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La métropole mal aimée

À moins d’en avoir vraiment les moyens, vivre à Montréal n’est plus une sinécure.
Photo Adobe Stock À moins d’en avoir vraiment les moyens, vivre à Montréal n’est plus une sinécure.

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Montréalaise de naissance, j’ai beaucoup aimé « ma » ville. J’aime sa vivacité et sa diversité sous toutes ses formes. Je l’aime encore, mais je dois l’avouer, moins qu’avant. La multiplication erratique des chantiers la rend désagréable. Sa propreté en souffre. Les bacs bruns et verts éparpillés en série sur les balcons de multiplex la rendent même parfois laide.

Les pistes cyclables sont certes une bonne chose pour l’environnement, mais le non-respect du Code de la route par de nombreux cyclistes la rend dangereuse pour les piétons. À quand l’obligation pour les cyclistes adultes de détenir une immatriculation ?

Les Montréalais font aussi face à un manque criant de logements, dont le taux d’inoccupation chute à 1,9 %. On se trouvait bien chanceux de ne pas verser dans les excès de Toronto ou Vancouver, mais les temps changent. À ce jeu inquiétant de pénurie de logements, les perdants ne se comptent plus.

Pénurie

Puis, il y a cette prolifération inquiétante de locations Airbnb. Elle fait disparaître de nombreux appartements du marché. Bravo donc à la ministre du Tourisme, Caroline Proulx, qui, enfin, annonce de nouveaux règlements pour mieux encadrer ce Far West lucratif pour les propriétaires, mais dévastateur pour les vrais locataires.

La pénurie de logements et les hausses de loyers ne sont pourtant pas à la veille de se résorber. Résultat : chez les 60 % des Montréalais qui sont locataires, la pensée de devoir quitter un jour la ville gagne du terrain. Rappelons que 20 % de sa population vit seule, qu’une famille sur cinq est monoparentale et que le revenu médian annuel des ménages n’est que de 52 519 $ avant impôts.

Dans de telles conditions, comment se payer un grand logement ou s’acheter un condo dont les prix et la mise de fonds ne cessent de grimper ? Parce que des condos, il en pousse partout. Conçus pour maximiser les profits de l’entrepreneur et les taxes dont profitera la Ville, ils sont de plus en plus chers et trop souvent petits.

Autruches

L’arrivée d’acheteurs étrangers fait grimper encore plus les prix. Ajoutons un autre fléau : l’expulsion de locataires de longue date pour de soi-disant « rénovations », mais qui finissent en condos. À moins d’en avoir vraiment les moyens, vivre à Montréal n’est plus une sinécure.

La raison ? Les administrations successives à l’hôtel de ville ont joué à l’autruche. Préférant encaisser de nouvelles taxes foncières, elles ont fermé les yeux. Leurs beaux discours sur la « mixité sociale » ne sont que du vent. Même les logements sociaux sont d’une rareté désespérante. Pendant que plus de 20 000 demandes croupissent sur les listes d’attente, à peine 320 unités ont été construites l’an dernier.

Ne nous racontons pas d’histoires. Sans une forte volonté politique et les ressources financières nécessaires, la rapacité des entrepreneurs et du trésor public de la Ville continuera à chasser des Montréalais de la ville qu’ils aiment. Lorsque vivre à Montréal devient un luxe, la vraie mixité sociale fout le camp en banlieue.