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La douleur des théories

La valeur de l'inconnue
Photo courtoisie La valeur de l’inconnue
Cassie Bérard
La Mèche
264 pages

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Cassie Bérard signe un roman exigeant. Construit autour de références en mathématiques, en physique et en littérature, on pourrait s’y perdre. Et pourtant, on est happés. Le triangle, ici, a plus d’un sens !

Avec La valeur de l’inconnue, Cassie Bérard fait comme dans ses deux précédents romans, jouant avec des codes littéraires qu’elle connaît bien puisqu’elle enseigne les théories de la fiction et de la création à l’Université du Québec à Montréal.

Comme elle l’explique en entrevue, son nouveau récit entend explorer les théories de la « narration extrême ». On croira dès lors le roman réservé aux initiés. Ce serait une erreur.

Si on entre sans a priori dans ce curieux ouvrage, on s’attardera surtout au fait qu’on est mis en présence de trois trentenaires. Ils se sont rencontrés par hasard, alors qu’ils poursuivaient leur doctorat. Pénélope est mathématicienne, Antoine est psychanalyste et Édouard, le narrateur, mène des recherches en littérature.

Ce qui les unit, c’est le désir de mener une expérience : « diviser le monde en plusieurs mondes », faire voir « la conception complexe de l’univers ». Pour ce faire, il suffit de fusionner leurs savoirs.

Rapidement (logiquement pour rester dans le ton du récit), Pénélope et Édouard formeront un couple. Antoine, lui, rencontrera N., l’inconnue – celle dont on cherche la valeur, comme dans une opération mathématique.

Mais au fil du temps, Édouard sera séduit par N., et Pénélope par Antoine, et la jeune Laura se faufilera dans ces triangles amoureux. Et aussi un adolescent, Grégoire, lui-même fils d’un psychanalyste obstiné.

Les relations entre tous ces gens sont dures, troubles, et pourtant ils restent constamment liés les uns aux autres.

Mort et confrontation

Or la mort rôde. Elle ouvre même le récit : Édouard (qui ne sera nommé que bien plus tard dans le roman) trouve un cadavre alors qu’il fait son jogging. Une scène déjà vécue qui l’amènera aussitôt à aller confronter Antoine.

Pourquoi ? Ce sera tout le périple que nous traverserons au fil des trois sections du livre, avec des titres de chapitre qui se répètent. Un procédé curieux, mais à mesure que la structure du livre se fait de plus en plus apparente, on constate à quel point elle colle au propos, disséminant des indices qui mèneront à l’explication finale.

On est donc en présence d’une joute intellectuelle, où la mort fait partie de l’équation comme si c’était un élément parmi d’autres. Mieux vaut s’épargner les sentiments : tout le monde en contrôle ! Comme si cela était possible...

Le récit écorche par ­ailleurs le monde clos de l’université et ses dérives, qui vont de l’envie d’épater les étudiantes jusqu’aux pièges du plagiat.

C’est si brillant qu’aussitôt la lecture terminée, on a envie de la reprendre pour encore mieux savourer comment l’auteure a construit cette surprenante intrigue.

« C’est une histoire simple au fond », peut-on lire au milieu du roman. De fait, et c’est bien son aspect le plus déroutant !