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Régis Labeaume s’ouvre sur son cancer: «J’ai cassé»

Le maire confesse les difficultés rencontrées à la suite de son opération

Régis Labeaume à Cracovie jour 5
Photo Stéphanie Martin De Cracovie, Régis Labeaume a accepté de se confier sur les mois qu’il a passés en convalescence.

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CRACOVIE | Habitué à gérer des crises, le maire de Québec a d’abord voulu tout prendre sur ses épaules, pour lui et ses proches, à l’annonce de son cancer. Jusqu’à ce qu’il «casse» après son opération et qu’il réalise que l’énergie prendrait du temps à revenir.

C’est ce que Régis Labeaume a trouvé le plus difficile ces deux derniers mois pendant lesquels il s’est absenté du travail pour soigner un cancer de la prostate.

«Moi, je gérais. J’étais en gestion de cancer. Je ne voulais pas que les autres soient inquiets. Gérer des crises, je suis assez capable. Mais le moment où j’ai tombé, c’est quand j’ai réalisé que tout était correct. Là, j’ai 11 ans de politique qui me sont tombés dans les jambes. Boum. J’avais un gros crash d’énergie chaque jour. J’avais jamais connu ça. J’ai cassé.»

La fatigue s’est installée. Son médecin lui avait recommandé de prendre trois mois de repos. Il est revenu après deux mois. Le retour devant les caméras, lors d’un point de presse dans un organisme communautaire, fin mai, a été difficile, mais nécessaire. «J’étais à l’envers, fragile et pas gros dans mes culottes.»

Mais pour lui, il fallait revenir sur la place publique, car il tenait à se rendre à Cracovie, inquiet de la question du siège social de l’OVPM.

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Vacances

Mais après cette mission, le maire s’accordera plusieurs semaines de vacances.

« Je ne me suis jamais plaint et je ne me plaindrai jamais. Mais le plus difficile, ça a été de ne pas reprendre des forces rapidement. Et de réaliser la solitude et la misère des gens. » — Régis Labeaume, maire de Québec

«Je ferme la shop.» À part l’ouverture du Grand Marché et le BBQ du maire, il ne participera à aucun événement ce mois-ci. Il gardera cependant un œil sur le dossier du transport structurant.

Les indicateurs sont au vert, il ne reste plus de trace de cancer. «Je suis en rémission», nuance-t-il, après sa déclaration disant qu’il était guéri.

Son médecin lui a en effet fait comprendre que puisqu’il existe un risque de 30 % de récidive, il faut attendre cinq ans avant de se déclarer guéri.

L’opération d’ablation de la prostate a été une «réussite totale», se réjouit-il, très ouvert sur les questions même les plus difficiles à aborder pour les hommes, selon lui. «Les hommes ont peur parce qu’il y a un risque de devenir impuissant pour la vie.» De son côté, la «mécanique» est intacte, dit-il.

Engagement

Il a d’ailleurs l’intention de s’impliquer pour aider l’Hôtel-Dieu à acquérir un deuxième robot à la fine pointe de la technologie comme celui que son médecin, le Dr Frédéric Pouliot, a utilisé pour son opération, qui a duré cinq heures.

Épaté par la compétence et la bonne humeur du personnel soignant, il leur a apporté quatre douzaines de cupcakes après sa sortie de l’hôpital. «Ils te font penser à la vie plutôt qu’au malheur.»

Maintenant, le bouillant maire jure qu’il va se reposer. «Je n’ai pas repris mon énergie. Il faut beaucoup dormir. J’essaie de marcher 2, 3 kilomètres tous les jours. Ça va remonter tranquillement.»

Santé

Une campagne difficile

Régis Labeaume a révélé au Journal qu’il n’était pas au sommet de sa forme lors de la dernière campagne électorale, en 2017. Il avait consulté son cardiologue, quelque temps auparavant, et celui-ci avait noté une pression artérielle beaucoup trop élevée. «J’étais à risque d’AVC parce que je ne me préoccupais pas de ma santé.»

On lui a ainsi prescrit des médicaments, mais ceux-ci le rendaient indolent. Sur la ligne de départ d’une campagne de 45 jours pour son quatrième mandat, il voyait la tâche titanesque devant lui.

«J’étais tellement découragé de savoir que j’avais une campagne à faire. J’avais le goût de dormir partout. J’étais à plat. Et j’ai fini la campagne à plat. Alors ceux qui pensaient que j'étais sur la camomille, là, ben c'était pour ça.» Le maire n’a pas eu beaucoup de répit, puisqu’il a ensuite appris l’année suivante qu’il était atteint d’un cancer.

Absence du maire

Situation «ingrate» pour le reste de l’équipe

Quand le maire est absent, les journalistes s’intéressent moins aux événements de presse organisés par la Ville de Québec, analyse Régis Labeaume.

«C’est dur et ingrat pour les collègues, ça me fait de la peine. C’est injuste pour eux.» Il cite l’exemple d’une conférence de presse donnée par un membre de l’exécutif où un seul journaliste s’est présenté. «C’est de la faute à personne, c’est ce que je suis qui fait que ça donne ça comme résultat.» Même s’il admet qu’il aime avoir les deux mains sur le volant, il répète qu’il ne prend pas seul les décisions et que les conseillers municipaux de son équipe ont beaucoup de latitude sur leurs dossiers. Son absence a tout de même eu l’avantage de placer ses collègues à l’avant-plan.

«J’aimais ça ouvrir le journal le matin. Maintenant, vous étiez obligés d’écouter Rémy (Normand), Marie-Josée (Savard), Émilie (Villeneuve) et les autres.»

Dépistage du Cancer

Ambassadeur de la cause

Maintenant qu’il est en rémission, Régis Labeaume veut se faire l’ambassadeur de la cause du dépistage du cancer de la prostate. Il a d’ailleurs déjà eu plusieurs offres d’organisations qui le voudraient comme porte-étendard, dit-il. «On me sollicite en masse.»

Mais avant de s’embarquer, il veut s’assurer que son discours soit structuré, étant donné qu’il existe bien des théories sur la nécessité d’effectuer le dépistage, en fonction de l’âge des hommes. «Je veux avoir des statistiques objectives. Je veux être utile. L’idée, c’est de dire : faites-le, car votre santé peut être affectée et que ça peut coûter cher en frais de santé.» Son médecin lui a confié que la demande pour des tests de dépistage par dosage du PSA a d’ailleurs augmenté sensiblement depuis que le maire en a parlé publiquement. «Il m’a dit qu’il y avait 30 % plus d’appels.»