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Dompter la Chine ?

CHINA-CANADA-DIPLOMACY
AFP

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Le gouvernement de Justin Trudeau se demande comment raccommoder les relations entre le Canada et la Chine. Brian Mulroney suggère d’envoyer en ambassade extraordinaire à Pékin Jean Chrétien et André Desmarais.

Pendant ce temps, le gouvernement chinois tire méthodiquement sur toutes les exportations canadiennes en Chine : le canola, le porc, le soja. Jusqu’à quel point la Chine actuelle constitue-t-elle un partenaire commercial désirable pour le Canada ?

Malheureusement, il est difficile de ne pas commercer avec la Chine. La Chine représente 19% de l’économie mondiale. D’ici 10 ans, elle devrait compter pour 25% de celle-ci.

Sauf que la Chine est en train de devenir un État d’une arrogante inflexibilité. 

La norme pour un gouvernement communiste

Il faut rappeler la base : c’est le Parti communiste chinois qui contrôle ce pays. Les plus jeunes se demanderont ce qu’une telle affirmation vient faire ici, mais le plus vieux savent bien que les communistes n’ont aucun état d’âme face à leur propre population et encore moins face à celle des autres. Tous les moyens sont bons pour atteindre leur idéal suprême : un monde communiste. Dans le cas de la Chine, un monde dominé et contrôlé par la Chine.

Cette mise-en-garde peut paraître simpliste, vieillotte et exagérée, mais elle est vérifiable historiquement et le gouvernement chinois se gêne de moins en moins pour masquer ses intentions.

L’exemple de Hong-Kong

Ces jours-ci, Pékin est en train de faire voter à Hong-Kong une loi sur l’extradition qui viole le traité de 1997 conclu entre la ville-État et la Chine continentale. Suivant ce traité, Hong-Kong et la Chine continentale doivent former jusqu’en 2047 deux systèmes différents. La nouvelle loi obligerait les citoyens de Hong-Kong à se soumettre de facto aux lois chinoises. 

Clairement, Pékin viole sa parole. D’ailleurs hier, plus d’un million de Hongkongais ont manifesté dans les rues leur opposition à la nouvelle loi. Ce genre de violations est typique des partis communistes.

La façon dont la Chine de Xi Jinping traite le Canada est elle aussi annonciatrice d’un nouvel ordre mondial. Donald Trump qui pourtant ne s’empêtre pas dans les conventions internationales, paraît bien policé en regard des agissements du président chinois. Car Trump est bridé par le Congrès et par les élections. Ce genre de limitations n’existe pas en Chine.

Une question vitale pour le Canada

Ce qui ramène à la première question : comment le gouvernement canadien doit-il traiter le gouvernement chinois, un gouvernement tyrannique qui est en train d’étendre sa domination sur le monde ? C’est le problème de politique étrangère le plus sérieux et le plus vital auquel le Canada doit faire face depuis la Seconde guerre mondiale.

La réponse à cette question doit être soupesée attentivement. Il est clair que les seuls intérêts commerciaux ne peuvent pas guider la relation entre le Canada et la Chine. Il est évident que le Canada doit défendre les valeurs démocratiques sur lesquelles il est fondé. 

Le Canada est tributaire des autres démocraties. Mais faute de leadership adéquat des États-Unis, ces démocraties dispersent leurs forces. C’est dans ce contexte difficile que le Canada doit construire de nouveaux rapports de force avec la Chine.

Comment construire un rapport de forces plus solide ? 

Voici quelques suggestions :

D’abord le Canada doit diminuer son commerce avec la Chine. Les liens commerciaux avec ce pays sont trop asymétriques pour que le Canada puisse espérer une relation juste avec lui, étant donné les tactiques commerciales et politiquesde plus en plus brutales du gouvernement chinois.

Ensuite, le Canada doit exiger de la Chine une réciprocité complète dans le traitement de ses compagnies et de ses citoyens en général. Les citoyens chinois et les compagnies chinoises sont beaucoup mieux traités au Canada qu’en Chine. Jamais le gouvernement chinois n’accèdera à cette demande, mais au moins, cette exigence servira de référence au Canada dans ses négociations avec la Chine.

Ensuite, le Canada doit appliquer aux investissements chinois la même logique qu’aux investissements étrangers en Chine, du moins dans les secteurs névralgiques comme ceux des mines, de l’agriculture et des haute-technologies. C’est-à-dire ne jamais accepter de propriété étrangère chinoise à plus de 49% et exiger un transfert progressif de la propriété à des intérêts canadiens.

Le Canada pourrait aussi mieux coordonner ses alliances avec des pays qui se trouvent dans une situation similaire à la sienne. Il a déjà commencé à le faire avec l’Allemagne et le Japon. 

Le Canada n’a pas d’autres choix véritables que de se ranger aux côtés des États-Unis. Sa géographie le lui impose. Mais plus le Canada sera en santé économiquement, tant dans la modernité de ses infrastructures que dans ses finances, plus il lui sera recherché comme allié. 

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