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Sociétés d’État: des parachutes dorés pour des PDG

Les têtes dirigeantes ont droit à de généreuses indemnités de départ souvent dissimulées

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De nombreux PDG des sociétés d’État auront droit à de plantureuses indemnités lorsqu’ils quitteront leurs fonctions. Or, il est pratiquement impossible de le savoir puisque ces informations demeurent souvent cachées dans les rapports annuels des sociétés d’État.  

Selon les données obtenues et compilées par Le Journal, le PDG de l’Autorité des marchés financiers (AMF), Louis Morisset, ne partira pas les mains vides lorsqu’il quittera le gendarme québécois des services financiers. Il aura droit à une indemnité de départ de 450 020 $, soit une année complète de salaire.   

À la Société des alcools du Québec (SAQ), l’actuelle PDG, Catherine Dagenais, pourra quant à elle encaisser une indemnité de départ d’au moins 419 704 $.   

Selon le décret ministériel du 27 février dernier confirmant son nouveau mandat de deux ans, la PDG de Loto-Québec, Lynne Roiter, n’est pas en reste. Elle pourra toucher une indemnité dite exceptionnelle d’au moins 414 620 $, soit un maximum de 12 mois de salaire.   

Du salaire déguisé  

Bien que le gouvernement autorise ce type de paiement auprès des hauts dirigeants de ses sociétés d’État (qui sont également des monopoles), plusieurs experts estiment que ce sont des salaires déguisés.   

«Il faut que les sociétés d’État dévoilent ces montants d’indemnités de départ, sinon l’exercice manque de transparence», soutient l’expert et directeur de l’Institut sur la gouvernance, Michel Nadeau.   

Selon ce dernier, les indemnités de départ d’une année de salaire versées à un haut dirigeant qui part à la retraite ou pour aller travailler dans une autre grande entreprise seraient trop généreuses dans les sociétés d’État québécoises.   

«Pour ceux qui perdent leur emploi, on pourrait penser à leur offrir une allocation de transition mensuelle avec un montant limite plafonné, le temps qu’ils se replacent», fait-il observer.   

Manque de transparence  

La semaine dernière, la vérificatrice générale du Québec, Guylaine Leclerc, a déploré que l’information présentée par les sociétés d’État concernant la rémunération globale de leurs hauts dirigeants soit demeurée insuffisante, nuisant à la transparence et à l’imputabilité des décideurs.   

Dans les rapports annuels des sociétés d’État comme Loto-Québec, la SAQ, Investissement Québec, la Société des infrastructures et la Société des établissements de plein air, peu d’informations portent sur les indemnités de départ.   

Entre 2015 et 2018, ces sociétés d’État ont pourtant versé 3,4 millions $ en indemnités, alors qu’elles n’en avaient inscrit que 800 000 $ dans leurs états financiers, a fait valoir la vérificatrice générale.   

Par exemple, la SAQ a versé pour quelque 2 millions $ en indemnités de départ sur trois ans (moyenne de 400 000 $ par départ), mais n’a déclaré publiquement aucune information à cet égard.   

Chez Investissement Québec, une indemnité de départ représentant 18 mois de salaire a été versée, alors que la politique prévoit une indemnité maximale de 12 mois.   

Même si Investissement Québec et la SAQ ont été pointées du doigt dans son rapport, les deux sociétés d’État ont fait savoir qu’elles n’allaient pas suivre les recommandations de la vérificatrice générale.  

– Avec la collaboration de Jean-François Gibeault et d’Andrea Valeria  

  

Les grands Patrons de sociétés d’État avec les plus grosses indemnités de départ   

Louis Morisset  

Autorités des marchés financiers (AMF)

Photo Simon Clark

   

  •  Salaire de base annuel : 450 020 $    
  •  Indemnité de départ : 450 020 $     

Catherine Dagenais  

Société des alcools du Québec (SAQ)

Photo Simon Clark

   

  • Salaire de base annuel : 419 704 $    
  • Indemnité de départ : 419 704 $   

Lynne Roiter

Loto-Québec

Photo courtoisie, Loto-Québec

   

  •  Salaire de base annuel : 414 620 $    
  •  Indemnité de départ : 414 620 $     

Éric Martel

Hydro-Québec

Photo Simon Clark

   

  •  Salaire de base annuel : 579 461 $    
  •  Indemnité de départ : 201 398 $     

Nathalie Tremblay Société de l’assurance automobile du Québec (SAAQ)

Photo ANNIE T. ROUSSEL

   

  • Salaire de base annuel : 217 888 $    
  • Pas d'indemnité de départ : * sera payée à son plein salaire jusqu’à sa prochaine nomination. Bénéficie de la sécurité d’emploi de la fonction publique.  

Michel Labrecque  

Régie des installations olympiques (RIO)

Photo courtoisie

   

  • Salaire de base annuel : 193 434 $    
  • Indemnité de départ : 161 195 $  

Pierre-Gabriel Côté

Investissement Québec

Photo courtoisie

   

  • Salaire de base annuel : 415 236 $ 
  • Indemnité de départ : 158 333 $  

Carl Gauthier

Revenu Québec

Photo tirée de LinkedIn

   

  • Salaire de base annuel : 222 246 $   
  • Pas d'indemnité de départ : * sera payé à son plein salaire jusqu’à sa prochaine nomination. Bénéficie de la sécurité d’emploi de la fonction publique.

Manuelle Oudar

CNESST

Photo Catherine Bouchard

   

  • Salaire de base annuel : 210 976 $   
  • Pas d'indemnité de départ : * sera payée à son plein salaire jusqu’à sa prochaine nomination. Bénéficie de la sécurité d’emploi de la fonction publique.  

Ernest Desrosiers

Financière agricole

Photo courtoisie

   

  • Salaire de base annuel : 199 063 $  
  • Indemnité de départ : 82 942 $    

Johanne Gélinas  

Transition énergétique Québec (TEQ)

Photo courtoisie

   

  • Salaire de base annuel : 192 748 $    
  • Indemnité de départ : 80 311 $    

 Sources : Secrétariat aux emplois supérieurs et Gazette de Québec