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Un playboy se joint aux Hells

Eric Grenier, déjà baptisé « le Hugh Hefner québécois », est devenu membre d’un club-école des motards

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Un homme d’affaires surnommé « le Hugh Hefner québécois » lorsqu’il brassait des affaires dans l’industrie de l’érotisme est la nouvelle recrue d’un club-école des Hells Angels.  

  

Eric Grenier, ex-propriétaire de la revue porno Québec Érotique et tenancier du bar de danseuses Le Garage à Mirabel, arbore les couleurs des motards Red Devils depuis le 4 mai, ont appris Le Journal et notre Bureau d’enquête.  

Le Lavallois a reçu ses « patches » de membre du nouveau chapitre « Quebec City » des Red Devils lors de la première sortie à moto de l’année des Hells, la « First Run », en Beauce.  

On peut s’étonner que « la relève » des Hells ait recruté la vedette de la minisérie télévisée Le bum, les belles et la brute, produite en 2010 par Anne-Marie Losique, celui que les médias ont déjà comparé au fondateur du magazine Playboy.  

Eric Grenier est cependant bien connu des forces policières depuis plus de 10 ans pour ses liens avec les Hells Angels et aussi avec la mafia montréalaise.  

Importation de cocaïne  

« Sa connaissance et ses contacts » dans le crime organisé « permettent aux Hells de faire de l’argent », selon une source bien branchée sur le milieu criminel, qui ajoute que Grenier pourrait vite « graduer » comme membre des Hells.  

Grenier vient aussi de finir de purger une peine de cinq ans d’incarcération pour avoir comploté l’importation de cocaïne aux États-Unis.  

Le 20 novembre 2012, il se trouvait au Pérou pour participer à un tournoi professionnel de poker – un jeu lui procurant des gains de 50 000 $ par an, selon des documents judiciaires –, quand il a été arrêté à la demande d’Interpol.  

Un an plus tôt, la Drug Enforcement Administration (DEA) avait saisi 20 kg de cocaïne, expédiés à Manhattan par messagerie, et découvert que les deux New-Yorkais épinglés avec la drogue faisaient affaire avec le Québécois.  

Ignorant que la police l’espionnait, Grenier a dit avoir « perdu 500 000 $ » investis de sa poche à cause de cette saisie qui bousillait ses « futurs » plans d’affaires dans la Grosse Pomme.  

Cartels mexicains  

L’homme de 46 ans a purgé sa peine à la dure dans un pénitencier du Texas aux côtés de trafiquants des dangereux cartels mexicains.  

À l’été 2015, Grenier avait envoyé une lettre au Journal pour décrier ses conditions de détention et l’absence de programme de réhabilitation.  

« C’est loin du Québec, écrivait-il. La bouffe est conçue pour des Mexicains. Des beans et du riz, midi et soir. »  

Déplorant n’avoir vu sa famille qu’« une heure en trois ans », Grenier plaidait qu’il n’avait « pas commis le crime du siècle ».  

Les Red Devils forment « le club-école numéro un mondial » des Hells, avait témoigné l’enquêteur Patrice Boucher de la Sûreté du Québec devant la Régie des alcools, des courses et des jeux en 2016.  

Les Red Devils sont présents dans une quinzaine de pays. Au Canada, les Hells parrainent des sections de cette bande en Ontario, au Nouveau-Brunswick, en Nouvelle-Écosse et au Québec.  

Ses démêlés avec la justice  

Février 2010  

Le « I Night club » sur la rue Sainte-Catherine, qu’il a dirigé et tenté d’acheter, ferme ses portes quand la Régie des alcools, des courses et des jeux conclut que le bar est devenu « un chef-lieu d’activités criminelles » des Hells.  

Juillet 2011  

Appelé à trancher une poursuite civile, le juge Pierre Nollet reproche à Grenier de vivre « en marge de la loi » en ne déclarant aucun revenu à l’impôt malgré ses cinq entreprises, dont les 400 000 $ par an générés par sa revue Québec Érotique.  

Juillet 2011  

Arrêté pour avoir menacé des patrouilleurs nautiques du SPVM, l’accusa­tion portée contre lui sera ensuite abandonnée.  

Novembre 2012  

Appréhendé au Pérou pour avoir comploté l’importation de 20 kg de cocaïne aux États-Unis.  

Juin 2014  

Bien qu’il ne soit pas inculpé dans l’opération antidrogue Clemenza menée par la GRC à Montréal, le nom de Grenier apparaît comme complice dans les mises en accusation de plusieurs individus liés à la mafia italienne.  

Juillet 2014  

Extradé du Pérou à New York, il plaide coupable et écope de cinq ans pour complot d’importation de cocaïne.

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