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«Tous des oiseaux» est un grand moment de théâtre

«Tous des oiseaux» est un grand moment de théâtre
Photo Yves Leclerc

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Il y a le théâtre. Il y a aussi ces œuvres qui sont plus grandes que nature et qui transcendent le genre. Tous des oiseaux de Wajdi Mouawad, qui aborde les questions d’identité et le vivre ensemble, est dans cette catégorie.

Présentée une seule et unique fois à la salle Louis-Fréchette du Grand Théâtre de Québec, à l’occasion de la 20e édition Carrefour international de théâtre, l’œuvre est prenante et puissante.

On ne s’ennuie pas une seule seconde dans cette pièce, qui, incluant un entracte, dure quatre heures. Et réussir le tout dans une salle de 1800 sièges, remplie pour l’occasion, relève du tour de force.

Tous des oiseaux a comme point de départ une rencontre entre Eitan, un jeune universitaire juif allemand d’ascendance israélienne et Wahida, une Américaine aux origines arabes palestiniennes et musulmanes dans la bibliothèque de l’Université Columbia à New York. Ils tombent rapidement amoureux.

La famille d’Eitan, surtout David, son père, s’oppose à cette union insensée entre son fils juif et cette femme qui est arabe. La pièce se déroule principalement à Jérusalem dans un climat de tension, d’attentats et avec des avions de chasse qui survolent le ciel de cette ville du Proche-Orient.

L’auteur d’Incendies propose, avec Tous des oiseaux, une histoire qui se déploie de brillante façon. Il y a des sauts dans le temps, des retours dans le passé et des scènes qui s’imbriquent habilement les unes dans les autres.

Réalisme

La pièce créée à Paris en 2017, aborde, avec intelligence, les questions d’identité et d’appartenance à un peuple. Est-ce que les origines et le passé d’un peuple définissent ses descendants? Est-ce que la douleur vécue dans le passé est transmissible et doit être nourrie et alimentée? Est-ce que des peuples ennemis doivent continuer de vivre dans le passé et perpétuer la haine? Est-ce que la réconciliation est possible?

Wajdi Mouawad soulève ces questions sans tomber dans la complexité de ce qui est politique. Tous des oiseaux est une histoire d’amour, de cœur et de sentiments.

La pièce se déroule en allemand, en anglais, en arabe et en hébreu. Ce qui ajoute à l’authenticité et à la force de l’histoire avec des personnages qui s’expriment dans leur langue. Les surtitres s’intègrent habilement dans les éléments de décors et ne deviennent jamais des obstacles à ce qui se passe sur les planches.

La mise en scène est simple, épurée et surtout très efficace. On a droit à des séquences bien pensées, comme cette scène où Wahida est témoin de la réticence des parents de David, lors d’un repas, sans faire partie des invités.

Le bruit puissant des avions de chasse plonge le spectateur dans le réalisme du quotidien du conflit israélo-palestinien.

Le jeu des comédiens est de haut niveau. Tout le monde est dans la justesse. Le cynisme de Leora, grand-mère d’Eitan, amène des éléments d’humour à haute teneur en acidité à l’intérieur de ce drame familial. La trame sonore soutient habilement le tout.

Tous des oiseaux est un superbe objet théâtral. Beau, brillant, prenant et totalement pertinent.