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La Caisse de dépôt dans les services publics ici et ailleurs

Bloc Caisse de dépôt et placement du Québec à Montréal
Photo d'archives

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Oui, la Caisse de dépôt et placement du Québec, qui appartient à la population, doit bien gérer l’argent des Québécois.  

Mais elle ne doit, en aucun cas, se substituer sournoisement au rôle et à la mission de l’État. Ce dernier doit, pour assurer l’égalité des chances, maintenir sous son contrôle tous les services publics afin d’aboutir à une nécessaire universalité.  

On doit interdire à la Caisse de dépôt, dirigée par Michael Sabia, un ex-président de Bell Canada, de s’aventurer dans la propriété et la gestion de services publics comme ce fut le cas avec le Réseau express métropolitain (REM) initié par les libéraux de Philippe Couillard à l’improviste et sans études économique ni environnementale sérieuses. Une patente qui repose que sur les fondements idéologiques du « moins d’État », même dans les services publics, et « plus de privé ». Une vision de l’État priorisée et chérie par les libéraux et leurs partenaires. Complètement ridicule qu’à l’avenir ce soit la Caisse de dépôt, dont ce n’est aucunement son mandat, qui va décider elle-même du futur de notre transport en commun et qui va avoir préséance sur les sociétés publiques de transport. Comme ce fut le cas pour les ponts et autoroutes (25 et 30) au Québec, le REM sera financé majoritairement par des fonds publics et par les usagers. Les ponts, autoroutes et le REM n’ont de privé que le nom.   

La Caisse dans les services publics ailleurs  

La Caisse de dépôt, comme les autres transnationales privées et publiques occidentales, s’accapare non seulement des firmes commerciales, mais également des services publics dans les pays émergents. Des pays en voie de développement qui deviennent locataires dans leur pays où pratiquement tout appartient à des firmes étrangères, incluant les services publics. Ainsi, ces pays vont toujours rester pauvres, car l’argent va sortir en permanence du pays sous forme de dividendes, de frais de gestion, de prix de cession interne, etc., versés aux conquérants étrangers dont la Caisse de dépôt fait malheureusement partie. Après s’être emparé de leurs ressources naturelles (mines, pétrole, gaz, eau, forêt, etc.), le temps est venu pour eux de s’approprier leurs services publics (transport en commun, chemins de fer et trains, aéroports, électricité, ports, autoroutes, ponts, aqueducs, etc.) et leurs programmes sociaux comme la santé et l’éducation. Ces pays pauvres dirigés par les pays développés aiment prétendre que ce sont des démocraties pleines de liberté et ouvertes au capital étranger. Tant qu’ils ne reprendront pas leur économie en main, ces pays émergents vont toujours demeurer pauvres même s’ils détiennent d’immenses ressources naturelles qui devraient les rendre riches.   

La Caisse s’associe dans les ports et terminaux  

« La Caisse dans les terminaux chiliens » (Le Devoir, 16 mai 2019). Merveilleux, la Caisse s’associe à la grosse firme DP World pour investir dans des ports et terminaux à l’échelle mondiale et pourquoi pas au Chili, maintenant dirigé par un gouvernement de droite? DP World est une société d’État, propriété du gouvernement « démocratique » de Dubaï.   

La Caisse au Brésil  

Ah qu’il est bon que le Brésil se soit enfin débarrassé du socialiste Lula, emprisonné pour des motifs plus que douteux et remplacé par l’extrémiste de droite Jair Bolsonaro que les États-Unis et les autres pays occidentaux adorent en raison de son ouverture à l’investissement étranger dans tout, de la forêt amazonienne aux sociétés d’État (l’avionneur Embraer vendu à Boeing), aux riches terres agricoles, aux ressources naturelles (pétrole, gaz et mines) et aux services publics).   

Et la Caisse de dépôt qui veut profiter de la braderie et de la vente aux enchères en s’associant avec la multinationale française Engie (née de la fusion de Gaz de France avec Suez) afin d’acquérir la plus grande entreprise de transport du gaz naturel au Brésil, une affaire de plus de 11 milliards de dollars. Un petit réseau de 4500 kilomètres de gazoducs. La transnationale Engie est le plus grand distributeur de gaz naturel au monde, même s’il n’y a pas du tout de gaz en France. Pourquoi donc? Engie opère en grand à l’étranger et beaucoup dans les pays en voie de développement « coopératifs ».  

Cette entreprise de transport du gaz naturel au Brésil appartenait jusqu’à ce jour à la société d’État Petrobas. Avec Bolsonaro au pouvoir, les sociétés à propriété collective du Brésil vont passer à la trappe : « La Caisse de dépôt veut mettre la main sur les gazoducs publics brésiliens » (Le Journal de Montréal, 13 octobre 2018). Pas de problème, vous n’avez qu’à vous servir au bar ouvert des instruments collectifs.   

Pourquoi pas dans les aqueducs?  

« Gestion de l’eau. La Caisse de dépôt et la société française Suez (devenue Engie après le fusion avec Gaz de France) achètent GE Water » (Le Devoir, 9 mars 2017). GE Water, présente dans 130 pays, donc dans beaucoup de pays pauvres, était détenue par l’américaine General Electric. Si seulement la Chine, la Russie, Cuba, le Venezuela, l’Iran, etc. ouvraient leurs affaires à nos aimables investisseurs occidentaux, ils deviendraient alors eux aussi nos amis. Et attention, leurs entreprises, comme Huawei et China Mobile ne doivent en aucun temps concurrence les nôtres à l’étranger, sinon...  

Tant qu’à y être, il y a aussi les autoroutes à péage  

« Ça va rouler pour la Caisse en Inde. L’institution est prête à allonger plus de 600 M$ pour trois autoroutes à péage » (Le Journal de Montréal, 18 mai 2019). Bonne nouvelle, la Caisse a de plus les yeux rivés sur les actifs éoliens en Inde détenus actuellement par le fonds spéculatif américain Morgan Stanley Infrastructure Partners. Ah qu’il est bon pour le développement des pays émergents que leurs biens publics et leurs ressources naturelles soient détenus par des fonds spéculatifs et des banques d’affaires étrangères. C’est ça qui fait un pays, peut-être pauvre, mais démocratique et libre où la vaste majorité de leurs habitants vivent dans l’indigence et pour encore longtemps. Pauvres, mais heureux, car ils sont libres même sans système de santé et d’éducation. Ces pauvres de ces pays colonisés n’ont qu’à faire comme leurs dirigeants et aller se faire soigner en Europe et envoyer leurs enfants étudier aux States.  

La Caisse, un modèle planétaire et humanitaire  

Pas seulement un modèle humanitaire, mais aussi éthique : « Paradis fiscaux : Michael Sabia défend les placements de la Caisse » et « Paradis fiscaux : toujours plus d’argent de la Caisse » (La Presse, 1er mai 2018 et le Journal de Montréal, 7 mai 2019). Ce n’est pas grand-chose et il ne faut pas en faire tout un plat : « 26,2 milliards $ dans les paradis fiscaux. La Caisse a presque doublé la valeur de ses placements dans des refuges » (Le Journal de Montréal, 2 mai 2017).  

On dénature le mandat de la Caisse  

Vos politiciens dénaturent la mission véritable de la Caisse de dépôt et placement du Québec en faisant d’elle un instrument idéologique qui dessert les desseins des affairistes en privatisant nos propres biens publics (transport en commun et REM), en s’appropriant ceux situés dans des pays en voie de développement et en participant à l’évasion fiscale dans les paradis fiscaux. Qu’on arrête de nous dire que c’est pour mieux enrichir les Québécois. On ne veut pas s’enrichir collectivement en exploitant honteusement les ressources naturelles et les biens publics des pays pauvres, en étant partie prenante à la fraude institutionnalisée des paradis fiscaux et en se faisant hara-kiri par la privatisation de nos propres services publics et programmes sociaux.