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Territoire québécois: huit secteurs à protéger pour rattraper le retard

La province a pris beaucoup de retard dans la protection de son territoire sous les libéraux

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Le Québec a jusqu’à la fin de 2020 pour protéger 17 % de son territoire, contre 10,68 % actuellement. Pour rattraper ce retard, le gouvernement Legault devra mettre les bouchées doubles.

Le Journal a identifié huit secteurs où le Québec pourrait rapidement créer des aires protégées ou des parcs nationaux, avec l’aide de la Société pour la nature et les parcs (SNAP Québec), un organisme à but non lucratif.

Alors qu’un projet de rapport de l’ONU sur la biodiversité révèle que jusqu’à un million d’espèces animales et végétales pourraient être menacées d’extinction, dont beaucoup «dans les prochaines décennies», ces aires pourraient permettre aux populations de caribou forestier, de chevaliers cuivrés et de plusieurs oiseaux nicheurs et migrateurs de se stabiliser.

Le gouvernement Legault a répété à plusieurs reprises qu’il comptait atteindre l’objectif de 17 % d’aires protégées terrestres, une cible que les militants caquistes ont soutenue lors du congrès du parti en mai. Ce n’est toutefois pas la première fois qu’une cible tomberait à l’eau. En 2011, le gouvernement Charest affirmait qu’il dépasserait la barre des 12 % dès 2015. Récemment, le ministre de l’Environnement, Benoit Charette, a annoncé la création de 742 km2 de nouvelles aires protégées. Il en faudra cependant beaucoup plus, près de 100 000 km2.

Obstacles

Des obstacles se dressent malgré tout, déplore le directeur général de la SNAP, Alain Branchaud. «Il est difficile de renoncer au potentiel économique. Au sud, des promoteurs ont les yeux tournés vers des terres publiques qui pourraient être transformées en aires de condos. Plus au nord, c’est le ministère des Forêts et le ministère des Ressources naturelles qui pensent au potentiel forestier, aux mines, au potentiel hydroélectrique», souligne-t-il en prenant l’exemple de la rivière Magpie, sur la Côte-Nord.

M. Branchaud estime que dans bien des cas, les citoyens demandent ces aires protégées. «Les citoyens veulent protéger le cachet, il y a souvent des sentiers qui sont déjà aménagés. Ce sont des gains importants, car les gens y ont accès, ils peuvent vivre avec la nature», dit-il.

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Projet de création du parc national du lac Walker (Côte-Nord)

► 844 km2

Photo courtoisie, Marcel Houle

Le lac Walker est le plus profond lac au Québec avec ses 280 mètres de profondeur. La création du parc national du lac Walker pourrait permettre de protéger une partie de l’aire de répartition du caribou forestier tout en mettant en valeur la beauté du lac et ses panoramas spectaculaires pour attirer les touristes. Situé au creux de larges vallées glaciaires, le lac Walker est délimité par des escarpements rocheux qui lui confèrent les panoramas les plus spectaculaires de la région, indique la SNAP. «C’est important que les aires protégées soient accessibles au public, qui peut ensuite se reconnecter à la nature», dit M. Branchaud.

Deux aires protégées dans les Laurentides et Lanaudière.

Secteur Marie-Le Franc (réserve faunique Papineau-Labelle)

► 132 km2

Espèces menacées : paruline du Canada, pygargue à tête blanche

Blocage : secteur envisagé pour l’exploitation forestière

Il serait possible de rapidement créer deux parcs dans les secteurs de la réserve faunique de Papineau-Labelle et de Sainte-Lucie-des-Laurentides (secteur du mont Kaaikop). «Il y a un déclin très important du nombre d’oiseaux au Québec, surtout les oiseaux insectivores. Ce genre d’aires protégées permet de maintenir des populations d’oiseaux insectivores en santé», souligne Alain Branchaud. «Les aires protégées au sud du Québec sont importantes pour les oiseaux nicheurs, mais également pour les oiseaux migrateurs qui transitent du nord au sud et du sud au nord», ajoute-t-il.

La région du pipmuacan (côte-nord)

► 2000 km2

Photo courtoisie, Alain Branchaud

Espèce en voie de disparition : caribou forestier

Blocage : coupes forestières et aménagements forestiers

Il s’agit d’un lieu de rassemblement traditionnel des Innus de Pessamit. «La harde de caribous du Pipmuacan, estimée à environ 140 individus, est l’une des populations les plus au sud du Québec. La survie de cette population représente un enjeu particulier pour le rétablissement de l’espèce au Québec, afin d’éviter un recul dramatique de l’aire de répartition du caribou vers le nord», souligne la SNAP.

Nunavik : Deux parcs nationaux et neuf territoires consensuels

► Au total : 36 525 km2

Photo courtoisie, Robert Fré

Animal en voie de disparition : caribou migrateur

Immenses territoires nordiques. «De nombreuses espèces cohabitent sur ce territoire, dont le caribou migrateur, l’ours noir, l’ours polaire, diverses espèces d’oiseaux ainsi qu’une flore nordique exceptionnelle», souligne la SNAP. «Il ne reste que quelques détails à régler avant d’annoncer la protection de ces territoires», indique Alain Branchaud, qui a bon espoir de voir une annonce prochainement pour les territoires qui font consensus, en collaboration avec l’Administration régionale Kativik.

Territoire cri Eeyou Istchee

► 80 000 km2

Photo courtoisie, Sophie Paradis

En novembre 2018, la nation crie a fait parvenir au gouvernement du Québec une demande pour protéger 30 % de l’ensemble de son territoire contre toute forme de développement. Ces 80 000 km2 sont l’équivalent de la superficie de l’Irlande.

Île Sainte-Thérèse (Montréal)

► 5,4 km2

Animal en voie de disparition : chevalier cuivré

Le cas de l’île Sainte-Thérèse est intéressant. Située entre l’arrondissement Pointe-aux-Trembles et Varennes en Montérégie, cette île appartient déjà à l’État québécois et est présentement louée en grande partie à un agriculteur. «C’est tellement important de protéger des endroits à proximité des villes», indique M. Branchaud, lequel souhaite que ce territoire soit renaturalisé et qu’on laisse la forêt y reprendre ses droits. «C’est un des plus beaux projets. Ça ne coûterait rien au Québec, car c’est déjà une terre publique», souligne-t-il.

Le bassin hydrographique de la rivière Magpie (Côte-Nord)

► 2600 km2

Photo courtoisie, Yann Troutet

Blocage : le ministère de l’Énergie ne veut pas renoncer au potentiel énergétique de la région.

Selon National Geographic, il s’agit d’une des 10 plus belles rivières sportives au monde. Hydro-Québec et le ministère de l’Énergie s’opposent toutefois à ce que ce site soit protégé puisque des plans pour construire un barrage sont toujours dans les cartons.

Aires protégées candidates dans le Bas-Saint-Laurent – Gaspésie

► 764 km2

Espèce en voie de disparition : caribou montagnard de la Gaspésie

Blocage : plusieurs claims miniers et permis d’exploration pétrolière et gazière

Sept territoires identifiés par la population locale pourraient être rapidement transformés en aires protégées, dont des rivières prisées pour la pêche, le canot, le kayak, ainsi que les monts Chic-Chocs.