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La vie après le procès du meurtrier de sa fille

café étudiant Chez Gabrielle
Photo Chantal Poirier Émues, Chloé Dufresne-Élie et sa mère Marlène Dufresne ont assisté à l’ouverture du café étudiant Chez Gabrielle de l’école secondaire Marguerite-de-Lajemmerais, en hommage à Gabrielle Dufresne-Élie, tuée par son petit ami en 2014.

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Quand le meurtrier de sa fille a enfin été condamné à la prison à perpétuité, Marlène Dufresne espérait enfin pouvoir tourner la page. Elle a plutôt ressenti un énorme vide, a-t-elle expliqué au Journal, en racontant à quoi ressemble la vie après un procès.

« Ce n’était pas évident, c’est comme si plus rien ne m’intéressait... La vie quotidienne reprenait, et je me demandais ce qui me tenait », raconte cette mère montréalaise.

Pendant quatre ans, la femme de 51 ans s’était battue au nom de sa fille Gabrielle Dufresne-Élie, une jeune femme de 17 ans tuée par un petit ami qui ne supportait pas leur rupture.

À partir de ce moment, tout a déboulé pour madame Dufresne. D’abord, elle a vécu le choc d’apprendre la triste nouvelle apportée par des policiers, puis elle a dû identifier sa fille à partir d’une photo prise par les techniciens en scène de crime.

« Je ne l’ai pas reconnue, on voyait juste son visage tout gonflé », a-t-elle dit en réprimant ses larmes, lors de son témoignage à la cour.

Il y a eu un premier procès, mais comme le jury ne s’est pas entendu sur un verdict unanime, tout a été à refaire.

En attendant le second procès, Mme Dufresne s’est battue aux côtés de l’Association des familles de personnes assassinées ou disparues pour améliorer les droits des proches des victimes.

Au terme du second procès qui s’est tenu à l’automne dernier, Jonathan Mahautière a finalement été reconnu coupable de meurtre au deuxième degré.

Gabrielle 
Dufresne-Élie 
avait 17 ans et venait de terminer son secondaire quand elle a été tuée.
Photo courtoisie
Gabrielle Dufresne-Élie avait 17 ans et venait de terminer son secondaire quand elle a été tuée.

Le vide et la peur

Quand Mahautière a été condamné à la prison à vie sans possibilité de libération conditionnelle avant 11 ans, Marlène Dufresne, qui a assisté à pratiquement toutes les audiences au détriment de son emploi à l’Office municipal d’habitation de Montréal, a pu pousser un énorme soupir de soulagement.

Après le stress des procès et la crainte que le meurtrier s’en sorte, Mme Dufresne s’est réjouie que justice soit enfin rendue. Elle pouvait enfin tourner la page, avait-elle dit juste après que la sentence a été prononcée.

Mais dans les jours qui ont suivi, elle a ressenti un énorme vide, confie-t-elle au Journal.

« Se battre pour Gabrielle, c’est ce qui me tenait debout, il y avait l’adrénaline, explique-t-elle. Après, il n’y avait plus rien, c’était rendu à un point où j’ai failli lâcher mon emploi. »

Tourner la page

C’est à ce moment qu’elle a réalisé qu’après des mois à être plongée dans la cause de Gabrielle, il n’était pas si simple de revenir à son train-train quotidien avec le travail à temps plein, l’épicerie et les tâches ménagères.

« J’ai réalisé que la page, on ne peut pas la tourner tout de suite, que ça prend du temps, explique-t-elle. Il a fallu prendre du recul. Le procès, même s’il y a eu du négatif, nous gardait accrochés à Gabrielle. Après, c’est comme si elle s’en allait à nouveau. »

Mais, dans les semaines suivant la sentence, la plus grande peur de Mme Dufresne, raconte-t-elle, était qu’elle finisse par oublier sa fille, que petit à petit, l’image de Gabrielle disparaisse.

Cette peur ne s’est toutefois jamais concrétisée, bien au contraire, a-t-elle rapidement réalisé.

« Tous les jours, il y a des choses qui me font penser à elle, j’ai des flashs de Gabrielle, se rassure Mme Dufresne. Puis j’ai réalisé que, non, je ne vais pas oublier ma fille. La vie n’est pas finie, elle est belle quand même. »

Bonheur retrouvé

Cinq mois après la condamnation du meurtrier, et même s’il a fait appel de sa culpabilité, Mme Dufresne voit maintenant les choses plus sereinement.

Et avec le recul, elle se dit qu’elle est sortie de cette épreuve douloureuse un peu plus forte.

« Quand on vit la mort, il n’y a plus grand-chose qui nous fait peur, affirme-t-elle. J’ai retrouvé une paix à travers Gabrielle. Je voudrais pleurer, mais de paix. »

Elle a aussi pu profiter du soutien indéfectible de ses proches, entre autres ses filles Christine et Chloé. Cette dernière est d’ailleurs la sœur jumelle de Gabrielle.

C’est d’ailleurs en mémoire de Gabrielle que Mme Dufresne et sa fille Chloé sont allées livrer un témoignage à l’école Marguerite-De Lajemerais à la mi-avril sur les relations amoureuses, en pleine Semaine de la prévention de la violence et de l’intimidation.

Passer le flambeau

« Gabrielle voudrait qu’on reste positifs, qu’on aide plusieurs jeunes filles », a expliqué Chloé après avoir livré un émouvant discours devant 200 étudiantes du secondaire à propos des relations amoureuses saines et égalitaires chez les adolescents.

Et pour souligner le passage de Gabrielle dans cette école de Montréal, le café des étudiants de 5e secondaire a été rénové et renommé « Chez Gabrielle ».

L’inauguration s’est faite en présence des proches de la défunte, visiblement émus, mais aussi rassurés de voir qu’aux yeux des autres aussi, le souvenir de Gabrielle était bien vivant.

Après des années de combat pour le droit des proches des victimes, après deux procès, Mme Dufresne peut enfin se dire que la vie a repris son cours.

« Le processus a été long et pénible, mais j’ai pu rencontrer des gens avec qui j’ai pu tisser des liens, dit-elle. On se reconstruit à partir des souvenirs que l’on a, je continue à revivre 17 années de doux souvenirs. »

Elle souhaite maintenant penser un peu plus à elle, concentrer son énergie pour ses enfants et son conjoint, ou encore faire des rénovations qu’elle a longtemps fait traîner.

Ses filles Christine et Chloé pourront reprendre le flambeau, par exemple en continuant à livrer leur témoignage sur la violence conjugale.

« Elle nous a laissé un héritage, dit-elle. Là, je suis en paix, je suis prête à lâcher prise. Je vais pouvoir me concentrer sur mes projets, comme refaire ma terrasse. Je vais vivre, un peu pour Gabrielle, et je vais penser à elle. »