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Un défi qui va perdurer durant les 125 prochaines années

L’immigration à elle seule ne pourra pas combler tous les besoins d’employés

Les efforts pour retenir le personnel portent leurs fruits chez Benny & Co. Joon Avoyne, 21 ans, travaille depuis huit ans pour cette chaîne de restauration tout en poursuivant ses études en droit à l’Université Laval.  
Photo Didier Debusschère  Les efforts pour retenir le personnel portent leurs fruits chez Benny & Co. Joon Avoyne, 21 ans, travaille depuis huit ans pour cette chaîne de restauration tout en poursuivant ses études en droit à l’Université Laval.  

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La pénurie de main-d’œuvre qui frappe si durement le Québec n’a pas fini de faire jaser. Selon l’économiste Pierre Fortin, le sujet sera encore dans l’air du temps dans 125 ans.

« Les gens vont en parler moins parce qu’ils vont s’habituer. Si on regarde aux États-Unis, en Ontario et au Japon, où la pénurie est plus intense qu’ici, ils en parlent beaucoup moins parce que ça fait 50 ans qu’ils sont là-dedans », a-t-il dit.

« C’est un phénomène qui est nouveau et qui va rester », a ajouté M. Fortin lorsque rencontré plus tôt cette semaine au congrès annuel de l’Association des économistes québécois qui se tenait à Québec.

« Il ne faut pas sous-estimer l’importance de la pénurie de main-d’œuvre. C’est un problème, mais il y a pire que cela. Si on avait un taux de chômage comme dans les années 1990 ou avant, on aurait 500 000 chômeurs plutôt que 100 000 postes à combler. Entre mal et pire, aussi bien choisir mal », a fait valoir le professeur émérite d’économie à l’Université du Québec à Montréal.

Hausse des salaires

La pénurie de main-d’œuvre n’a pas que des effets négatifs.

« Si on regarde dans les faits, on commence à voir des augmentations de salaire pour les emplois plus recherchés », observe pour sa part Clément Gignac, économiste en chef, IA Groupe financier.

Faire augmenter les quotas d’immigration ne réglera pas tous les problèmes, disent les économistes.

« Quand on augmente le nombre d’immigrants, ces gens-là ajoutent aux dépenses dans l’économie et font augmenter la demande de main-d’œuvre pour les entreprises qui doivent produire des biens supplémentaires pour répondre à la demande. Donc, la progression générale de l’immigration n’aura pas beaucoup d’effet sur la pénurie », a affirmé M. Fortin.

Le Québec a intérêt à travailler sur la composition de l’immigration et non pas juste sur le volume d’immigrants, poursuit dans la même veine Sylvain Guiguère, chef de la Division du développement économique et de l’emploi local pour l’OCDE.

Reconnaître les compétences

« On peut faire mieux. Même si on arrivait à aplanir les obstacles à l’intégration, on n’arriverait probablement pas à attirer et à maintenir les immigrants dans les régions. Le problème principal du Québec, c’est l’attractivité et la qualité des emplois. »

« Il n’y a pas de recette magique. Il faut utiliser les compétences disponibles pour augmenter la capacité technologique des entreprises », suggère M. Giguère.

Pour Andrey Murray, présidente de la Commission des partenaires du marché du travail, la pénurie de main-d’œuvre représente une opportunité à saisir pour « transformer le Québec ».

« Il y a de grands défis derrière cela. On vit pour la première fois le choc du plein-emploi. Nos processus de recrutement et de rétention n’ont jamais été challengés avant. Au niveau des politiques publiques, on a eu l’habitude d’accompagner des chômeurs et d’imaginer du développement économique autour de la création d’emplois. Ces deux paradigmes sont en train de changer. La pénurie, c’est la pointe de l’iceberg. Il y a de grands mouvements qui demandent que l’on s’organise », conclut Mme Murray.