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Inoubliables: Pierre Perpall

Chaque semaine, Le Journal retrouve des artistes qui ont connu la gloire, mais qu’on voit moins depuis quelques années. On ne les a pas oubliés pour autant...

Pierre Perpall
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À la fin des années 1960, il a été le premier chanteur québécois noir à faire une apparition à la télé, ouvrant la porte à plusieurs autres après lui, comme Boule noire et Normand Brathwaite. Dès qu’il montait sur scène, il électrisait les fans avec ses chemises en satin, ses pantalons pattes d’éléphant, ses chorégraphies originales, et surtout, ses inimitables pas de danse. Fils d’un prolifique musicien américain, il avait toutes les musiques dans le sang, et tel un caméléon, il a su s’adapter à toutes les vagues musicales qui ont déferlé sur le Québec. Pas étonnant qu’il ait connu son premier succès à l’âge de 13 ans, lors d’un concours de twist.

Vous êtes né d’un père afro-américain et d’une mère blanche de Repentigny (une Goulet). Comment avez-vous vécu votre jeunesse à Montréal ?

Mon père qui faisait partie de gros orchestres big bands, comme celui de Duke Ellington qui accompagnait des grands noms de la chanson américaine comme Frank Sinatra. Il était venu jouer Montréal et il a rencontré ma mère. Après une relation au téléphone, il a décidé de se marier et de venir vivre ici avec elle. Moi, je me suis aperçu que j’étais différent à l’âge de 7 ou 8 ans quand j’ai commencé l’école. Avant, je fréquentais un voisin blanc et un autre chinois, et je ne voyais pas de différence. À l’école, il y a eu des taquineries et quand tu es jeune, c’est dur. Mais mes parents m’ont expliqué qu’il y a toute sorte de races de monde et certains propos blessants. En vieillissant, j’ai appris à me défendre avec des mots. Ici, les gens ne sont pas racistes comme aux États-Unis. J’avais un bon cercle d’amis. Je ne me faisais jamais mettre de côté. Le seul problème à l’époque c’était pour le travail. C’était dur pour mon père de trouver une bonne job.

Vous avez été le premier chanteur francophone noir à faire de la télé au Québec, comment avez-vous réussi cet exploit ?

Au début, mon gérant a dû cogner à plusieurs portes. C’est Réal Giguère qui m’a le premier invité à son émission. Ça m’a ouvert toutes les portes. C’était l’époque de Tony Roman et des Classels. Ici, on n’avait jamais vu ça un chanteur noir qui chantait en français. Il y avait des artistes noirs américains de passage, mais pas d’artistes populaires noirs – à part la chanteuse Flo de Parker qui participait à l’émission de Claude Blanchard. Ç’a fait un boom ! C’était l’époque des Beatles, les jeunes criaient durant les spectacles. Ils criaient aussi pour moi. Ç’a été une bonne euphorie à vivre.

C’est un concours de twist présidé par Chubby Checker qui vous a propulsé dans le show-business, alors que vous étiez un jeune ado. Racontez­­­-nous.

À l’adolescence, voyant des chanteurs noirs américains populaires se produire à Montréal, il a voulu faire comme eux.
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À l’adolescence, voyant des chanteurs noirs américains populaires se produire à Montréal, il a voulu faire comme eux.

Je voyais ces chanteurs noirs populaires et je voulais faire comme eux. J’étais allé voir, tout seul, le spectacle de Chubby Checker au Palais du commerce, angle Berri et De Maisonneuve, et il y avait ce concours. Mais il fallait être en couple pour y participer. Alors, j’ai pris la main d’une fille que je ne connaissais pas et j’ai commencé à danser avec elle. Il y avait 40 concurrents et j’ai gagné le trophée ! J’étais euphorique. J’avais 13 ans. Pour un jeune de cet âge-là, c’était tout un exploit. Je savais que je dansais bien, mais pas à ce point-là ! (rires)

J’avais aussi gagné des billets pour la populaire salle de danse Golden. C’est là que j’ai appris d’autres danses, puis j’ai suivi des cours.

Quelle a été la suite des choses ?

Quand je suis retourné à l’école le lundi matin, un ami de ma classe qui faisait de la musique a suggéré qu’on forme un groupe et que je sois le chanteur. On a fondé les Poodles. Après les Poodles, il y a eu la formation Les Jeans, en 1965, qui est devenue Les Beethovens,­­­ et on a été choisis pour accompagner CJMS dans les tournées des salles de danse paroissiales de la province.

Votre premier succès sur disque a été Ma Lilli Hello qui vous a permis de remporter le trophée du meilleur chanteur rhythm and blues du Québec­­­. Comment en êtes-vous arrivé là ?

Danseur increvable, Pierre Perpall a fait son chemin avec sa voix, mais aussi grâce à son look et son exceptionnel talent de danseur.
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Danseur increvable, Pierre Perpall a fait son chemin avec sa voix, mais aussi grâce à son look et son exceptionnel talent de danseur.

Mon gérant, Pierre Laberge, qui était à l’époque éclairagiste, m’avait fait enregistrer un microsillon, puis un deuxième. Les deux premiers n’ont pas fonctionné, et je soupçonne que c’est parce que, lors de mes apparitions à l’émission de l’heure Jeunesse d’aujourd’hui, j’étais coincé dans un décor qui m’empêchait de danser. À la sortie du troisième disque Ma Lilli Hello et Stop il faut arrêter, cette fois, je me suis vraiment payé la traite et j’ai dansé comme jamais. Aussitôt, tout le monde a voulu danser comme moi dans la province ! C’est comme ça que c’est parti.

Le Québec a connu plusieurs périodes de changements sur le plan musical. Comment avez-vous survécu à ces changements ?

Avec James Brown et son frère Andy Perpall, en 1969. Brown a d’ailleurs été une de ses grandes influences.
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Avec James Brown et son frère Andy Perpall, en 1969. Brown a d’ailleurs été une de ses grandes influences.

Mon secret est ma facilité d’adaptation. Je suis un caméléon survivor ! Woodstock a tué les chanteurs yéyé et les groupes, alors j’ai appris la guitare et j’ai fait du Chicago et du Santana. J’ai fait du piano-bar aussi. Dans les années 1970, je suis devenu maître de cérémonie aux États-Unis et j’ai côtoyé les grands du show-business américain – James Brown, The Commodores. J’étais jeune, j’étais comme une éponge, j’absorbais tout. C’était toute une école. J’ai appris à faire du crooner, du rhythm and blues, des chansons à voix.

Pierre, 25 ans, en 1973. Les années Hendrix.
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Pierre, 25 ans, en 1973. Les années Hendrix.

Quand les années disco sont arrivées, j’ai connu un deuxième souffle avec mes propres compositions (We can make it, Crème Soufflée) et mes vieux hits. Je jouais désormais de la guitare et du piano. Mon répertoire était large, j’ai continué le métier et le public m’a suivi.

Quels souvenirs gardez-vous de ces années ?

Ma seule gaffe est de ne pas avoir gardé contact avec ces grands, quand je travaillais à Newport aux États-Unis. Je donnais 20 minutes de spectacle, puis je présentais B.B. King ou Ray Charles, Diana Ross, The Temptations. Après les shows, on allait manger ensemble, on jouait au pool. J’étais naïf, je pensais que tout arriverait facilement comme au Québec.

Mais j’ai fait mon chemin d’une autre manière et je garde de très bons souvenirs.

À quoi ressemble votre carrière aujourd’hui ?

Je donne toujours des spectacles. Avec Nancy Martinez et notre big band, on sera dans plusieurs festivals cet été. Et puis, j’ai suivi la technologie. Avec iTunes on ne vend pas beaucoup, mais c’est régulier. Je suis propriétaire de toutes mes chansons (il a enregistré 18 albums) et elles circulent dans plusieurs pays sous différents noms. Aujourd’hui, si mille personnes achètent ton album dans le monde, en Allemagne, au Japon, au Mexique, tu peux avoir accès à leur courriel. Tu pèses sur un piton et tu peux leur envoyer un « Coucou », leur proposer d’autres chansons, un T-shirt. C’est un monde underground. Quand des vieux artistes chialent à propos de ce qu’est devenu le milieu du disque, c’est qu’ils ne veulent plus voyager ou qu’ils refusent de s’adapter.

Chacun son chemin

  • Pierre Perpall est né à Montréal le 11 novembre 1948 (70 ans).
  • Au début des années 1960, il remportait un concours de twist présenté au Palais du Commerce, présidé par le chanteur Chubby Checker.
  • À 13 ans, il devenait le chanteur de la formation R&B The Poodles, puis du groupe The Jeans, renommé The Beethovens.
  • Son premier succès sur disque a été Ma Lilli Hello. Parmi ses autres succès, on compte l’adaptation de Da, Da, Da et ses propres compositions We can make it et Crème soufflée. Il a enregistré 18 albums.
  • Au début des années 1970, Pierre a présenté un spectacle dans plusieurs villes américaines en première partie de gros noms tels que B.B.King et Les Pointer Sisters.
  • Reconnu comme danseur, il a contribué à l’essor du breakdancing au Québec, en présentant une vingtaine de troupes au public québécois, à l’époque de l’émission Pop Express, au cours des années 1980.
  • Entre 1976 et 1984, en plus d’enregistrer de nombreuses chansons au sein des groupes Purple Flash et Pluton and the Humanoids, il a aussi réalisé plus d’une trentaine d’albums pour différents artistes, dont René Simard et Laurence Jalbert à leurs débuts.
  • Pierre chante encore environ trois mois par année, en Floride et ici, dans les festivals. Avec Nancy Martinez, il présente un spectacle accompagné d’un big band de 12 à 16 musiciens. Voir starplus.ca.
  • Il sera du grand spectacle hommage à Boule noire cet été, et de la quinzième édition du spectacle caritatif Strangers in the night.
  • Son plus récent album « crooner » Secret love regroupe des reprises de grands succès tels Go away little girl, Volare, Je reviens te chercher, Puppy love et Still.
  • Ses compositions sont aujourd’hui vendues dans plusieurs pays, dont le Japon, l’Allemagne et l’Angleterre. On les trouve sur purpleflash.net.
  • Pierre a un second métier, le day trading (spéculation en bourse). Après avoir suivi une formation, il gère lui-même ses CELI et REER au jour le jour et obtient des gains de 25 % par mois, paraît-il.
  • Pierre Perpall est devenu grand-père pour la troisième fois, jeudi le 9 mai, alors que sa fille Cynthia a donné naissance à son premier enfant à l’hôpital de LaSalle, un garçon nommé Matteo. Le fils du chanteur a deux enfants.