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Leur fentanyl exporté en Ohio: deux trafiquants québécois font face à la justice

Le 16 décembre 2017, les policiers de la GRC avaient découvert des quantités importantes de fentanyl, de drogues de synthèse et d’héroïne dans une résidence de la rue des Sitelles à Châteauguay où habitait Louis-Vincent Bourcier.
PHOTO D'ARCHIVES AGENCE QMI, MATHIEU WAGNER Le 16 décembre 2017, les policiers de la GRC avaient découvert des quantités importantes de fentanyl, de drogues de synthèse et d’héroïne dans une résidence de la rue des Sitelles à Châteauguay où habitait Louis-Vincent Bourcier.

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 Deux Québécois condamnés à 12 ans d'incarcération à Montréal pour exportation et trafic de fentanyl, l'hiver dernier, devront aussi goûter à la médecine sévère des tribunaux américains.  

 Le 25 avril dernier, les procureurs fédéraux de l'Ohio ont déposé une dizaine de chefs d'accusation pour complot, importation et distribution de drogues contre Louis-Vincent Bourcier, un ex-militaire de Châteauguay et Robert Mitrache, qui résidait à Mercier en Montérégie.   

 Ils ont été ciblés par une enquête des plus grandes agences policières américaines, dont le Federal Bureau of Investigation (FBI) et la Drug Enforcement Administration (DEA), menée de pair avec la Gendarmerie royale du Canada (GRC).   

Louis-Vincent Bourcier
Photo courtoisie, Facebook
Louis-Vincent Bourcier

 1500 ventes sur le Dark Web  

 Le duo québécois aurait conclu « plus de 1500 ventes » illicites de drogues et d'opioïdes entre mai 2015 et décembre 2017, selon le bureau du US Attorney.   

 Les comparses faisaient affaire dans l'anonymat et les communications cryptées du Dark Web — aussi appelé l'internet clandestin — sous le pseudonyme Pharmaphil. Ils se faisaient payer en cryptomonnaie (Bitcoin).   

 La drogue provenant du jumelé de Bourcier a été livrée au Canada, dans plusieurs États américains, en Allemagne, en Autriche, au Portugal, en Argentine, en Égypte, en Suisse et dans les Pays-Bas.   

 Le duo offrait du fentanyl et un autre opioïde synthétique encore plus puissant, du carfentanyl. Il écoulait aussi des drogues de synthèse comme la méthamphétamine et l'ecstasy, ainsi que de l'héroïne, la drogue dure la plus nocive sur le marché.   

 À deux pas d'une garderie  

 Des « quantités énormes » de ces drogues et opioïdes, d’une valeur dépassant largement le million de dollars, furent saisies dans le sous-sol de Bourcier, selon la juge Mélanie Hébert qui avait ordonné sa détention provisoire en janvier 2018.   

 Les policiers y ont notamment découvert 2760 g de fentanyl — que Pharmaphil vendait à 450 $ le gramme — et 121 g d’héroïne et de méthamphétamine.   

 La GRC estimait avoir retiré du marché « environ 500 000 doses potentielles de fentanyl » chez Bourcier qui exploitait sa pharmacie dans un quartier de Châteauguay à proximité d’enfants.   

 « Malgré la dangerosité des drogues, elles sont conservées sur une rue résidentielle dans une [maison] voisine d'une garderie », avait relevé la juge Hébert.   

 De plus, la dangereuse marchandise était simplement expédiée aux clients par la poste ou par service de messagerie.   

 L'enquête baptisée Crocodile a d'ailleurs été déclenchée après qu'une employée du centre de tri postal Léo-Blanchette à Montréal eut été fortement incommodée par une enveloppe provenant des accusés et contenant du fentanyl.   

 État ravagé  

 Dès qu'ils auront fini de purger leur peine au Québec, Bourcier et Mitrache seront escortés à Cleveland, en Ohio, pour faire face à la justice américaine.   

 Leur défense face à des accusations passibles de peines minimales de dix ans d’incarcération là-bas s'annonce ardue. Et pas seulement parce que la preuve amassée contre eux par les forces de l'ordre est accablante.   

 L'Ohio est l'un des États américains où la crise des opioïdes fait les pires ravages.   

 Les autorités y ont mis le paquet pour débusquer et punir les trafiquants avec des brigades spéciales réunissant des enquêteurs de plusieurs corps policiers.   

 En 2017, on rapportait 3523 décès par surdoses d'opioïdes dans cet État de 11,6 millions de personnes, soit autant qu’au Canada où la population est trois fois plus nombreuse.   

 Bourcier, 34 ans, avait quitté les Forces armées canadiennes où il était parachutiste après deux missions en Afghanistan. Il occupait un emploi légitime pour une compagnie de réfrigération et gagnait plus de 80 000 $ en salaire annuel, selon des documents judiciaires.   

 Mitrache, 31 ans, agissait comme aidant naturel pour sa grand-mère malade lorsqu'il n'était pas occupé à poster des enveloppes de drogue.    

 ► Le fentanyl est un opioïde 100 fois plus puissant que la morphine et 40 fois plus puissant que l'héroïne. Les trafiquants l’incorporent à des drogues comme l'héroïne pour en multiplier le nombre de doses vendues et décupler leurs profits.  

 Comment ils ont été arrêtés   

Le 16 décembre 2017, les policiers de la GRC avaient découvert des quantités importantes de fentanyl, de drogues de synthèse et d’héroïne dans une résidence de la rue des Sitelles à Châteauguay où habitait Louis-Vincent Bourcier.
Photo d'archives Agence QMI, Mathieu Wagner

 ► Le 26 avril 2017, une employée de l'Agence des services frontaliers du Canada ressent un malaise en manipulant une enveloppe contenant du fentanyl au centre de tri postal Léo-Blanchette à Montréal   

 ► L'Agence saisit alors 13 autres enveloppes du même expéditeur montréalais qui contiennent du fentanyl ou du carfentanyl   

 ► Une Américaine de l'Oregon à qui l'une des enveloppes étaient adressées confirme aux agents de la DEA avoir acheté du fentanyl sur un site du Dark Web (AlphaBay) auprès de Pharmaphil, un vendeur basé au Canada   

 ► La GRC trouve sur le Dark Web une annonce de Pharmaphil offrant 5 grammes de fentanyl au prix de 2250 $   

 ► Plusieurs corps policiers canadiens et américains se sont faits passer pour des clients et procèdent à des achats contrôlés de méthamphétamine et d'héroïne auprès de Pharmaphil   

 ► Les agents américains du Internal Revenue Service (IRS) identifient un suspect après avoir eu accès à des transactions impliquant Pharmaphil sur un crypto-marché   

 ► Le 23 novembre 2017, Robert Mitrache ignore qu'il est suivi par des policiers lorsqu'il quitte son domicile à Mercier pour se rendre à Châteauguay sur la rue des Sitelles et, par la suite, à Montréal où il va déposer des enveloppes dans une boîte aux lettres   

 ► Les policiers ouvrent ces enveloppes contenant du carfentanyl, de l'héroïne ou de la méthamphétamine  

 ► Une balise GPS est installée sous le véhicule de Mitrache pour suivre ses déplacements et localiser les boîtes aux lettres qu’il utilise   

 ► La résidence de Bourcier, où les policiers croient que Mitrache va chercher la drogue avant de l'expédier aux clients, est mise sous surveillance   

 ► Des enregistrements vidéo de caméras installées près de boîtes aux lettres identifiées grâce à une balise GPS montrent Mitrache portant des gants, prenant des enveloppes dans son véhicule à l'aide d'un sac de plastique et les déposant dans la boîte postale  

 ► Le 14 décembre 2017, les policiers entrent discrètement chez Bourcier pour y installer des dispositifs d'écoute électronique   

 ► Le 16 décembre 2017, un agent double se faisant passer pour un trafiquant rencontre Bourcier pour « parler affaires », mais ce dernier lui dit que « ça fait longtemps en ostie que je suis pus là-dedans »   

 ► Le même jour, la GRC mène une perquisition chez Bourcier et y démantèle un important laboratoire de drogues de synthèse