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Québec cible une école religieuse illégale

Le ministre Roberge refuse de renouveler son permis, ce qui devrait mener à sa fermeture

La devise de la Mission de l’Esprit-Saint est « La régénération de l’humanité par l’eugénisme ».
Photo collaboration spéciale, Simon Dessureault La devise de la Mission de l’Esprit-Saint est « La régénération de l’humanité par l’eugénisme ».

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En raison de nombreuses irrégularités, Québec a l’intention de ne pas renouveler le permis d’une école religieuse associée à la Mission de l’Esprit-Saint, située dans Lanaudière, ce qui devrait mener à sa fermeture.

Il s’agit d’une démarche plutôt rare dans le réseau de l’éducation, puisque les dernières interventions de Québec visant à faire fermer une école illégale remontent à une dizaine d’années environ.

Un recours devant les tribunaux s’était conclu par une entente à l’amiable en 2014 avec une école juive de Montréal.

L’école l’Accord, située près de Joliette, est associée à la Mission du Saint-Esprit, une communauté religieuse qui a des démêlés avec le ministère de l’Éducation depuis le début des années 2000.

L’établissement avait ouvert ses portes en 2016, après avoir reçu un permis du ministère de l’Éducation, qui est échu depuis la rentrée 2018.

Une grande pancarte installée devant l’école l’Accord, située dans Lanaudière.
Photo collaboration spéciale, Simon Dessureault
Une grande pancarte installée devant l’école l’Accord, située dans Lanaudière.

Trois profs qualifiés et 17 parents

Après « de nombreuses démarches » entreprises par le ministère au cours des derniers mois, la direction n’a pu faire la démonstration qu’elle dispose d’enseignants qualifiés et de ressources financières suffisantes pour offrir les services éducatifs requis.

L’enseignement est assuré par trois profs qualifiés et 17 parents, peut-on lire dans les documents obtenus.

Une visite effectuée par des représentants du ministère le 21 mai a aussi démontré que plusieurs enfants déclarés comme étant scolarisés à la maison fréquentent en fait l’école l’Accord, qui accueille environ 75 élèves du primaire et du secondaire.

Début juin, le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, a fait parvenir à l’établissement un avis d’intention de non-renouvellement du permis, ce qui devrait mener à sa fermeture.

Jointe par Le Journal, la directrice de l’école a refusé de commenter la situation. « Je ne ferai aucun commentaire. On est en période d’examens, on ne veut pas déstabiliser les enfants », a affirmé Gracielle Francoeur.

En entrevue à Radio-Canada en 2016, lors de la réouverture de l’école, Mme Francoeur avait affirmé qu’il était « impossible » que les élèves de son école fréquentent les écoles « extérieures », en raison des valeurs spirituelles de la communauté, très présentes dans le contenu enseigné. « La Mission de l’Esprit-Saint et l’école font un », avait-elle aussi déclaré.

Scolarisation à la maison

Avec la fermeture éventuelle de l’école, davantage d’enfants pourraient être scolarisés à domicile. Or, Québec est sur le point d’adopter un nouveau règlement concernant l’école à la maison qui prévoit un encadrement plus serré du contenu enseigné par les parents, en obligeant notamment leurs enfants à passer tous les examens ministériels.

Ce resserrement vise à s’assurer que les enfants scolarisés à la maison reçoivent les apprentissages auxquels ils ont droit, a déjà affirmé le ministre Roberge.

Ces modifications sont toutefois dénoncées haut et fort par l’Association québécoise pour l’éducation à domicile. Le processus d’évaluation en place était déjà « rigoureux et complet », affirme sa présidente, Noémie Berlus.

Imposer les examens ministériels pourrait pousser davantage de parents à scolariser leur enfant à domicile dans la clandestinité, ajoute-t-elle.

La Mission de l’Esprit-Saint en bref

  • Groupe religieux fondé en 1913 qui compterait environ 300 membres au Québec.
  • Ses préceptes sont fondés sur les enseignements d’Eugène Richer dit La Flèche, qui serait l’incarnation de l’Esprit-Saint, selon ses adeptes.
  • La mission prône le mariage à l’adolescence, dès l’âge de 14 ans, dans le but d’avoir une famille nombreuse.
  • Les membres tendent à s’isoler et à être méfiants face à la société.
  • Les enseignements de la Mission ne démontrent aucun respect envers les femmes et peuvent nuire au bien-être psychologique des enfants, selon un jugement rendu en Cour supérieure en 1996.

Des démêlés

2004

Fermeture de l’école reliée à la Mission de l’Esprit-Saint, jugée illégale par le ministère de l’Éducation, en raison du manque d’enseignants qualifiés et du contenu enseigné.

2007

La Cour supérieure ordonne la fermeture définitive de l’école de la Mission de l’Esprit-Saint, donnant ainsi raison à Québec à la suite d’un recours de la communauté devant les tribunaux.

2016

Réouverture de l’école reliée à la Mission de l’Esprit-Saint grâce à l’obtention d’un nouveau permis du ministère de l’Éducation, valide jusqu’en juin 2018.

2018

À la rentrée, l’école continue ses activités sans permis valide du ministère de l’Éducation.

2019

Le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, fait parvenir en juin une lettre informant la direction de son intention de ne pas procéder au renouvellement du permis de l’école, en raison du manque d’enseignants qualifiés et de ressources financières pour offrir les services éducatifs.