/opinion/columnists
Navigation

Le Solstice national

Coup d'oeil sur cet article

Je n’ai pas de meilleurs souvenirs de la Saint-Jean que la fête de ruelle organisée chaque année par nos voisins, sur le party à longueur d’année. Jean-Claude sortait sa batterie et accompagnait, trois mesures en retard, le heavy métal de son ghetto blaster.

Les enfants dansaient et la 50 coulait à flots.

Pas de drapeaux. Pas de Paul Piché. Pas de discours. Juste une soirée de gros fun noir dont le slogan non officiel était « on est-tu ben chez nous ! »

Une microfête à l’opposé du projet pharaonique de l’arrondissement du Sud-Ouest, baptisé Festival du solstice d’été jusqu’à hier, quand François Legault et la mairesse Plante ont exprimé leur déplaisir face à l’idée biscornue de débaptiser la Fête nationale.

Je ne suis pas une fervente nationaliste, mais ce Solstice m’est rentré dans le plexus solaire.

THINK BIG

« Nous voulons voir plus grand », m’a dit Julie Bélanger, chef de cabinet par intérim du maire Benoît Dorais, m’expliquant la démarche qui a mené à l’inclusion, voire l’enfouissement de la Fête nationale dans le Festival du solstice d’été. « Nous sommes un peu jaloux de Verdun avec son populaire événement Cabane Panache et Bois rond, sur la rue Wellington. »

La Fête nationale sacrifiée à un concours de qui pisse le plus loin ?

J’affiche néanmoins une certaine indulgence. Longtemps, la Fête nationale ne s’adressait plus qu’aux souverainistes. On a renversé la vapeur, mais doit-on voir dans cette « erreur de jugement », dixit François Legault, une façon de dépolitiser encore plus l’événement, quitte à le javelliser ?

Je suis troublée que les organisateurs n’aient pas anticipé le tollé. Faillite de l’enseignement de l’Histoire ? Désir exacerbé d’inclusivité au point de faire la carpette ? Honte inavouée d’être québécois ? Trop jeunes pour comprendre ? Saint-Jean = quétaine ?

Albert Camus avait tellement raison : « Mal nommer les choses ajoute au malheur du monde ».