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Et la confiance?

L'ironie n'excuse pas tout

Et la confiance?
TOMA ICZKOVITS/AGENCE QMI

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L’actualité est une chose qui bouge très vite. Cela dit, bien que je ne renie aucunement mon papier d’hier, il me semble à propos de renchérir sur un aspect qui m’apparaît fondamental, au vu des derniers développements sur la déclaration qu’a faite la présidente de la Fédération des Femmes du Québec (FFQ), sur la vasectomie obligatoire des garçons de 18 ans.   

D’abord, s’il est vrai que je me doutais bien qu’on ne parlait pas d’une affirmation franche au premier degré, ce qui m’a mis le feu aux poudres, c’est l’action, le choix des mots, la motivation et les conséquences. Je comprends parfaitement que la provocation soit un outil de choix. Qu’elle a depuis longtemps fait ses preuves dans l’histoire et qu’elle a cette possibilité d’engendrer des fractures salutaires à l’avancement des sociétés. Vraiment, je comprends. Cependant, je m’interroge sur les conséquences qui résultent de son abus et de ses outrances.   

Que la FFQ veuille prendre la parole sur ce qui se passe aux É.-U. concernant l’avortement, soit, même si on peut argumenter des heures sur la disparité des réalités américaines et québécoises et sur le fait qu’on vole encore une fois des idées et des concepts au Sud pour les forcer sur le Québec. Sur le principe de la solidarité internationale, je ne suis évidemment pas contre le fait de se prononcer sur ce scandale. Se prononcer, oui, mais pas se l’approprier. Là est toute la nuance.   

Nos droits sont-ils en danger? Nous menace-t-on d’emprisonnement ou de peine de mort si on se fait avorter, au Québec? Est-ce qu’une nouvelle loi est sur le point de saper nos droits et libertés? Alors, pourquoi la FFQ se sentait-elle obligée de nous écorcher au passage? De nous attaquer directement? Parle-t-on plus de ce qui se passe aux États-Unis ou des femmes autochtones aujourd’hui? Sommes-nous plus sensibilisés? Non, alors où est le point d’une telle manœuvre, sinon de nuire au climat social? L’ironie n’excuse pas tout et ne soustrait en aucun cas un individu en position d’autorité à ses devoirs civiques et moraux, lorsqu’il prend la parole dans l’espace public.   

En fait, ce qui me révolte dans cette façon de faire, c’est qu’elle sous-entend la stupidité crasse du peuple. Son incapacité à s’intéresser aux enjeux de son monde à moins qu’on ne lui force le nez dans sa merde. « Mais le peuple ne réagit et ne s’intéresse pas si on ne le choque pas! » Ah oui? Et a-t-on déjà pensé le prendre autrement, le peuple? S'adresser à autre chose qu'à ses instincts les plus primaires? A-t-on déjà songé susciter et stimuler son intelligence et son humanité, plutôt que son dégoût, sa haine et son ressentiment, pour après se scandaliser de ses réactions extrêmes et émotives? Est-ce qu’on s’est déjà donné la peine de le considérer autrement que pour son vote ou pour ce à quoi il pourrait bien servir, le peuple?   

J’ai beau chercher de royaume en révolution, si je vois les promesses faites quand vient le temps de s’attirer ses faveurs ou son aide, plus loin dans le récit, je retrouve toujours le peuple systématiquement violé dans ses espérances et je crois que c’est là tout le fond du problème. Dans le fait qu’on se joue perpétuellement de sa confiance et de ses sentiments, sauf quand vient le temps de lui soutirer quelque chose. Le reste du temps, on le manipule, on l’agresse et on le fait sortir de ses gonds sous prétexte qu’on cherche à faire « avancer les choses ».   

Quelque chose me dit que le jour où nous cesserons de traiter le peuple en dernier des demeurés pour l’informer véritablement et lui parler avec intelligence et tact, il cessera de détourner la tête. Il s’intéressera, se sentira concerné et se portera volontaire. Car pour se laisser toucher et investir par quelque chose, il faut d’abord se sentir en confiance. Si je comprends, ultimement, que la manœuvre de Gabrielle Bouchard et de la FFQ, hier, était de sensibiliser et d’induire une plus grande vigilance quant à la protection de nos droits, je m’explique mal, en revanche, ce jeu de la maltraitance avec la confiance du peuple. La provocation a ses limites si elle ne veut pas se transformer en agression.  

Je suggère aux gens de la FFQ, ainsi qu’à tous ceux qui sont friands de ces méthodes, de sérieusement revoir leur opération-choc, parce que s’il y a une chose que j'observe, en ce moment, c’est que les gens en ont sincèrement marre de se faire traiter de la sorte et qu’ils aspirent à mieux.