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Labeaume songe à envoyer des touristes... vers Gaspé

Une stratégie qui selon lui permettrait d’éviter le «surtourisme» à Québec

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Photo d'archives, Annie T. Roussel Sept navires de croisière ont fait escale à Québec lors de la première fin de semaine d’octobre 2018. Le quartier Petit Champlain, notamment, était bondé.

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CRACOVIE | Régis Labeaume songe à des solutions pour prévenir le tourisme de masse et aimerait rediriger les touristes de la capitale vers l’Est-du-Québec, de Gaspé à Tadoussac.

​Il propose même d’être l’ambassadeur pour vendre les destinations régionales.

«Matane peut bien vendre sa région, mais il y a des limites. Au point de vue international, ça peut être compliqué. Si on se met tous ensemble, et que je vais vendre Matane, c’est pas pareil.»

Le maire de Québec a passé une grande partie de la journée d’hier dans des séances plénières au congrès de l’Organisation des villes du patrimoine mondial (OVPM).

À l’ordre du jour : le «surtourisme», cet envahissement des villes par des touristes qui, à cause de leur trop grand nombre, finissent par amener plus de tort que de bénéfices à la destination qui les attire.

M. Labeaume estime que la capitale n’en est pas là, mais convient que le phénomène «pourrait frapper Québec».

Déjà, des citoyens du Vieux-Québec se sont plaints lors de la dernière saison des croisières de l’affluence massive de touristes dans leur quartier.

Régis Labeaume admet qu’il «faut y penser» et il croit qu’il faut être «créatif» et «travailler en entrepreneur» pour éviter d’en arriver à un trop-plein.

Il pense entre autres à une stratégie qui inclurait l’Est-du-Québec. «Si je pouvais envoyer des gens voir le coucher de soleil à Saint-Jean-Port-Joli, ce serait extraordinaire. [...] Je suis tellement prêt à partager ça avec eux autres!»

Forfaits

Le maire imagine des forfaits qui attireraient les touristes internationaux à Québec pour quelques jours et qui offriraient ensuite des escales à Gaspé, Matane ou Tadoussac. «Il y a tellement d’activités dans l’Est-du-Québec, la Côte-Nord, Charlevoix, la Gaspésie. On est capable de faire plus», lance-t-il, enthousiaste.

Et le problème des distances? «On a qu’à s’organiser et à rendre ça agréable», oppose-t-il.

Force d’attraction

Il s’agit de profiter de la force d’attraction de Québec et de rediriger les visiteurs dans d’autres destinations. «Tout le monde serait gagnant.» Il dit avoir parlé de cette idée avec des associations régionales de tourisme, mais il remarque que la réaction est mitigée. «Chacun veut garder sa priorité régionale, ses budgets régionaux.» Malgré tout, il n’en démord pas.

Le maire croit aussi qu’une autre façon d’éviter le surtourisme est de faire la promotion de la destination 12 mois par année. «On a la chance d’avoir un caractère très distinctif avec l’hiver et l’automne», plaide-t-il.

Des villes touristiques

Québec, Canada (540 000 habitants)

  • 4,5 millions de touristes par année

Dubrovnik, Croatie (42 000 habitants)

  • Avec l’arrivée des touristes, ce nombre passe à 80 000 durant l’été
  • Plus de 10 000 : record du nombre de visiteurs accueillis en une seule journée
  • 80 % de l’économie de la Ville vient du tourisme

Dubrovnik conseille à Québec de se préparer

Le maire de Dubrovnik conseille à Québec de se préparer dès maintenant si elle ne veut pas vivre les affres du «surtourisme».

Dubrovnik a en commun avec Québec d’être une ville fortifiée, en plus d’accueillir des milliers de croisiéristes et de figurer au patrimoine mondial de l’UNESCO.

Lundi, la présentation du maire Mato Frankovic sur le surtourisme au congrès de l’OVPM a été la plus courue et la plus religieusement écoutée, entre autres par le maire de Québec, Régis Labeaume.

C’est que Dubrovnik, en Croatie, peine à supporter les hordes de touristes qui affluent, attirées particulièrement par le décor où a été filmée une partie de la populaire série Game of Thrones.

Inquiète, l’UNESCO a menacé à mots couverts de lui retirer son statut de site du patrimoine mondial. La Ville a dû appliquer les freins, a expliqué le maire Frankovic.

Décisions difficiles

En entrevue au Journal, l’élu a voulu conseiller à Québec de se préparer, et ce, sans attendre.

«Ce qui est crucial, c’est de mettre en place les bases du développement durable dès maintenant et de ne pas attendre.»

Il souligne que le nombre de touristes ne fera que croître au fil du temps avec les moyens de transport qui deviennent de plus en plus accessibles. «Soyez prêts. Il faut être capable de prendre des décisions difficiles.»

Et cela signifie de ne pas agir en fonction d’une échéance électorale, a-t-il insisté.

Pour sa part, il a choisi de réduire le nombre de bateaux de croisières qui accostent à ses quais. Et aussi le nombre de visiteurs admis chaque jour dans la ville.

Du côté du port de Québec, qui envisage de faire passer son nombre de croisiéristes de 230 000 à 400 000 dans les prochaines années, on juge que Québec est capable de soutenir cette croissance.
Rencontré à Cracovie, le directeur de la responsabilité citoyenne, Anick Métivier, a souligné que l’objectif est d’étaler l’arrivée des grands navires, notamment en les incitant à venir dès juin et juillet. «Le 400 000 est prévu en élargissant la période des croisières à Québec.»