très importante et c’est nous qui nous déplaçons sur les étages dans les cas de réanimation. Je ne peux pas croire qu’elle y allait seule. C’est tellement dangereux », lâche-t-elle.

Fausse identité

La quadragénaire a été congédiée il y a deux semaines par le CIUSSS du Saguenay–Lac-Saint-Jean, dont fait partie l’hôpital. Pour être embauchée, elle aurait fourni un faux diplôme et le numéro de permis d’une autre infirmière du même nom de la région.

Son stratagème a été décelé il y a quelques semaines. Elle s’est inscrite à une formation avant qu’un employé du CIUSSS ne s’aperçoive que le numéro de permis et le lieu de pratique ne concordaient pas. La porte-parole du CIUSSS, Joëlle Savard, admet que celle qui ne payait pas son permis de pratique et ne figurait pas au tableau de l’Ordre des infirmiers et infirmières du Québec a réussi à détourner les processus de vérification.

« On lui a demandé de nous fournir des preuves du paiement à son ordre et elle nous a entre autres fourni des documents falsifiés dans le but de tromper l’employeur, dit Mme Savard. Chaque année, on vérifie la validité de nos permis et on s’est rendu compte qu’il y avait une faille au niveau du processus de vérification de notre système [...] qui ne nous permettait pas de mettre en lumière les doublons. »

Situation « très grave »

La ministre de la Santé Danielle McCann a qualifié la situation de « très grave » et a rappelé qu'il incombe aux établissements de vérifier l'identité et la validité du permis des travailleurs de la santé.

Le CIUSSS analyse la possibilité de poursuivre la fausse infirmière ou encore de déposer des accusations criminelles.

— Avec la collaboration de Pierre-Paul Biron et de TVA Nouvelles

Des réactions

« Jamais on ne se serait douté qu’elle n’avait pas de formation en soins infirmiers. Elle supervisait des étudiantes au baccalauréat en sciences infirmières de l’UQAM et a enseigné à des résidents en médecine »

— Une collègue de la dame

« L’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec assure que des mécanismes de vérification sont mis à la disposition des établissements de santé en tout temps, et ce, en ligne, 24 heures sur 24, pour vérifier si une personne est membre de l’OIIQ et en droit d’exercer une profession infirmière »

— L’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec

Une fausse infirmière à l'hôpital de Jonquière
Capture d'écran, TVA Nouvelles

« Si les allégations sont fondées, nous allons fermer le dossier parce qu’en aucun temps nous n’allons défendre l’indéfendable. [...] Les instances concernées devront gérer le dossier »

— Julie Bouchard, présidente du Syndicat des professionnelles en soins du Saguenay–Lac-Saint-Jean (FIQ)

Une fausse infirmière à l'hôpital de Jonquière
Capture d'écran, TVA Nouvelles

« Pour l’instant, je n’ai pas la réponse (a-t-elle droit à son fonds de pension), mais ça fait partie des vérifications qu’on va faire aussi »

— Joëlle Savard, porte-parole du CIUSSS du Saguenay–Lac-Saint-Jean

D’autres cas

♦ En 2018, une ancienne adjointe administrative de l’hôpital de Gatineau a plaidé coupable à une accusation d’exercice illégal devant l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec.

♦ En 2019, Kéven Poulin, de Sherbrooke, a été reconnu coupable de 125 chefs d'accusation, notamment pour avoir exercé illégalement la profession.

♦ En janvier 2019, la police de Laval demandait l'aide du public pour retracer un désaxé sexuel qui se faisait passer pour un infirmier du CLSC.

♦ Ailleurs, en France, une infirmière de 32 ans sans diplôme a été condamnée à 10 mois avec sursis.