/opinion/columnists
Navigation

J’exige un référendum

raffinerie Suncor
Photo d’archives

Coup d'oeil sur cet article

Il ne se passe pas une semaine sans que des esprits purs ne suggèrent des critères dits « moraux » qui devraient être imposés à la Caisse de dépôt et placement. La Caisse devrait sortir du secteur pétrolier, éviter tout placement dans les paradis fiscaux, ne pas toucher au domaine militaire. Et quoi encore ?

Commençons par établir un fait : une entreprise de placement qui se prive d’une partie du catalogue des investissements possibles sacrifie des rendements. N’importe qui à qui l’on impose des contraintes verra ses résultats affectés. C’est aussi vrai dans le placement. On ne peut avancer dans la discussion si l’on s’entête à nier cette évidence.

La Caisse de dépôt gère notre argent, notamment les milliards de la Régie des rentes du Québec. Les sommes prélevées sur nos revenus sont significatives. C’est aujourd’hui 10,8 % de chaque chèque de paye que versent l’employé et l’employeur à la RRQ sous forme de cotisations. Pour assurer nos rentes à la retraite, la Caisse doit faire fructifier nos avoirs.

Sans fin

Placer la Caisse sous la contrainte de tous les débats dits éthiques constitue un exercice qui peut être fastidieux. Les véganes jugent que la plus grande partie de l’industrie agroalimentaire n’est pas éthique. Les banques financent des projets dont certains polluent et facturent des frais élevés. On coupe les investissements dans le secteur financier ?

La Caisse de dépôt peut-elle investir dans le géant Alimentation Couche-Tard ? Nous avons l’habitude de décrire cette entreprise comme un fleuron québécois. Une entreprise dynamique et ambitieuse qui a fait des acquisitions partout. Mais du point de vue strictement éthique, Couche-Tard vend notamment de la bière, des cigarettes, de la loterie et des boissons sucrées... OH !!!

Dans certains cas, les demandes formulées à la Caisse ne tiennent carrément pas la route. Sortir du secteur des hydrocarbures paraît sympathique. Or, les grandes entreprises pétrolières, des géants du secteur de l’énergie, développent en parallèle des énergies alternatives sachant que le pétrole va connaître une fin. Shell investit massivement dans l’éolien et le solaire, par exemple.

Le rejet des investissements dans les pays considérés comme paradis fiscaux ne tient pas compte du fait que les caisses de retraite ne payent pas d’impôt de toute façon.

Majorité silencieuse

L’exercice de chercher des enjeux éthiques dans les investissements est sans fin. Or la Caisse de dépôt doit remplir son mandat : fournir des rendements à ses déposants. Personnellement, si la Caisse doit dévier de son mandat pour se plier à tel ou tel critère, j’exige d’être consulté. Je demande un référendum pour accepter en toute connaissance de cause des pertes de rendement au nom d’une cause.

Sinon, on risque de laisser toutes sortes d’activistes imposer leurs vues et leurs valeurs en perdant de vue qu’ils représentent une minorité. C’est une chose que la majorité silencieuse se fasse imposer des débats politiques par des minorités bruyantes. Mais sacrifier ses rentes sur de l’argent durement gagné ? Non merci. Pas sans avoir été consultés.