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Une paille contre un pipeline

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Capture d'écran, TVA Nouvelles

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OTTAWA | En langage militaire, on appelle cela une frappe préventive. En déclarant la guerre au plastique à usage unique en 2021, Justin Trudeau veut reverdir son blason juste avant de trancher sur l’avenir du controversé projet de pipeline Trans Mountain.

Le chef libéral a réjoui presque tout le monde avec son annonce de bannir d’ici deux ans les pailles, les sacs et une foule d’autres objets jetables de notre quotidien.

Les environnementalistes et la classe politique à Québec ont applaudi. Ces mêmes environnementalistes risquent d’être amèrement déçus dans exactement une semaine.

Mardi prochain, le gouvernement Trudeau doit rendre sa décision sur l’expansion du projet de pipeline Trans Mountain, celui qu’Ottawa a acheté pour la modique somme de 4,5 milliards $.

L’acquisition a sérieusement entaché l’image du gouvernement Trudeau en matière d’environnement.

S’il donne son feu vert au projet d’agrandissement, Justin Trudeau n’a pas fini d’en entendre parler. Or, tout indique que c’est ce qu’il s’apprête à faire. On peut toujours se tromper.

Mais M. Trudeau répète sur toutes les tribunes depuis des mois que les Canadiens auront besoin de pétrole pour encore quelques décennies.

Peu de détails

Les libéraux n’ont pas ménagé les efforts pour mousser leur annonce d’hier sur l’interdiction du plastique à usage unique. Les images du premier ministre offraient une vue splendide du Mont-Saint-Hilaire, sur la rive sud de Montréal.

Les stratèges libéraux ont déployé moins d’effort dans le contenu. Essentiellement, Justin Trudeau a annoncé une consultation afin de déterminer la liste des articles qui seront interdits dans deux ans.

Ottawa veut aussi rendre les entreprises responsables du plastique qui sort de leur usine, de sa fabrication à son recyclage.

C’est un énorme chantier, pour lequel les libéraux ont offert peu de détails. Pour l’instant, il ne s’agit donc que d’intentions. Des intentions qui apparaissent à quatre mois des élections...

Le premier ministre a lui-même fait preuve d’une certaine improvisation lors du point de presse à Mont-Saint-Hilaire. Interrogé sur sa propre consommation de plastique, le chef libéral s’est pris les pieds dans ses lacets. Il a fini par bafouiller que son ménage préconise les « bouteilles d’eau en papier ou en carton ».

Scheer à contre-courant

La proposition libérale a été qualifiée de « symbolique » et « d’électoraliste » par les partis d’opposition.

Les conservateurs d’Andrew Scheer sont allés encore plus loin, en rejetant carrément l’idée d’interdire certains plastiques.

Selon eux, une telle mesure nuirait aux « consommateurs » et à « l’économie ». M. Scheer et sa bande n’ont visiblement pas peur d’aller à contre-courant.

De nombreux pays, villes et provinces ont déjà adopté des mesures anti-plastiques.

Les images de ces continents de bouteilles d’eau vides voguant sur les océans frappent l’imaginaire.

Le Québec n’est pas épargné par le fléau mondial de la pollution par le plastique.

Le Journal rapportait ce week-end qu’une bonne partie du plastique québécois finit par s’échouer sur les magnifiques Îles-de-la-Madeleine.

Pour la première fois de l’histoire, l’environnement sera un enjeu clé des prochaines élections fédérales. Les libéraux voient la progression des Verts d’Elizabeth May d’un très mauvais œil.

Pendant ce temps, les conservateurs s’en régalent.