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Une société d’acteurs

Bret Easton Ellis
Photo d'archives, WENN Bret Easton Ellis

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Je vous ai parlé à quelques reprises de White, l’essai de Bret Easton Ellis qui fait scandale partout où il a été publié.

Un pamphlet brillant contre la rectitude politique qui gangrène les sociétés occidentales (car en Orient et en Afrique, continents chouchous de la gauche radicale, on n’en a rien à cirer de la rectitude, qu’on perçoit à juste titre comme un signe de décadence de l’Occident).

Il est toujours drôle de voir des militants se mettre à genoux devant des sociétés qui méprisent les valeurs pour lesquelles ils se battent.

Vous pensez que les LGBT et les minorités religieuses sont bien accueillis au Moyen-Orient et en Afrique ?

DANS LE REGARD DES AUTRES

Dans White, Easton Ellis (qui, en plus d’être écrivain, est aussi scénariste et réalisateur) consacre un chapitre aux comédiens.

Au fil des ans, l’auteur d’American Psycho a eu de nombreux chums acteurs (il est homosexuel).

Il dit qu’il a toujours éprouvé beaucoup de compassion pour eux.

Les acteurs, écrit-il, passent leur temps à vouloir plaire.

Ils veulent plaire aux réalisateurs avec lesquels ils veulent travailler ou avec lesquels ils travaillent, plaire au public, plaire à leurs confrères et consœurs, plaire aux jurys des galas ou des festivals.

Ils passent leur temps à chercher l’approbation des autres. Pour une simple et bonne raison : ce sont les autres qui vont décider de leur sort.

Sophie et Richard ne sont pas bons aux fourneaux, mais ils savent cuisiner leurs invités! Invitez-vous à la table de Devine qui vient souper? une série balado originale.

Quand tu es écrivain, tu peux écrire tout seul dans ton coin.

Mais quand tu es acteur, tu es dépendant du désir des metteurs en scène, des producteurs, des spectateurs.

S’ils ne te veulent pas, s’ils ne te désirent pas (je parle ici d’un « désir » professionnel : désirer travailler avec quelqu’un), tu n’as pas de carrière.

Tu passes ta vie à travailler comme serveur.

UNE GRANDE FAMILLE

Résultat : les acteurs sont les gens les plus consensuels qui soient.

Tous les journalistes vous le diront : les comédiens sont les gens les plus difficiles à interviewer. Très difficile d’amener un acteur à dire vraiment ce qu’il pense et à brasser la cage.

Ils vont tous vous dire que le metteur en scène avec lequel ils travaillent est génial, que l’équipe est comme une grande famille, que c’est la plus belle expérience de leur carrière, blablabla.

La soupe habituelle, quoi.

Normal : ils ne veulent pas se mettre « le milieu » à dos, car ils ont besoin de lui pour vivre.

Quand tu as une trop grande gueule, dans ce petit monde tricoté serré, tu le paies très cher. Parlez-en à David La Haye ou à Stéphane E. Roy.

Dans White, Bret Easton Ellis dit qu’avec les médias sociaux, nous sommes tous devenus des acteurs.

Nous vivons tous dans le regard des autres et cherchons constamment à avoir le plus de « likes » possible.

L’AUTOBUS DU SHOW-BUSINESS

« Dans le futur, tout le monde va avoir son 15 minutes de gloire », disait Andy Warhol.

Eh bien ça y est ! On y est.

De moins en moins de gens disent le fond de leur pensée, de peur d’être exclus du groupe. Nous mentons tous, nous sommes tous hypocrites.

Tout le monde est beau, tout le monde est fin. Le pape du dimanche soir a raison sur tout.

Tous acteurs.