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Pourquoi les Anglais s’abaissent-ils tant devant Trump ?

Pourquoi les Anglais s’abaissent-ils tant devant Trump ?
Photo AFP

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Traitement royal pour Trump. Vous avez vu les images diffusées «mur-à-mur» sur les réseaux d’information continue, CNN en tête. Trump avec la reine. Trump avec le prince Charles, Trump à Buckingham Palace et à Westminster. Tout pour flatter l’égo de ce narcissique malveillant qui s’est attaqué au maire de Londres, Sadiq Khan en débarquant de l’avion, affirmant que c’était un «loser» comme le maire De Blasio de New York que Trump déteste, «mais qui a seulement la moitié de sa taille».  

Avant son départ, il avait déjà insulté Meghan Markle, la femme d’origine américaine du prince Harry la qualifiant de «nasty» ( rosse, pénible) pour ensuite démentir ses propos pourtant enregistrés. 

Cette visite d'État est bien particulière. Normalement, elle inspirerait les Londoniens. Mais cette fois, l’enthousiasme est totalement absent, remplacé par un dégoût et un mépris sans précédent: l’«effet Trump». Ça s’observe autant sur les visages de la plupart des dignitaires que sur ceux du public. Les Britanniques semblent avoir hâte que le répugnant personnage et sa suite aillent se pavaner ailleurs. 

N’ayant rien d’important à rapporter, les médias proposent d’interminables analyses sur des questions de protocoles, de préséances, de garde-robes pendant qu’on voit Trump et sa suite royale, la reine Melania, les princes Jared et Éric et les princesses Ivanka et Tiffany se vautrer dans les splendeurs ostentatoires et de la pompe surannée de la monarchie britannique. Du tape-à-l’œil. 

C’est ce qui était recherché pour impressionner sa «base» de pecnots. Comme pour son voyage au Japon, Trump voulait montrer à ses partisans qu’il est respecté à l’étranger. Il a d’ailleurs prétendu en conférence de presse que la population lui accordait un accueil chaleureux: les manifestants défilaient pourtant dans les rues de Londres avec le fameux ballon «bébé Trump» cachant son derrière avec une couche. 

Pourquoi les élites anglaises acceptent-elles de se prêter à une telle parodie? C’est qu’ils vont avoir besoin des États-Unis dans les mois qui viennent, peut-être dramatiquement, s’ils quittent l’Union européenne sans accord comme leur suggère Trump. Il les encourage même à ne pas payer les quelque 50 milliards de dollars de frais de séparation. 

Le fossé qui sépare les partisans et adversaires du Brexit se creuse et renforce la paralysie politique du pays. En plus des difficultés financières et commerciales qui vont s’accentuer à mesure que le pays va vers la séparation, c’est aussi son intégrité politique qui est en cause: l’Écosse et l’Irlande du Nord ne veulent pas quitter l’Europe. 

Incapables de se sortir de la crise existentielle provoquée par le débat sur le Brexit, les classes dirigeantes britanniques espèrent par cette visite raffermir les liens étroits, la soi-disant «relation spéciale», entre la Grande-Bretagne et les États-Unis. D’importantes divergences opposent pourtant Londres et Washington sous la présidence Trump. L’Angleterre est en désaccord avec les États-Unis sur des questions clés: le nucléaire iranien, l’avenir de l'OTAN, les changements climatiques, etc. 

Les Anglais devraient se méfier. Trump va tenter par tous les moyens d’exploiter leurs faiblesses actuelles pour en tirer avantage comme il l’a fait avec tous ceux qui se sont associés à lui en affaires. Il menace d’exclure la Grande-Bretagne de la coopération dans le domaine du renseignement si le pays accepte la technologie 5G de la chinoise Huawei. Les Américains veulent pouvoir aussi avoir accès au réseau national de la Santé anglaise NHS dont la fourniture est réservée aux entreprises britanniques. 

Les élites britanniques comprennent qu’elles doivent être hypocrites et faire semblant de se plaire avec Trump: aux yeux de ses partisans et peut-être d'une majorité d'Américains chauvins, ne pas lui témoigner révérence serait manquer de respect au «leader du monde libre». Ils ne l’accepteraient pas.