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Voici 10 anciens cimetières situés dans le Vieux-Québec

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Les promeneurs du Vieux-Québec ignorent généralement qu’au cours de leurs balades, ils marchent bien souvent à l’intérieur d’anciens cimetières. En effet, depuis sa fondation, la ville de Québec a vu plusieurs lieux de sépultures occuper des emplacements à l’intérieur de ses murs.   

En 1855, pour préserver la salubrité publique, une loi interdit désormais les inhumations dans la ville. À l’exception des cimetières des diverses communautés religieuses, ils sont graduellement fermés et les sépultures sont déplacées à l’extérieur des murs. Ces lieux oubliés nous rappellent un volet insolite de l’histoire du Vieux-Québec.      

En voici 10 exemples.     

1. Le cimetière de la côte de la Montagne     

Emplacement de l'ancien cimetière de la côte de la Montagne.
Photo courtoisie J.F. Caron
Emplacement de l'ancien cimetière de la côte de la Montagne.

Dans la côte de la Montagne, en contrebas du parc Montmorency, se trouve un petit parc plutôt singulier. Il s’agit du premier cimetière de la ville de Québec et du Canada. C’est Champlain qui l’ouvre dès 1609 pour y inhumer les premiers colons de la colonie. Il apparaît sur la carte que dessine Champlain en 1613.      

C’est là qu’on lieu, le 24 mars 1616, les premières funérailles religieuses en bonne et due forme, celles de Michel Colin. On y enterre les défunts jusqu’en 1691 alors que les inhumations y sont interdites. On amorce alors la translation des restes vers le nouveau cimetière Sainte-Anne. En 1722, on considère que le cimetière de la côte de la Montagne est vide.      

Extrait de la carte de Québec par Champlain en 1613. La croix indiquant le cimetière de la côte de la Montagne est à droite de l'Habitation indiquée par la lettre «A».
Photo courtoisie BanQ
Extrait de la carte de Québec par Champlain en 1613. La croix indiquant le cimetière de la côte de la Montagne est à droite de l'Habitation indiquée par la lettre «A».

Aujourd’hui, une grande croix et deux plaques commémoratives rappellent ce lieu de mémoire.     

2. Les cimetières Saint-Joseph et Sainte-Famille     

Emplacement des anciens cimetières Saint-Joseph et Sainte-Famille de la rue De Buade.
Photo courtoisie J.F. Caron
Emplacement des anciens cimetières Saint-Joseph et Sainte-Famille de la rue De Buade.

Généralement, un cimetière est implanté à proximité de l’église, mais à Québec, il n’y en a pas eu avant 1632, d’où l’existence du cimetière de la côte de la Montagne.      

L’église Notre-Dame-de-la-Recouvrance est incendiée en 1640. Elle est reconstruite en 1650, mais ce n’est qu’en 1657 qu’on ouvre enfin le cimetière Saint-Joseph. Il se situe en bordure de la rue De Buade, à l’extrémité ouest du temple.      

À cette époque, la cathédrale n’a pas encore de bas-côtés, de sorte que son mur sud s’élève à une certaine distance de la rue, ce qui laisse un peu d’espace. Vers 1680, il est déjà rempli. On ouvre donc le cimetière de la Sainte-Famille, à l’extrémité est de l’église cette fois-ci.      

Bientôt, les deux lieux de sépultures n’en forment plus qu’un. On y fera des inhumations jusqu’après la Conquête. Il existait toujours en 1815.     

3. Le cimetière Sainte-Anne     

Emplacement de l'ancien cimetière Sainte-Anne, entre la basilique-cathédrale et la chapelle du Séminaire (aujourd'hui le Musée de l'Amérique francophone).
Photo J.F. Caron
Emplacement de l'ancien cimetière Sainte-Anne, entre la basilique-cathédrale et la chapelle du Séminaire (aujourd'hui le Musée de l'Amérique francophone).

En 1691, le deuxième évêque de Québec, Mgr de Saint-Vallier, acquiert le terrain de l’actuel parc Montmorency pour y construire son Palais épiscopal. Pour avoir plus d’espace, il échange celui du cimetière voisin contre un autre situé entre la cathédrale et le Séminaire, près de l’actuelle porte sainte.      

On y ouvre un nouveau cimetière dédié à Sainte-Anne. On y transfère les sépultures du cimetière de la côte de la Montagne désormais fermé et désacralisé. En 1782, on y transporte également des sépultures d’un enclos du monastère des Ursulines. Il était toujours en service dans les années 1820.      

Bien que ce cimetière ne soit plus apparent, les sépultures reposent toujours aujourd’hui à ce même endroit que des milliers de touristes traversent chaque année.     

4. Le cimetière des Picotées    

Le cimetière des Picotés sur le plan-relief Duberger, 1808, derrière la maison Montcalm de la rue des Remparts.
Photo courtoisie J.F. Caron
Le cimetière des Picotés sur le plan-relief Duberger, 1808, derrière la maison Montcalm de la rue des Remparts.

En 1700-1701, Québec est touchée par une épidémie de grippe. Une centaine de personnes en meurent. Face à cet important nombre de décès, on ouvre un nouveau cimetière. Il se situe à l’intérieur de l’actuel quadrilatère formé des rues Couillard, des Remparts, Hamel et Saint-Flavien.      

En 1702, Québec est à nouveau touchée cette fois-ci par la variole, communément appelée la petite vérole. Il y aura plus de 300 victimes. Les personnes atteintes sont couvertes d’éruptions cutanées semblables à la varicelle. Par conséquent, le nouveau cimetière prend rapidement le nom de «cimetière des picotés».      

En 1857, dans un souci de santé publique, on ferme ce cimetière et on transporte les sépultures vers celui du choléra, coin Salaberry et Grande Allée, et au nouveau cimetière Belmont. Ces endroits sont alors situés en dehors de la ville.      

En 1862, le terrain est nettoyé, divisé en lots, puis la rue Hamel est ouverte. De nos jours, on y retrouve de nombreux édifices à logements. Bien à tort, plusieurs confondent le cimetière des Picotés avec celui de la côte de la Montagne. 5. Le cimetière de la rue Saint-Jean     

Plan de la ville de Québec vers 1750 (détail).
Photo Library of Congress, no 74694519.
Plan de la ville de Québec vers 1750 (détail).

Sur une carte militaire des années 1750, on remarque la présence d’un cimetière situé vis-à-vis la gorge du bastion Saint-Jean. Dans le Vieux-Québec actuel, il serait situé dans le quadrilatère des rues D’Auteuil, McWilliam, Sainte-Angèle et Elgin.      

Il s’agit certainement du cimetière militaire de la rue Saint-Jean. Lors du siège de Québec, il y avait un hôpital de campagne situé à l’extérieur des fortifications, près de la porte Saint-Jean. Plusieurs soldats y sont décédés. Ils ont alors été inhumés dans le cimetière de guerre de la rue Saint-Jean.      

Sur la carte, on retrouve au point «O» la porte Saint-Jean, en «V» le bastion Saint-Jean et en «I», la redoute Dauphine. Le cimetière est identifié par l’ensemble de petites croix.      

Le site de ce cimetière est maintenant occupé par un terrain de stationnement et par deux bâtiments.     

6. Le cimetière de la porte Saint-Louis     

Emplacement de l'ancien cimetière de la porte Saint-Louis où se trouvent aujourd'hui les casernes Connaught de la côte de la Citadelle.
Photo courtoisie J.F. Caron
Emplacement de l'ancien cimetière de la porte Saint-Louis où se trouvent aujourd'hui les casernes Connaught de la côte de la Citadelle.

À la suite de la Conquête, les premiers défunts britanniques auraient été inhumés dans le jardin du curé catholique de la paroisse Notre-Dame de Québec situé sur la rue De Buade, donc en terre non consacrée.      

À partir de 1767, les Britanniques protestants se serviront du terrain situé dans la gorge du bastion Saint-Louis pour inhumer leurs défunts. C’est alors le révérend John Brooke, chapelain de la garnison, qui s’occupera d’eux.      

Après son départ l’année suivante, c’est David Francis de Montmollin, le nouveau ministre de l’Église d’Angleterre à Québec, qui prendra le relais. Ce dernier l’appellera le cimetière de la porte Saint-Louis. En effet, il en était voisin.      

À compter de 1771, année de l’ouverture du cimetière St. Matthew du faubourg Saint-Jean, les inhumations seront plutôt rares à la porte Saint-Louis. La dernière y aurait été faite en 1791.      

C’est dans ce lieu qu’avait été inhumé le général américain Richard Montgomery à la suite de son décès survenu lors de la tentative d’invasion de Québec le 31 décembre 1775.     

7. Le cimetière des Pauvres     

L'Hôtel-Dieu de Québec, de Georges Saint-Michel d'après un dessin de Joseph Dynes, 1868.
Photo d'archives du monastère des Augustines de l'Hôtel-Dieu de Québec
L'Hôtel-Dieu de Québec, de Georges Saint-Michel d'après un dessin de Joseph Dynes, 1868.

Les Augustines de la Miséricorde de Jésus s’installent dans leur monastère situé à son emplacement actuel de l’Hôtel-Dieu en 1644. Bien qu’elles accueillent et soignent les malades, plusieurs meurent. Les Hospitalières possèdent un petit cimetière où sont inhumées leurs religieuses.      

Toutefois, c’est en 1661 que Guillaume Couillard et Guillemette Hébert leur donnent un terrain pour y inhumer les pauvres décédés à l’Hôtel-Dieu. Michel Bellenger dit le Prince est le premier à y être enterré en 1662. En 1663, le cimetière est agrandi par une autre donation du couple Couillard-Hébert, puis une fois de plus en 1679 par un don de la veuve Couillard. On y a inhumé les pauvres jusqu’en 1857.      

Une particularité marque l’histoire du cimetière des Pauvres. C’est que de grands personnages y furent également inhumés, comme une façon de se repentir à la fin de sa vie. Ça été notamment le cas du gouverneur Augustin de Saffray de Mézy en 1665, du chirurgien Annet Gomin en 1666 et du marchand Charles Aubert de la Chesnaye en 1702, pour ne nommer que ceux-là.     

8. Le cimetière St. Matthew     

L'église St. Matthew et le mur du cimetière en 1870.
Photo courtoisie G.W. Edmonston, Musée de la civilisation, ph1986-706
L'église St. Matthew et le mur du cimetière en 1870.

À la suite de la prise de Québec par les Britanniques en 1759, la population de confession protestante y augmente rapidement. Cette nouvelle communauté s’implante peu à peu et établit ses institutions.      

Toutefois, il faut attendre 1771 pour qu’elle ouvre son premier cimetière. Voisin de l’actuelle bibliothèque Claire-Martin de la rue Saint-Jean, l’ancienne église St. Matthew, ce Protestant Burying Ground, comme on l’appelait à l’époque, est agrandi en 1778. Il est finalement fermé en 1860 parce qu’il n’y avait plus de places disponibles.   

Le cimetière St. Matthew en 2019.
Photo courtoisie J.F. Caron
Le cimetière St. Matthew en 2019.

Aujourd’hui, ce lieu de sépultures conserve quelques monuments et il est devenu un magnifique parc urbain où beaucoup de promeneurs n’hésitent pas à aller se prélasser en dépit du côté lugubre du site.     

9. L’ossuaire de la basilique-cathédrale     

La basilique-cathédrale Notre-Dame-de-Québec en juillet 1872.
Photo courtoisie , L.P. Vallée, BAnQ
La basilique-cathédrale Notre-Dame-de-Québec en juillet 1872.

La basilique-cathédrale Notre-Dame de Québec est un incontournable pour les touristes et promeneurs amateurs d’architecture patrimoniale et religieuse. Toutefois, ils ignorent qu’ils pénètrent dans une véritable nécropole. En effet, il a été une époque où les dignitaires religieux et laïcs s’y faisaient inhumer. Il était prestigieux d’y faire son dernier sommeil.      

Le premier l’a été en 1652 et la dernière, une laïque, en 1877. Les évêques y sont toujours inhumés, le dernier en lice étant Mgr Maurice Couture. Selon l’ancien archiviste Pierre-Georges Roy, plus de 900 défunts ont été inhumés dans ses caves, dont 500 au Régime français.      

Quatre gouverneurs de la Nouvelle-France s’y trouvent, soit Frontenac, Callières, Vaudreuil et Jonquière. Et c’est sans compter les nombreux défunts qui reposent «pêle-mêle» dans l’ossuaire qui contient des restes provenant de plusieurs anciens cimetières aujourd’hui fermés. Ça fait bien du monde.     

10. Les cimetières improvisés     

Sépultures mises au jour lors des travaux de restauration du bastion Saint-Louis, 1986.
Photo courtoisie Service canadien des parcs
Sépultures mises au jour lors des travaux de restauration du bastion Saint-Louis, 1986.

À Québec, sous le Régime français, tout le monde était catholique, comme les cimetières d’ailleurs. Dans les années 1740, en pleine guerre de Succession d’Autriche, des soldats, des marins et des colons de la Nouvelle-Angleterre, ainsi que leurs familles, sont faits prisonniers. Ils sont détenus dans les cellules de la redoute Royale, aujourd’hui le Morrin Centre.      

En 1746-1747, cinquante d’entre eux meurent de scorbut, de la fièvre, de consomption et d’autres maladies. Ces protestants ne peuvent être enterrés dans un cimetière catholique. On est alors en pleine construction des fortifications qui font face aux plaines d’Abraham. Alors qu’on est à constituer le rempart de terre, on décide d’en faire leur sépulture. Ils y sont ensevelis sans cercueil, enveloppés dans des linceuls.      

En 1986-1987, alors qu’on restaure le bastion Saint-Louis en bordure de la côte de la Citadelle, ils sont exhumés, à la grande surprise des archéologues. Ce ne sera pas une première puisqu’un autre squelette sera découvert quelques années plus tard au bastion Saint-Jean du parc de l’Artillerie. Et il y en a peut-être d’autres ailleurs.     

Un texte de Jean-François Caron, historien  

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