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Maternelles 4 ans: un projet qui continue de diviser

Plusieurs experts se prononcent sur la promesse du gouvernement Legault

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Les consultations sur le projet de loi concernant l’implantation des maternelles 4 ans pour tous, qui se sont déroulées la semaine dernière à l’Assemblée nationale, n’ont pas été de tout repos pour le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge. Les experts sont divisés. Des acteurs du milieu scolaire favorables au projet rappellent que les défis sont nombreux. Plusieurs le pressent de ralentir la cadence afin de prendre le temps de bien faire les choses. Et les partis d’opposition ont durci le ton à son endroit, lui reprochant son «arrogance» et «entêtement» dans ce dossier.  

POUR  

Pour Égide Royer, professeur en adaptation scolaire à l’Université Laval, l’amélioration de la réussite des élèves en difficulté passe par l’implantation de la maternelle 4 ans pour tous. Les enseignants, qui ont une formation adéquate en numératie et en littératie, sont les mieux placés pour faire de l’intervention précoce auprès des enfants de quatre ans, un modèle qui a donné des résultats probants dans plusieurs systèmes d’éducation performants, a-t-il affirmé. Un enfant avec des défis particuliers aura plus de chance d’obtenir des services à l’école plutôt que dans le réseau des services de garde, selon cet expert.    

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En début de semaine, d’autres experts ont aussi publié une lettre ouverte pour appuyer ce projet du gouvernement caquiste.   

Dans le réseau scolaire, une des associations qui représente les directions d’école et celle qui représente les directions générales des commissions scolaires se sont aussi prononcées pour la maternelle 4 ans pour tous, malgré les défis que ce projet comporte, estimant que cette mesure pourrait permettre à davantage d’enfants de partir du bon pied dans leur cheminement scolaire.   

CONTRE  

La professeure à l’École de santé publique de l’Université de Montréal Sylvana Côté, appuyée par les professeurs Richard Tremblay et Christa Japel, affirme que selon des données québécoises, ce sont les CPE et non les maternelles 4 ans qui préparent le mieux les enfants pour la réussite scolaire. Le gouvernement doit privilégier le développement des CPE, afin qu’ils soient accessibles à tous, plutôt que celui des maternelles 4 ans, selon Mme Côté.   

Jacques Moreau, professeur à l’École de travail social de l’Université de Montréal, affirme déplacer des enfants de 4 ans d’un CPE vers la maternelle «pourrait être une menace» pour certains enfants, en particulier pour ceux qui sont déjà vulnérables sur le plan de leur développement, à cause du changement hâtif d’environnement. «On a besoin d’une approche ciblée (pour les élèves vulnérables) et non pas de maternelle 4 ans partout pour tout le monde», a-t-il lancé.   

Les syndicats d’enseignants s’opposent aussi à la maternelle 4 ans pour tous, réclament un déploiement uniquement en milieu défavorisé.   

METTRE LA PÉDALE DOUCE  

George Tarabulsy, professeur à l’École de psychologie de l’Université Laval, affirme que puisqu’il n’existe présentement aucun consensus scientifique qui permet d’affirmer que la maternelle 4 ans pour tous est plus efficace que les CPE, vaut mieux évaluer rigoureusement les impacts des différents services éducatifs en place présentement avant de donner le feu vert à un déploiement universel. D’autres intervenants ont aussi souligné que l’important est avant tout est la qualité des services éducatifs, peu importe qu’ils soient en CPE ou en maternelle, d’où l’importance de prendre le temps de bien faire les choses.   

DÉPENSER LES MILLIONS AUTREMENT  

Plusieurs intervenants estiment que le milliard de dollars qui devra être dépensé dans le béton, pour construire de nouvelles classes, serait mieux investis dans les services aux enfants vulnérables. L’enjeu, ce n’est pas le dépistage mais plutôt la disponibilité des services, a notamment fait valoir la CSN. Le ministre Roberge rétorque de son côté que privilégier le développement des centres de la petite enfance impliquerait aussi la construction de nouveaux locaux, puisque les services de garde publics subventionnés sont remplis à pleine capacité.   

  

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LES DÉFIS  

En plus du manque de locaux dans les écoles, des problèmes de recrutement d’enseignants et du manque de formation dont il a déjà été abondamment question dans les médias, les consultations ont permis de mettre en lumière d’autres défis :Des ratios trop élevés en service de garde scolaireLe ratio dans les groupes de services de garde scolaires, qui est de 20 enfants pour un éducateur, est trop élevé pour les petits de 4 ans, selon le Conseil supérieur de l’Éducation et l’Association québécoise de la garde scolaire (AQGS), qui a suggéré d’abaisser ce ratio à 15 enfants par adulte pour les élèves les plus jeunes.   

Des petits de 4 ans dans les autobus scolaires  

Les enfants de 4 ans transportés présentement en autobus scolaire ont parfois de la difficulté à monter les marches à l’entrée, peinent à s’asseoir et peuvent même glisser sous les bancs, faute de tonus. Pour des raisons de sécurité, du financement supplémentaire qui permettrait d’offrir un transport mieux adapté aux tout-petits – par minibus ou berline – est réclamé par la Fédération des transporteurs par autobus, une demande évaluée à au moins 27 millions $.   

Photo d'archives

Des camps de jour estivaux pour les 4 ans  

Les parents d’enfants de 4 ans inscrits à la maternelle voudront avoir accès à des camps de jour municipaux pour leurs petits, une fois l’année scolaire terminée. Orles camps de jour ne sont «pas adaptés» pour accueillir les enfants de cet âge, selon l’Union des municipalités du Québec, qui réclame un soutien financier de Québec pour accueillir cette clientèle.   

Photo d'archives, Fotolia

LES ABSENTS  

Les partis d’opposition ont reproché au gouvernement Legault de museler des intervenants, en refusant d’entendre certains intervenants qui sont défavorables au projet. Québec a notamment refusé d’entendre la commission scolaire de Montréal, qui est pourtant la plus grande de la province.   

DES CHIFFRES EN MOUVEMENT  

Alors que les partis d’opposition réclament un plan de déploiement détaillé pour l’implantation des maternelles 4 ans, les chiffres avancés par le gouvernement ont encore changé cette semaine. Après avoir estimé en campagne électorale que l’ouverture de 5000 nouvelles classes serait nécessaire, le gouvernement Legault avait réduit cette estimation à 3400 lors de la présentation du budget, basé sur un scénario qui prévoit que 50% des parents choisiront l’école pour leur enfant de 4 ans d’ici cinq ans. Cette semaine, après consultation dans le réseau scolaire, le ministre Roberge a indiqué que l’ouverture de 2600 classes sont maintenant nécessaires, dont 1300 à construire, pour un total d’environ 1 milliard $.   

Photo d'archives, Fotolia

Les coûts de la maternelle 4 ans pour tous   

Construction de nouveaux locaux: 1 milliard $ (1300 classes à construire, pour un total de 2600 nouvelles classes d’ici cinq ans)   

Coûts de fonctionnement: 436 millions $ par année (majoritairement en salaire)