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La confiance se mérite

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Capture d'écran, TVA Nouvelles L’ambassadeur du Mexique au Canada, Juan Jose Gomez Camacho, nous a reçus dans son bureau d’Ottawa, hier.

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OTTAWA | L’ambassadeur du Mexique au Canada nie catégoriquement que des centaines de membres de cartels mexicains de la drogue sont en cavale au pays. Mais contrairement à nous, il est incapable de prouver ce qu’il avance. 

À sa demande, Juan Jose Gomez Camacho nous a reçus, hier, dans son bureau d’Ottawa. Sa mission : éteindre le feu qui brûle dans sa cuisine depuis la diffusion, fin mai, de notre reportage explosif sur la présence au Canada de quelque 400 criminels dont on a perdu la trace.

Le gouvernement Trudeau essuie depuis deux semaines les questions des conservateurs d’Andrew Scheer sur cet enjeu de sécurité nationale. La réputation du Mexique est par la force des choses écorchée.

Tombé des nues

M. Gomez Camacho dit être tombé des nues lorsqu’il a pris connaissance de nos reportages. Selon lui, les révélations de notre Bureau d’enquête ne tiennent pas la route. « Il n’y a aucune preuve concernant ces chiffres, nous a-t-il affirmé. Ce ne sont que des présomptions. »

Alors quels sont vos chiffres à vous, Monsieur l’Ambassadeur ? 

C’est là que ça se complique. M. Gomez Camacho a commencé par dire que « zéro » criminel lié aux cartels se trouve en territoire canadien. Il a ensuite admis qu’il pouvait y en avoir un tout petit nombre. Mais de là à dire que des centaines d’importateurs, facilitateurs et tueurs à gages se baladent en liberté dans nos rues, jamais, a-t-il lancé. 

Juan Jose Gomez Camacho n’a présenté aucune preuve de ce qu’il avançait. Il demande aux Canadiens de le croire sur parole. Malgré sa verve et sa bonhomie, il ne nous a pas convaincus.

Notre reportage s’appuie sur plusieurs sources et des rapports du gouvernement fédéral obtenus grâce à elles. Dans l’un de ces documents présentés à l’ambassadeur, il est écrit noir sur blanc que « la levée de l’exigence de posséder un visa pour les Mexicains en visite au Canada a limité les capacités » du fédéral à « évaluer la présence des cartels mexicains au Canada ».

On y ajoute que deux réseaux criminels de ce pays sont « les principales sources de la cocaïne consommée au Canada ».

Pression

Le gouvernement Trudeau a levé l’obligation pour les voyageurs mexicains de présenter un visa à la frontière canadienne en 2016. L’ambassadeur commence à sentir la soupe chaude. Les conservateurs ont laissé entendre qu’ils pourraient annuler la décision des libéraux s’ils prennent le pouvoir en octobre prochain. 

Pour Juan Jose Gomez Camacho, réintroduire cette exigence pour nos voisins d’Amérique du Nord n’a aucun sens. Elle ne fera que « stigmatiser » davantage le peuple mexicain, habitué à passer dans le tordeur de l’administration Trump.

Le retour des visas pour les Mexicains briserait selon lui le lien de « confiance » qui s’est construit entre nous et le Mexique.

En plus d’avoir des effets négatifs sur les relations diplomatiques, l’émission de visas ne ferait rien pour contrecarrer les cartels tout puissants, laisse-t-il entendre. 

C’est bien possible. C’est pourquoi le Mexique doit faire le ménage de ses cartels qui gangrènent sa société. Il s’agit, là aussi, d’une question de confiance pour ses partenaires, comme le Canada.