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Immigration: ne pas se contenter de mesurettes

Le gouvernement fait une erreur

québec drapeau
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C’était une promesse de campagne de la CAQ: réduire pour deux ans les seuils d’immigration à 40 000. Cette réduction cosmétique et certainement insuffisante avait néanmoins la vertu de rompre avec le principe du toujours plus. C’était un premier pas dans la bonne direction rappelant aussi que le Québec, dans les circonstances actuelles, reçoit bien plus d’immigrés qu’il ne peut en intégrer. On sortait ainsi de l’angélisme des années libérales où ceux qui émettaient quelques réserves sur l'immigration massive étaient accusés de souffler sur les braises de l'intolérance. Surtout, on était en droit d’espérer que cette réduction ne soit pas que temporaire et qu’installée aux affaires, la CAQ en viendrait à la conclusion que cette baisse des seuils doit être permanente – comment croire un seul instant qu’une baisse mineure des seuils d’immigration pendant deux ans suffira à surmonter l’échec de l’intégration et de la francisation qu’on peut constater tous les jours à Montréal? Il faut être sérieux. On ne saurait, sur une question aussi importante, se contenter de mesurettes. 

Mais il semble bien que le gouvernement soit pressé de rentrer dans le rang et de se soumettre à nouveau à l’orthodoxie immigrationniste du toujours plus. Ainsi, on apprenait vendredi que le gouvernement se prépare déjà à remonter les seuils, comme s’il voulait se faire pardonner à l’avance de les avoir baissé . Peut-être entend-il ainsi plaire aux milieux patronaux, qui masquent derrière la rhétorique de la pénurie de main d’œuvre leur désir d’avoir une main d’œuvre à bon marché – autrement dit, des travailleurs sous-payés? Peut-être est-il lui-même hypnotisé par cette propagande au point d’y souscrire sincèrement? Peut-être croit-il aussi que l’immigration massive est inévitable et que si on peut la ralentir pour quelques années, on ne peut la contenir? Peut-être est-ce la manifestation d'un réflexe de soumission idéologique? On devine que certains caquistes en ont assez de vivre sur le registre de la transgression idéologique. 

Paradoxalement, le gouvernement caquiste se tire dans le pied. L’immigration massive, au Québec, sert d’abord et avant tout les intérêts du gouvernement fédéral, qui parvient ainsi à diluer toujours un peu plus le poids de la majorité historique francophone dans la société québécoise. Elle sert aussi le Parti libéral du Québec, qui mise sur elle pour renforcer sa base électorale. Les caquistes devraient regarder la carte électorale et en tirer quelques conclusions politique: c’est l’immigration massive qui a transformé Laval en extension électorale du West Island. Il ne s’agit pas de fermer les frontières mais d’accueillir selon nos capacités d’intégration, bien moins fortes qu'on veut bien le croire. Ce n'est pas une question de bonnes ou de mauvaises intentions. Le fédéralisme, le multiculturalisme d'État et la pression naturelle de la langue anglaise en Amérique du nord compliquent structurellement l'intégration au Québec francophone. Sans l'indépendance, le Québec est condamné à échouer l'intégration des immigrés à une grande échelle. Chose certaine, un gouvernement nationaliste devrait toujours avoir comme priorité fondamentale de conserver le poids démographique de la majorité historique francophone, pour s’assurer qu’elle demeure le cœur de la nation et qu’elle puisse encore demain et après-demain se poser comme culture de convergence.  

Pour le PQ, il y a là un terrain à occuper. Qu’est-ce qui empêche le PQ de plaider pour un retour aux seuils d’immigration historiques du Québec, comme nous y invite Jacques Houle dans son récent ouvrage Disparaître? Qu’est-ce qui l’empêche de placer cet enjeu au cœur de notre vie politique et de remettre en question le dogme de l’immigration massive? Il faudrait pour cela s’arracher aux interdits idéologiques de la rectitude politique. Il devrait être possible d'avoir un débat raisonnable sur la question de l'immigration massive. Trop souvent, le PQ a abordé l’immigration de manière technocratique, par exemple en proposant de confier au Vérificateur général la responsabilité de définir les seuils, ou du moins, de les recommander. Il a voulu dépolitiser la question. Elle est pourtant hautement politique, dans la mesure où elle touche à l’existence même de la nation. Une fois que la Charte de la laïcité sera votée, c’est autour de la question linguistique et de la question de l’immigration que se jouera l’avenir du nationalisme. Dans les circonstances actuelles, le PQ devrait assumer clairement sa rupture avec le régime diversitaire et l’idéologie multiculturaliste. Il retrouverait ainsi un espace politique.