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L’éducation à la sauce caquiste

L’éducation à la sauce caquiste
Photo d'archives Sébastien St-Jean

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Dans les derniers jours, plusieurs critiques ont fusé à l’égard du ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, qui a pourtant la responsabilité d’un secteur qualifié de prioritaire par le premier ministre. Arrogance et manque d’écoute lui sont reprochés, mais c’est souvent la critique faite aux gens qui font preuve de détermination. Au-delà des attitudes et des sautes d’humeur, le ministre a-t-il réussi, après presqu’une année, à faire de l’éducation la priorité.

Plusieurs ont salué la venue d’un enseignant à la tête du ministère en croyant sincèrement qu’il pourrait faire la différence avec sa connaissance du milieu. Malheureusement, ce n’est jamais aussi simple et les références à ses propres expériences professionnelles peuvent parfois rendre négligent à développer une vision d’ensemble. Déjà dans sa pratique professionnelle à l’école, on m’avait rapporté que certains collègues trouvaient qu’il n’écoutait que lui-même et faisait preuve de peu de collégialité. Semblant toujours dans cette même veine, le comportement des dernières semaines n’aurait pas de quoi surprendre.

Si le ministre a tendance à surévaluer son point de vue, nous devons tout de même reconnaître qu’il ne manque pas d’arguments dans les débats et qu’il défend ses positions avec aplomb. Jean-François Roberge vit le paradoxe des leaders à qui on demande bienveillance et sensibilité tout en demeurant férocement déterminé. C’est comme si on s’attendait à ce qu’il chuchote en criant! Malgré ses qualités de débatteur, le ministre contribue toutefois peu à l’avancement de l’éducation jusqu’à maintenant. Ses prises de position s’apparentent plus à une prise de contrôle hostile du système d’éducation qu’à la mobilisation des différents acteurs du réseau.

Le temps de récréation fixé obligatoirement à 20 minutes, le cafouillage dans la mise en œuvre du programme d’éducation à la sexualité, le flou dans sa loi sur la gratuité scolaire, son penchant pour le privé dans l’éducation de ses enfants, ses réactions instantanées à la moindre critique soulignée dans les médias et la consultation publique sur l’universalisation des maternelles 4 ans sont quelques-uns des éléments qui reflètent un activisme débordant sans qu’il n’y ait de véritables perspectives d’améliorer la réussite éducative.

Pour celles et ceux qui pensaient entrevoir une seconde révolution tranquille autour de l’éducation avec celle-ci comme priorité nationale, il faudra repasser. Le ministre s’avère semblable à plusieurs de ses prédécesseurs qui ont fait beaucoup dans le changement cosmétique sans véritablement accroître l’égalité des chances et la réussite du plus grand nombre. 

La prochaine étape du ministre sera de s’attaquer aux structures bien que les recherches ne démontrent aucune corrélation entre la réussite et la modification de celles-ci. Ce sera tout simplement un moyen d’avoir encore plus de contrôle et d’éliminer des contre-pouvoirs qui souvent forçaient réflexion et dépassement. L’analogie entre le ministre Roberge et l’ex-ministre Barrette exprimée par des députés de QS est loin d’être dénuée de sens. L’expérience actuelle du système de santé avec la disparition de paliers démocratiques et une super concentration des pouvoirs entre les mains du ministre devrait décourager quiconque d’imposer pareil tourment à l’éducation.

Le ministre a cependant encore beaucoup de temps devant lui pour apporter des correctifs vraiment utiles et surtout relever le défi de l’éducabilité de tous les enfants du Québec. Un peu moins de prise de contrôle et un peu plus de mobilisation assureraient à mon avis une école publique de plus grande qualité.