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La religion comme punition

Le crime de sœur Marie-Hosanna
Photo courtoisie Le crime de sœur Marie-Hosanna
Claire Bergeron
Druide
462 pages

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Combien de jeunes filles sont autrefois devenues religieuses sans l’avoir souhaité ? De cette réalité, Claire Bergeron a créé un roman qui tire toutes les bonnes ficelles pour qu’il soit enlevant.

Dans les années 70, Claire Bergeron était jeune infirmière et au travail, elle côtoyait des religieuses qui peu à peu défroquaient.

Dans une note de fin d’ouvrage, Claire Bergeron rappelle avec justesse l’atmosphère de l’époque. Des femmes quittaient une vie étouffante en communauté et d’autres partaient parce qu’elles étaient entrées en religion contre leur gré. Il y avait là, c’est sûr, matière à roman.

Le crime de sœur Marie-Hosanna est donc devenu le huitième ouvrage de la romancière. La « religieuse de force », ici, est transposée au début du 20e siècle.

Le roman s’ouvre sur une scène qui se déroule en 1910, au moment où le puissant juge montréalais Aristide Martel laisse sa fille de 15 ans, Ophélie, aux Augustines à Québec.

Celle-ci, laisse entendre l’implacable juge, a commis un crime abominable, mais l’envoyer en prison déshonorerait toute la famille. Mieux vaut dès lors le cloître et qu’on ne lui parle plus jamais de cette enfant qu’il renie !

Nous entrons ainsi dans la vie de la riche famille d’Ophélie, reculant dans son enfance pour en découvrir tous les personnages. Le père n’en a que pour son fils et sa maîtresse, tenancière de bordel ; sa mère est en fait amoureuse de son beau-frère ; la jeune fille de bonne famille rêve de faire du théâtre... Beaucoup de souffrances donc, sous les apparences.

Le cloître, on s’en doute, n’améliorera pas les choses pour Ophélie. Devenue sœur Marie-Hosanna, elle a reçu une formation d’infirmière et pour oublier sa détresse, elle se plonge dans le travail.

C’est ainsi qu’elle croise la route de Margot, fille de joie qui cherche à fuir le souteneur qui la bat. Elle veut donc quitter Québec et comprend qu’Ophélie s’éteint sous le lourd costume religieux. Mais qu’elles partent donc ensemble ! Ophélie a 22 ans et elle comprend qu’il y a là une occasion d’agir qui ne reviendra pas.

En Abitibi

Les deux jeunes femmes aboutiront en Abitibi, région nouvellement ouverte à la colonisation et où il est facile de se faire oublier. Elles y vivront de nouvelles péripéties, accolées à de surprenants retournements de situation dans la famille d’Ophélie, que l’on suit en parallèle.

Claire Bergeron ne prétend pas livrer un récit documentaire. Ce qu’elle met en scène relève purement du romanesque : du sentiment, de l’exaltation et de l’extraordinaire ! Mais elle rend attachante cette Ophélie, ballottée par les épreuves. On sait bien qu’elle s’en sortira – c’est un incontournable du genre !, mais que d’obstacles pour y arriver ! On reste accroché.

Et comme tout ceci a pour trame de fond la Première Guerre mondiale et surtout l’épidémie de grippe espagnole qui a frappé le Québec en 1918, on attrape des moments historiques précis, bien intégrés au récit. Ça donne un bien agréable moment de lecture !