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À la recherche du prochain Alex Harvey

Louis Bouchard quitte son poste d’entraîneur-chef de l’équipe canadienne

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Photo d'archives, AFP Alex Harvey savourant sa victoire au 50 km du Championnat du monde 2017 à Lahti, en Finlande.

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Louis Bouchard abandonne son poste d'entraîneur-chef de l'équipe canadienne de ski de fond et revient travailler au Québec avec un objectif clair : fabriquer de nouveaux Alex Harvey.

L'entraîneur québécois a convenu avec Ski de fond Canada qu'il mettait fin à son mandat le liant à l'équipe nationale jusqu'aux Jeux olympiques de 2022, afin de reprendre son rôle à temps plein à la tête du Centre national d'entraînement Pierre Harvey (CNEPH).

En formant un groupe de 13 skieurs de la relève, dont certains ont remporté un titre canadien durant la dernière saison, Bouchard a déjà coulé les bases de son défi de hisser d'ici cinq ans « au moins une fille et un gars » dans le top 20 de la Coupe du monde.

« C'est ma motivation. On va remettre de l'emphase au Québec, d'autant plus qu'il y a beaucoup de talent ces années-ci. On a un groupe très motivé, professionnel et jeune », affirme Bouchard, qui partagera ses tâches avec François Pépin.

 

Harvey, une denrée rare

La retraite d'Alex Harvey a révélé le vide qui guettait le Canada sur la scène internationale. Nordiq Canada – nouvelle appellation de la fédération nationale – a dévoilé en vue de la prochaine saison une équipe réduite en expérience de Coupe du monde.

Avisé que les Alex Harvey ne tombent pas des arbres – « c'est rare dans une décennie », admet-il –, Bouchard prévoit exploiter le gisement québécois en recherchant principalement l'équivalent féminin et masculin de Devon Kershaw.

Reconnu pour sa riche éthique de travail, l'Ontarien avait terminé deuxième au cumulatif de la Coupe du monde en 2012 après avoir remporté le titre mondial du sprint par équipe en 2011 avec son complice Harvey.

« On va chercher des athlètes qui arrivent au début de la vingtaine, de bons talents qui sont passionnés et avec qui on sait que, s'ils sont bien entraînés, il y a des chances de les emmener vers l'âge de 25 et 26 ans dans le top 20 ou le top 10 en Coupe du monde. Ensuite, à 26 ou 27 ans, on peut commencer à avoir des podiums. C'est un profil à la Devon Kershaw qu'on retrouve dans une masse de skieurs élites », explique Bouchard.

« Donc, il vaut mieux se concentrer sur des profils plus réalistes et tant mieux si on trouve au passage des profils comme ceux d'Alex et Len (Valjas, un sprinteur médaillé en Coupe du monde qui a été membre du CNEPH durant cinq ans) », dit-il.

Les 20 « projets »

Pour lancer son nouveau modèle de développement, le CNEPH comptera 10 fondeurs de catégorie sénior, soit sept hommes (Philippe Boucher, Antoine Briand, Antoine Cyr, Alexis Dumas, Léo Grandbois, Olivier Hamel, Étienne Hébert) et trois femmes (Cendrine Browne, Laura Leclair, Tove Halvorsen), ainsi que trois juniors (Liliane Gagnon, Olivier Léveillé et Félix-Olivier Moreau).

Une cellule de sept athlètes de l'équipe du Québec se greffera à ce groupe d'entraînement durant différents stages (Justine Browne, Magalie Daoust, Stella Duncan, Mats Halvorsen, Félix Longpré, Erikson Moore, Anne-Marie Petitclerc).

« Le défi avec ces talents, c'est celui de la rétention, anticipe Bouchard. Il faut pouvoir les garder dans le système, qu'ils aient toujours du plaisir et qu'ils veulent se défier entre eux. »

Une remise en question inévitable

Louis Bouchard a travaillé plus de 15 années avec lui. Quand Alex Harvey a confirmé la fin de sa carrière, il a dû lui aussi penser à son avenir.

La réflexion de Bouchard s’est activée lorsque le skieur qu’il connaissait sous toutes ses coutures a abandonné au milieu du Tour de ski, au début de janvier, pour rentrer au Québec durant trois semaines afin de se ressourcer. Cette absence temporaire de l’illustre fondeur a éveillé en lui des questionnements sur son rôle d’entraîneur-chef de l’équipe canadienne.

« J’avais perdu de la motivation parce que je sentais beaucoup, quand Alex n’était pas là, que je n’avais pas d’impact [sur l’équipe]. Moi, ce que je recherche, c’est “coacher” des jeunes et les faire progresser. Si je deviens une sorte de “G.O.” (gentil organisateur) ou un simple coordonnateur en Coupe du monde, c’est un travail que j’apprécie moins », avoue l’entraîneur, qui avait été nommé l’an dernier à ce poste jusqu’aux Jeux olympiques de 2022.

Plus d’impact

Bouchard a cité son propre exemple pour signifier à Nordiq Canada que c’est un coordonnateur davantage qu’un entraîneur dont l’équipe de Coupe du monde a besoin durant la saison.

« Quand j’étais seul pendant qu’Alex était revenu au Québec, j’avais du temps pour calculer que si tu as juste un athlète sur neuf en Coupe du monde, l’impact sur les autres est minimal. Tu ne peux pas t’ingérer auprès d’un athlète qui est supervisé durant 80 % de l’année par un autre entraîneur. Je perçois même ça comme un manque de respect », expose-t-il.

« Je me disais que si je veux “coacher” encore et avoir de l’impact sur des athlètes, c’était avec le centre Pierre-Harvey. Je vais être plus efficace en consacrant plus de temps avec eux. »