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Le public finance plus de la moitié de la conférence des Desmarais

Les gouvernements et organismes publics ont versé environ 2,1 M$ cette année

Conférence de Montréal
Photo tirée de Twitter La 25e édition de la Conférence de Montréal s’est conclue hier dans un hôtel de la métropole.

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Plus de la moitié du budget de la Conférence de Montréal, un événement auquel la richissime famille Desmarais est associée depuis 25 ans, est assumé par les gouvernements et des institutions publiques, révèlent des chiffres compilés par Le Journal.

Des 56 commanditaires de l’édition 2019 de la Conférence de Montréal, pas moins de 26 sont des organismes publics. Parmi les 12 plus importants partenaires financiers de l’événement, huit sont des gouvernements ou des sociétés d’État, dont la Caisse de dépôt et l’Autorité des marchés financiers.

Le plus important partenaire privé de la Conférence de Montréal est depuis longtemps le conglomérat Power Corporation, mais sa contribution financière à l’événement est inconnue.

Les sommes versées par des entités publiques à la Conférence de Montréal totalisent au moins 2,1 millions de dollars cette année, ce qui représente plus de 60 % du budget de l’événement, estimé à 3,5 millions de dollars.

Il s’agit d’une augmentation de 10 % par rapport à la somme de 1,9 million de dollars versée par des organismes publics à la Conférence de Montréal l’an dernier.

Plus que C2 Montréal

À titre de comparaison, moins de 20 % du budget de la conférence C2 Montréal provenait d’organismes publics l’an dernier.

De plus, la Conférence de Montréal est beaucoup plus dépendante des fonds publics que les autres événements organisés à Toronto, Miami et Paris par le groupe d’entreprises de la famille de l’ex-ministre Gil Rémillard.

Ainsi, le Toronto Global Forum, tenu en décembre dernier, a reçu environ un million de dollars de la part de neuf entités gouvernementales ou publiques.

Cet événement a attiré environ 3000 participants, contre 4400 pour la Conférence de Montréal.

Cette dernière pourrait-elle survivre sans les fonds publics ?

« Je ne m’avancerai pas sur des spéculations à ce niveau-là », répond Louis-Philippe Allard, chef de l’exploitation du Forum économique international des Amériques, qui chapeaute les événements de Montréal, Toronto, Miami ainsi que Paris.

Diversité chez les participants

Marie-Soleil Tremblay, professeure à l’École nationale d’administration publique, estime que les contributions publiques à la Conférence de Montréal demeurent « raisonnables » compte tenu de la nature de cet événement international.

« Je ne suis ni surprise ni scandalisée que le gouvernement investisse beaucoup dans ce genre de conférence là », affirme-t-elle, en notant qu’il est important que les pouvoirs publics dialoguent avec le secteur privé.

« Quand on a cette diversité-là parmi les participants, on est susceptibles d’avoir des discussions pas mal plus intéressantes », dit-elle.

Les fonds publics pour la Conférence de Montréal

  • Gouvernement du Québec : 500 000 $
  • Sociétés d’État québécoises : 610 000 $
  • Gouvernement fédéral : 525 000 $
  • Sociétés d’État fédérales : 123 000 $
  • Ville de Montréal : 130 000 $
  • Gouvernement du Nouveau-Brunswick : 25 000 $
  • Universités : 164 000 $

Des universités se réfugient dans le secret

Même si elles sont largement financées par le public, HEC Montréal, Polytechnique Montréal, l’Université McGill et l’Université Concordia refusent net de dévoiler leurs contributions financières à la Conférence de Montréal.

Seules l’Université du Québec à Montréal (UQAM) et l’Université Laval ont accepté de dire au Journal qu’elles ont versé 25 000 $ à l’événement cette année à titre de « partenaires collaborateurs ». Comme « partenaires majeurs », HEC Montréal, Polytechnique et McGill ont fait des contributions plus importantes, vraisemblablement de l’ordre de 50 000 $.

Professeurs panélistes

En échange des commandites de leurs employeurs, des professeurs sont invités à faire des présentations pendant la Conférence de Montréal.

Ce droit revient à tous les commanditaires. C’est pourquoi environ 35 % des 255 conférenciers de l’édition 2019 étaient issus des organisations qui contribuent financièrement à l’événement.

« D’un point de vue éthique, rien n’empêche une université de commanditer un événement », reconnaît Donald Riendeau, directeur général de l’Institut de la confiance dans les organisations. Il ajoute toutefois qu’une université « devrait éviter d’obtenir un conférencier en retour de son argent ».

L’économiste Pierre Fortin, professeur émérite à l’UQAM, a pris part, lundi, à un atelier sur l’intégration des immigrants.

« C’est possible que [la commandite de l’UQAM] ait joué un rôle dans l’invitation que j’ai reçue, mais je ne suis pas du tout au courant de ça », confie-t-il.

En plus de la possibilité de placer des conférenciers et d’obtenir de la visibilité, les commanditaires apprécient particulièrement les rencontres bilatérales organisées dans le cadre de l’événement.

« La Conférence de Montréal est une occasion d’échanger et de créer des liens avec des gens de partout à travers le monde, des relations qui seraient plus difficiles à tisser autrement », soutient Andrée-Anne Stewart de l’Université Laval.