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Un gouvernement national

Le régime libéral était déloyal au Québec

Un gouvernement national
Photo Simon Clark

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Comme tous les gouvernements, le gouvernement Legault est critiquable. Mais il faut bien convenir d’une chose: près d’un an après son élection, sa lune de miel avec les Québécois n'est pas terminée. Et cela, pour une raison fondamentale: c’est que nous avons pour la première fois depuis très longtemps un gouvernement national à Québec. J’entends par-là un gouvernement ancré dans la majorité historique francophone, et qui la replace au cœur de notre vie collective, comme il se doit. J’entends par-là un gouvernement qui place nos intérêts nationaux au cœur de son action, même si on peut ensuite lui reprocher d’en proposer une mauvaise lecture, ou du moins, de ne pas en faire une lecture suffisamment exigeante. J’entends par-là un gouvernement dont on ne saurait douter de la loyauté nationale.

Le régime libéral, de 2003 à 2019, parenthèse péquiste mise à part, faisait le contraire. Il travaillait ouvertement à décentrer la nation de son cœur historique pour la redéfinir dans les paramètres idéologiques du multiculturalisme canadien. Le PLQ cherchait à dénationaliser le Québec. Plus encore, sous les années Couillard, il a ouvertement cherché à culpabiliser ceux qui résistaient même timidement à cette entreprise de dépossession collective à grande échelle. Philippe Couillard assimilait le moindre sursaut nationaliste québécois à une manifestation d’intolérance. Fier de regarder son peuple de haut, toujours prêt à le sermonner et à le morigéner, et se croyant appelé à le mater pour le faire enfin rentrer dans l’ordre canadien, il passera à l’histoire comme un de nos pires premiers ministres. 

Mais depuis le 1er octobre dernier, la situation n'est plus la même. En gros, le gouvernement du Québec ne cherche plus à dissoudre son peuple, mais à l’affirmer. Il a bien fait, de ce point de vue, de placer la question de la laïcité au cœur de son action dès son élection : il montrait ainsi qu’il prenait au sérieux une aspiration fondamentale du peuple québécois. Un politologue un peu trop porté sur les sermons soutenait récemment que le projet de loi 21 représentait un échec pour la nation québécoise. C’est le contraire. À travers elle, notre gouvernement renoue avec son droit fondamental de gouverner en fonction de nos intérêts nationaux, et non plus en fonction des paramètres idéologiques imposés du régime canadien, qui a pour noyau idéologique un multiculturalisme destructeur pour l’identité québécoise.

Tôt ou tard, ce gouvernement décevra. On peut s’attendre à ce qu’il n’aille pas assez loin sur la langue ou sur l’immigration, par exemple. Et bien franchement, nous le savons, son projet de loi sur la laïcité, sans être insignifiant, aurait pu avoir plus de mordant. Mais en réaffirmant la légitimité du nationalisme comme principe de gouvernement, il enclenche une dynamique historique favorable à la reconstruction de la question nationale. Il contribue à la revitalisation de ce qu’on appelle la question du régime. Il pousse les Québécois à renouer avec une définition de la politique qui ne soit plus exclusivement gestionnaire. Il replace la question de notre existence collective comme peuple au cœur de la délibération publique. Que tous ceux qui le servent n'en soient pas nécessairement conscient n'est pas très grave. Une fois que l'histoire se remet en marche, nul n'est assuré de la maîtriser et de la contenir.

Ceux qui veulent relancer le mouvement indépendantiste devraient profiter de ce contexte. Cela implique qu’ils assument eux-aussi la question identitaire, par laquelle se recompose aujourd’hui le nationalisme. Ils doivent pour cela eux-aussi assumer la question du régime, la déployer pleinement, en tirer toutes les conséquences, et ne pas se perdre dans la contemplation d’un pays imaginaire dont la seule légitimité proviendrait du progressisme revendiqué. Quand une députée aussi talentueuse que Catherine Fournier sent le besoin de dire que le projet de loi 21 n’aurait pas dû s’appliquer aux enseignants, elle se retourne sans même s’en rendre compte contre son propre camp. Il faudra bien un jour que les souverainistes cessent de donner des gages de respectabilité au politiquement correct. Tant que les souverainistes sembleront moins nationalistes que les autonomistes au pouvoir, ils peineront à renaître. 

De ce point de vue, les souverainistes trouveraient un grand intérêt à lire Après le désastre, le tout récent livre de Frédéric Bastien, qui propose une feuille de route plus qu’intéressante pour un nationalisme enfin décomplexé. On peut espérer qu’il trouvera un grand écho chez ceux qui veulent reprendre le combat pour l’indépendance.