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Le soupçon toxique

François Legault
Photo d'archives, Charles Lecavalier François Legault, en campagne électorale, a pris l’engagement de rétablir l’équité entre les familles naturelles et d’accueil.

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En campagne électorale, François Legault s’est engagé à « rétablir l’équilibre entre l’aide versée aux familles naturelles et aux familles d’accueil d’enfants handicapés mineurs et majeurs ». Pour de multiples familles biologiques, dont la mienne, on voyait enfin la lumière au bout du tunnel.

Mauvaise surprise. Au premier budget caquiste, silence radio. Les familles se sont senties trahies. Cette semaine, le gouvernement a bonifié de 30 millions le soutien aux familles d’enfants handicapés mineurs. Bravo. Mais pour les familles d’enfants majeurs, rien. On nous dit d’attendre peut-être jusqu’à la fin du mandat. Que les calculs sont « complexes ». Etc.

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Or, cette grave injustice est déjà documentée. La famille naturelle d’une personne adulte handicapée, intellectuellement et/ou physiquement, n’a droit qu’à l’aide sociale de celle-ci et quelques grenailles. À l’autre extrême, l’aide versée à une famille d’accueil où vivrait cette même personne handicapée peut aller jusqu’à 55 000 $ par année. Ce fossé est scandaleux.

Le gouvernement nage pourtant dans les surplus. Pour les chauffeurs de taxi ou les trop-perçus d’Hydro-Québec, les fonds publics sortent à coups de centaines de millions. Mais pour les familles de personnes handicapées, on attend alors que les besoins sont urgents.

Blocage

La question qui tue : d’où vient un tel blocage envers les familles naturelles qui prennent soin de leur enfant, frère ou sœur handicapé majeur ? À force d’être oubliées, de plus en plus d’entre elles sont obligées de « placer » en famille d’accueil leur enfant, frère ou sœur adulte.

Éléments de réponse. La haute technocratie de l’État nourrit un préjugé défavorable envers les familles naturelles de personnes handicapées. Elle les soupçonne de vouloir « abuser » des fonds publics si jamais on leur en donnait plus. Bref, qu’elles s’en serviraient pour se payer du « luxe ». C’est le délire inverse de celui de la DPJ où la famille naturelle, même nocive, passe en premier.

Or, disons-le crûment. L’« abus » de fonds publics, il y en a partout, même chez Bombardier. Pourquoi punir la majorité des familles naturelles au cas où une petite minorité abuserait ? Quand la famille naturelle est saine, il est toujours préférable pour la personne adulte handicapée d’y vivre pour mieux s’épanouir. C’est pour cela qu’il faut rétablir l’équité entre les familles naturelles et d’accueil.

Drames humains

Pendant ce temps, comme à la DPJ, des drames humains se vivent derrière des portes closes. Des familles naturelles épuisées, surtout des femmes, sont obligées de « placer » leur enfant, frère ou sœur. Même quand l’enfant adulte n’est pas « lourdement » handicapé intellectuellement, son absence d’autonomie réelle exige tout autant de la famille en matière de soins, d’attention et de présence. Il faut le vivre pour savoir ce que c’est.

Quant aux familles d’accueil, s’il est vrai qu’il en existe de très bonnes, on en trouve aussi où des adultes handicapés sont victimes de maltraitance et même de malnutrition. Pas de commission d’enquête spéciale pour ces personnes-là. L’omerta continue de régner.

Alors, qu’attend le gouvernement pour respecter sa promesse ? Qu’il y ait des morts ? Bien du monde dans le réseau sait pourtant qu’il y en a déjà. Le premier ministre est sensible au sort des familles naturelles de personnes handicapées. S’il exprime clairement à ses technocrates sa volonté d’agir rapidement, le reste se fera d’office.