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Caricatures, grenouilles et liberté d’expression

Caricatures, grenouilles et liberté d’expression
AFP

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Le New York Times va cesser de publier des caricatures politiques.  

La raison en est qu’une caricature d’Antonio Moreira Antunes, publiée dans l’édition internationale du NYT, a été considérée antisémite par certaines personnes. Elle représentait Donald Trump en aveugle, avec sur sa tête une kippa, qui tenait en laisse un chien à l’image de Benjamin Netanyahou, avec sur son collier une étoile de David. La caricature aurait déclenché une immense polémique et le NYT a finalement décidé de ne plus publier de caricatures politiques dans son édition internationale, ce qui est déjà la norme dans son édition nationale. 

Essayons d’aller au-delà de la caricature elle-même. Admettons que le caricaturiste ait été trop loin (ce que je ne crois pas). Fallait-il pour une seule caricature de trop que le journal renonce à toutes les caricatures politiques ? D’autant plus que la caricature avait été reprise à partir d’une banque internationale de caricatures et qu’elle ne provenait pas d’un caricaturiste maison ? À l’évidence, la sanction dépasse l’offense alléguée. 

Des conséquences dangereuses 

Cette décision du NYT aura des répercussions dangereuses pour la liberté d’expression. 

D’abord, il sera encore plus difficile aux États-Unis de critiquer le gouvernement israélien. D’ailleurs, le gouvernement américain voudrait que toute critique sur Israël et son gouvernement soit considérée d’emblée comme antisémite. Ce serait un geste de censure dangereux et provocateur.  

Ensuite, certains caricaturistes risquent de devenir frileux et leurs caricatures pourraient s’affadir, devenir moins percutantes. Ce genre de décision va renforcer l’autocensure, ce qui est la pire forme de censure parce qu’elle intériorise la crainte de représailles sans fixer de limites claires. 

D’autres journaux risquent d’emboîter le pas et de cesser de publier des caricatures. Du reste, comme l’explique Patrick Chapatte, un des caricaturistes qui travaille pour le New York Times, de nombreux caricaturistes à travers les ÉU ont perdu leur emploi ces derniers temps en raison de caricatures sur Trump et de pressions des partisans de ce dernier. 

Pourquoi certains craignent les caricatures 

Parce qu’elles sont immédiatement accessibles, parce qu’elles font image, les caricatures frappent l’imagination. Parce qu’elles utilisent l’humour et que peu de politiciens sont capables d’évoluer sur ce terrain, les caricatures constituent des armes politiques dévastatrices.  

Il est des vérités que bien des dirigeants souhaiteraient taire. Par-dessus tout, le ridicule tue en politique.  

Les grenouilles de la liberté d’expression 

Mais les caricatures sont aussi très vulnérables aux pressions politiques et en particulier à la rectitude politique.  

Les caricatures sont en quelque sorte les grenouilles environnementales de la liberté d’expression. Tout comme les grenouilles qui sont sensibles aux contaminants de leur environnement, les caricatures sont perturbées par les contaminants anti-démocratiques des sociétés où elles baignent.  

Aux États-Unis, ces contaminants atteignent des niveaux inquiétants. 

Les contaminants ne connaissent pas les frontières. Certains sont déjà ici. Leur concentration augmente. Le délires sur l’appropriation culturelle, par-exemple, font partis de ces contaminants.  

Espérons que nous garderons nos caricaturistes longtemps encore. 

Ajout

Certains se demandent si je suis en faveur de toutes les caricatures. La réponses est oui. Mais cela ne signifie pas que je les approuve toutes. J'estime que ceux qui vont trop loin doivent faire l'objet de vigoureuses dénonciations publiques, mais qu'ils doivent conserver leur liberté d'expression. La censure est l'arme des lâches et souvent de ceux qui ont tort. Dans la même logique, je désapprouve les lois sur les propos haineux, parce que je préfère que ces propos soient combattus en public, à visère levée, plutôt qu'ils pullulent à l'obscurité de groupes mal informés. Cependant, j'approuve les lois contre les propos diffamatoires. 

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